‹ Histoire de huit ans, 1840-1848Chapitre 151 sur 179 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

pas repousser quelques amendemeuts dictés par l'esprit de conciliatioD, et présentés par quelques membres du centre, à qui personne ne pouvait supposer des intentions subversives. Ainsi, MH. Darblay et Desmousseaux de Givré, souscrivant au blâme exprimé contre les manifestations ennemies, réclamaient le silence sur les entraînements aveugles^ et M. Sallandrouze invitait le gouvernement à prendre l'initiative des réformes sages et modérées. Les ministres n'avaient qu'à laisser faire ces amis discrets. Par eux toutes les questions seraient posées de telle sorte que le ministère paraîtrait moins céder aux partis que les dominer. A toutes ces ouvertures, HM. Guizot et Duchâiel répondirent qu'ils n'acceptaient aucune transaction, qu'ils voulaient en finir avec les mutineries de l'opposition, et qu'ils ne redoutaient rien.

Le débat s'engagea d'abord sur l'amendement de M. Darblay. Il fut rejeté. L'amendement de M. Desmousseaux de Givré amena M. de Rémusat à la tribune. Personne n'avait dans la chambre plus d'autorité personnelle que M. de Rémusat. Modéré par caractère, et n'ayant jamais compromis dans les brigues ou les bruyantes manifestations des partis son esprit élégant, sa philosophie doucement stoïcienne, il comptait des amis sur tous les bancs, ce On veut, dit-il, parquer la chambre en deux camps. La politique du cabinet est fondée sur l'impossibilité des transactions ; il a voué son existence à la politique irréconciliable. » Situation nouvelle, ajoutait M. de Rémusat, et pleine de périls. 11 suppliait donc la majorité de bien réfléchir à ce qu'elle allait faire. Jamais, depuis dix-huit années» une circonstance aussi grave ne s'était présentée ; jamais on n'avait à ce point excité les passions haineuses ; jamais on n'avait ainsi

mis en cause la personne du roi, les institutions, les der« nières garanties de la paix publique. H. Duchâtel fit succéder à ce sage discours un appel grossier aux plus mauvais instincts de la majorité. Après lui, M. Dufaure vint rétaUir les termes du débat, et montrer de nouveau quelle imprudence on allait commettre. L'amendement de M. Desmousseaux de Givré fut repoussé par 228 voix contre 18S.

Restait encore l'amendement Sallandrouze. H était ainsi conçu : « Au milieu des manifestations diverses, votre gouvernement saura reconnaître les vœux réels et légitimes du pays. Il prendra, nous Tespérons, l'initiative des réformes sages et modérées que réclame l'opinion publique, et parmi lesquelle il faut placer d'abord la réforme parlementaire. Dans une monarchie constitutionnelle, l'union des grands pouvoirs de TÉtat permet de suivre sans danger une poli* tique de progrès et de satisfaire à tousles besoins moraux et matériels du pays. )» Il était difficile de s'exprimer eu des termes plus rassurants pour la monarchie. L'auteur de Tamendement, jeune homme au maintien composé» à la voix presque enfantine, vint, en le développant, Tadou* cir encore. Non, l'esprit de faction ne pouvait avoir de tels dehors.

On demandait au ministère de calmer les tempêtes, et le ministère, certain de les dominer, ne le craipait pas. On l'engageait à proposer la paix, et, sûr de vaincre, il D*était jaloux que d'écraser ses ennemis. M. Guizot répondit à M. Sallandrouze que le jour où le parti conservateur tout entier se prononcerait pour les réformes, le ministère n'y mettrait plus obstacle, mais qu'assurément ce jour ii*était pas venu. L'amendement de H. Sallandrouze fut rejeté par 222 voix contre 189.

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