‹ Histoire de huit ans, 1840-1848Chapitre 150 sur 179 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

dire par quelque violence. « Elles seront interdites, répondait M. Duchâtely et si Ton croit que le gouvernement, accomplissant son devoir, cédera devant les manifestations quelles qu'elles soient, je n'hésite pas à dire qu'il ne cédera pas. » Et M. Duchâtel, reproduisant le paragraphe du discours du trône qui renfermait une injure pour l'opposition, aggravait encore cette injure par un comramentaire qui ne laissait plus de prise à l'équivoque. C'était enfin le tour de H. Barrot d'occuper la tribune. Son langage fut plein d'élévation. On faisait des chicanes sur le droit de réunion: à ces chicanes il opposa le texte précis de la loi, les précédents, et quelque chose encore de plus puissant que les précédents, que la loi même, les principes consacrés, les besoins sociaux et les mœurs. Abordant ensuite la question parlemeotaire, il s'étonna de voir placer dans la bouche du roi, sans aucun respect pour les fictions, une censure, des outrages adressés à un grand nombre de députés, derrière lesquels s'étaient groupés environ soixante mille citoyens. De la part du ministère c'était plus qu'une imprudence ; c'était un véritable délit constitutionnel. Constamment énergique, comme la raison, et noble comme elle, le discours de M. Barrot eût produit un immense effet sur une assemblée moins compromise ou moins aveuglée. Partisan résolu des institutions de 1830, ne voyant, en dehors de ces institutions, que des périls pour l'ordre social, M. Barrot n'hésitait pas à déclarer qu'il avait voué toute sa vie à les défendre. Cependant il terminait son discours en prévoyant un coup d'État, une résistance, il rejetait sur le ministère la responsabilité des événements.

On pouvait encore tout sauver. L'opposition était évidemment trop engagée pour prendre l'ixiitiative de la retraite.

Convaincue, d'une part, qu'elle avait le bon droit de son côté, ayant, d'autre part, promis au pays d'arrêter les progrès de la corruption et de reconquérir quelques garanties confisquées, elle ne pouvait s'arrêter devant un déni de justice brutal et provocateur, sans se perdre à jamais et sans jeter le grand parti de la réforme entre les mains des radicaux. Mais effrayée des conséquences d'une collision, elle se serait contentée, dans l'état des choses, d'une simple promesse, d'une adhésion même équivoque aux plus modestes réformes. Le ministère pouvait-il, de son cdté, faire cette concession ? Il ne se dissimulait pas que les griefs de l'opposition étaient^ pour la plupart, trop bien fondés ; il n'ignorait pas que la classe moyenne, cette unique base de l'établissement de juillet, commençait elle-même à s'émouvoir, et que l'agitation réformiste, autrefois radicale, était devenue constitutionnelle. La prudence lui conseillait donc de calmer les esprits, de raffermir cette base ébranlée sur laquelle le gouvernement ne trouvait déjà plus un point solide. C'était, d'ailleurs, l'avis que lui donnaient plusieurs membres de la majorité, disant qu'ils avaient consulté leurs collègues, et que beaucoup d'entre eux attendaient, pour se prononcer en faveur de quelques réformes, l'adhésion espérée des ministres. On les suppliait avant tout de ne pas aggraver les difficultés de la situation, en déversant l'outrage sur les cent députés de la gauche qui avaient pris part aux manifestations réformistes, et on leur signalait, aux confins du centre et de la gauche, un groupe nombreux, incertain dans ses résolutions et dans ses votes, dont il était sage de respecter les scrupules et de ménager la susceptibilité. Enfin, que demandait-on au ministère, au nom des plus grands intérêts? On lui demandait simplement de ne

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