‹ Histoire de huit ans, 1840-1848Chapitre 147 sur 179 · CHAPITRE XIV. 3G · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV. 3G

veille, dans sa réplique sur les affaires d'Italie, il s'était efforcé de paraître libéral, quand M. Thiers avait fait, de son côté, des concessions trop grandes aux intérêts conservateurs; mais dès que M. Thiers, renonçant à se ménager les bonnes grâces de M. de Metternich, ouvrait ses bras au parti de la révolution, M. Guizot, rentrant dans son rôle, rivalisait avec H. de Montalembert en imprécations contre les radicaux, les ennemis des jésuites, contre Tesprit révolutionnaire, l'esprit démagogique, etc., etc. Et, cependant, M. Guizot affirmait, avec une imperturbable assurance, qu'on évoquait un fantôme en parlant de la contrerévolution, qu'il n'avait pas cessé d'être modéré, que jamais il ne cesserait de l'être, et que son parti, le parti modéré, toujours maître de la situation, n'avait pas à prendre grand souci de ses tumultueux^ mais impuissants adversaires.

Ce débat se termina, comme le précédent, par un désaveu. Ou les puissances s'étaient inutilement coalisées à la prière de M. Guizot; ou elles devaient intervenir par les armes dans les affaires de la Suisse, pour défendre à la majorité radicale d'opprimer, puisqu'elles s'exprimaient en ces termes, la minorité rétrograde, et de changer les bases du [acte fédéral. Eh bien ! pressé par M. Barrot, sommé de déclarer s'il se réservait d'intervenir en Suisse, harcelé plus vivement encore par M. Thiers, qui lui donniiit à choisir entre une conduite ridicule ou une intervention, M. Guizot jura qu'il n'avait pris avec personne rengagement de pousser plus loin les menaces adressées à la diète.

On était au 4 février, et la discussion de l'adresse continuait toujours, sans qu'on pût encore en prévoir la fin. L'opposition était soutenue, dans cette lutte passionnée, par l'at; m. 23

tenlion conslanie du public. Il y avait bien longlemps que Paris ne s'élait autant occupé des affaires politiques. Chaque soir, les journaux qui, les premiers, publiaient les coniptesrendus de la chambre étaient avidement recherchés; dans les cercles, dans les cafés, on lisait à haute voix les discours de M. Thiers, de M. Barrot, et plus ils contenaient de dures paroles contre les ministres et d'allusions contre le gouvernement personnel, plus ils étaient applaudis. La majorité de la population parisienne était manifestement en désaccord avec la majorité de la chambre. Le parti ministériel ne voulait pas le reconnaître, mais, par sa conduite, il montrait bien qu'il avait de vagues alarmes. A la chambre même, il obsédait M. Guizot de conseils secrets, d'avertissements épistolaires ; celui-ci, alors même qu'il était bien certain d'avoir toujours derrière lui le plus gros bataillon, n'osait pas prendre de résolutions énergiques, et se contentait d'être audacieux en paroles. M. de Tocqueviile avait dit, il y avait peu de jours, qu'il avait senti le vent des révolutions. Tout le monde le sentait comme lui. Mais le gouvernement, aveuglé sur la force et la fidélité de l'armée, avait le ferme espoir de maintenir l'ordre sur la place publique, malgré l'émotion des esprits ; et l'opposition parlementaire, qui voulait demeurer constitutionnelle, se persuadait qu'elle pourrait toujours contenir et dominer l'effervesceDce de la multitude. Elle s'était d'ailleurs associée, dans ces derniers temps, aux hommes du dehors qui passaient pour avoir le plus d'autorité sur la classe laborieuse ; et ceux-ci de bonne foi, sans aucune arrière-pensée, déclaraient qu'ils n'avaient pas actuellement d'autre dessein que de seconder l'opposition dans son entreprise, et d'arracher an gouvernement les réformes qu'il refusait. Mais ils devaient bientôt apprendre,

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