CHAPITRE XV
la suspension de toutes les lois politiques, le droit de réunion avait été scrupuleusement respecté. La notification du commissaire de police était donc illégale. Convenait- il, néanmoins, de s'y soumettre? Cet avis fut immédiatement repoussé. On ne pouvait, sans commettre une faiblesse, céder la place à la violence. On prit donc sur-le-champ rengagement de résister, en se réservant de statuer plus tard sur le caractère de celle résistance.
Le jour même oii finissait la discussion de Tadresse, les députés de l'opposition se donnaient rendez-vous pour le lendemain, à midi, dans une des salles du café Durand, sur la place de la Madeleine. Il s'agissait de décider ce qui restait à faire. M. Duchâtel avait interdit les banquets; mais il avait fort mal justifié cette interdiction, et M. Hébert, venant à son aide, n'avait pas été plus heureux. Cependant, l'opposition était avertie. Si, malgré cet avertissement, elle persistait à convoquer une nouvelle réunion, cette réunion devait être, on l'avait annoncé, dispersée par la force. Voulait-elle résister à la force ? Elle en avait le droit. Mais était-ce un impérieux devoir? Question fort grave qui devait émouvoir les esprits les plus fermes, les plus résolus.
Avant de se rendre à la place de la Madeleine, les députés de l'opposition radicale voulurent connaître l'opinion de quelques amis qui n'appartenaient pas à la chambre. On s'assembla dès le matin chez M. Marie. Suivant H. Harrast, il ne fallait pas faire un simulacre de résistance. Après avoir osé prendre la responsabilité de la provocation, le gouvernement ne devait plus s'arrêter. A la porte de la salle du banquet on trouverait des baïonnettes. Or, l'opposition devait-elle aller processionnellement à la rencontre de ces baïonnettes, pour reculer ensuite devant elles, et
mis en cause la personne du roi, les institulions, les dernières garanties de la paix publique. H. Duchâtel fit succéder à ce sage discours un appel grossier aux plus mauvais instincts de la majorité. Après lui, M. Dufaure vint rétablir les termes du débat, et montrer de nouveau quelle înnprudence on allait commettre. L'amendement de M. Desmousseaux de Givré fut repoussé par 228 voix contre 1 85.
Restait encore l'amendement Sallandrouze. Il était ainsi conçu : « Au milieu des manifestations diverses, votre gouvernement saura reconnaître les vœux réels et légitimes du pays. II prendra, nous Tespérons, Tinitiative des réformes sages et modérées que réclame Topinion publique, et parmi lesquelle il faut placer d'abord la réforme parlementaire. Dans une monarchie constitutionnelle, Tunion des grands pouvoirs de rÉtat permet de suivre sans danger une politique de progrès et de satisfaire à tousles besoins inoraux et matériels du pays. )» Il était difficile de s'exprimer en des termes plus rassurants pour la monarchie. L'auteur de l'amendement, jeune homme au maintien composé, à la voix presque enfantine, vint, en le développant, Tadou* cir encore. Non, l'esprit de faction ne pouvait SiYoir de tels dehors.
On demandait au ministère de calmer les tempêtes, et le ministère, certain de les dominer, ne le craignait pas. Oo l'engageait à proposer la paix, et, sûr de vaincre, il n*était jaloux que d'écraser ses ennemis. M. Guizot répondit i M. Sallandrouze que le jour où le parti conservateur fout entier se prononcerait pour les réformes, le ministère n'y mettrait plus obstacle, mais qu'assurément ce jonr n'était pas venu. L'amendement de H. Sallandrouze fut rejeté par 222 voix contre 189.