‹ Histoire de huit ans, 1840-1848Chapitre 155 sur 179 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Ainsi, le gouvernenient D'avail pas cédé, et, une fois de plus, la majorité s'était associée aux r(^sistances du gouver* Dément. Le ministère triomphait, espérant qu'après cette éclatante défaite Topposition allait devenir plus soumise, ou, du moins, plus réservée. Il est vrai que, suivant M. Duvergier de Hauranne, l'opposition avait plaidé la cause des réformes devant le pays, et non devant la majorité. Mais pour M. Guizot, pour M. Duchâtel, qu'était-ce donc que le pays? Un mot, un mot vide, une frivole abstraction. Si quelques turbulents s'agitaient encore, prétendant réprésenter ce pays et parler en son nom, M. le ministre de la justice se réservait de leur donner une sévère leçon.

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très formes, les dépoids de Toppositioa se réser? oit d'adie»er aa oorpe électoral et à Topinion pabliqne.

« La réanion enfin a pensé qoe le cabinet, en dénaturant le féritable caractère dn discours de la couronne et de l'adresse, poor en ftire mt acte attentatoire aox droits des députés, mettiil l'opposition dnnt la nécessité d'exprimer, en toute occasion, sa réprobation contra on tal excès de pouvoir. Elle a donc résolu, & rananimité, qu*aaean da iM membres, même ceox que le sort désignerait poor faire partie àê la grande dépotation, ne participerait à la présentation del'adreue. »

ÂiDsi, Toppositioû acceptait le défi du ministère, et le déclarait. Cette déclaration ferme, digne, et qu'il fant enregistrer dans les annales du parlement français comme un des plus beaux exemples de résistance constitutionnelle^ devait enfanter, à dix jours de date, une révolution!

ICa-t-on pas dit que cette révolution fut opérée par sur^ prise? que les députés radicaux conduisirent leurs collègues dans un piège; et que ceux-ci, trop honnêtes et trop crédules, se laissèrent duper par de plus habiles gens? C'est ce qu'on a dit ; non pas, il est vrai, le lendemain de la révolution : tout le monde se vantait alors de l'avoir faite; mais c'est ce qu'on a dit quelque temps après, quand les affaires de la révolution commencèrent à dédiner. Est-ee donc l'exact récit des circonstances qni préparèrent cet événement?

Les députés radicaux prirent part aux banquets réformistes, avec l'intention fréquemment et à haute voix dé* clarée de seconder Topposition constitutionnelle dans sott entreprise en faveur des réformes, et leurs discours n'ont pas été plus réservés que leurs desseins. Sincères partisans du gouvernement représentatif, ils pensaient que l'antagonisme du principe monardiique et du principe parlemeft» taire n'était pas une garantie, mais une entrave pour la

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liberté. Cependant, quand on leur avait demandé de laisser un instant de côté leurs théories^ f>our venir de bcmne fei» et, répëtons-le, sans arrière-pensée, contribuer à ctmquérir quelques réformes utiles, ils n'avaient pas hésité. Par une résistance opiniâtre et téméraire, le gouvernement avait ensuite changé TétaC de la question. On était à la veille d*une bataille. Quelle est alors la conduite des députés radicaux? Les uns proclament, sans subterfuges, sans équivoques, à rassemblée réunie chez H« Barrot, que la force des choses paraît conduire à la guerre civile, mais qu'à leur avis il ne faut pas reculer même devant cette terrible éventualité. Les autres, également persuadés qu'on ne peut se donner rendez-vous dans un nouveau banquet sans prendre rengagement de marcher au combat, conseillent d'éviter cette rencontre. Oii donc est la suiprise? Ou donc est cette perfide trame, ourdie par les députés radicaux?

Ces explications entendues, les députés de Topposition dynastique persistent dans leur projet. Ne voulaient-ils pas croire à Timminence d'un sanglant conflit? Àvaient-ils encore l'espérance d'effirayer le ministère et de l'arrêter ? U est certain qu'ils ne désiraient ni provoquer une émeute, ni faire une révolution. N'ont-ils pas su meiUe d'accord leurs sentiments et leur conduite? Quoi ^lu'il en soit, s'ils ont été trompés, c'est qu'ils ont manqué de prévoyance. Nous insistons sur ces foits parce qu'ils sont mal connus^ Quand les événements sont venus déconcerter leurs ifUûs de conduite, les chefs de parti n'avouent pas qu'ils ont eu la vue courte, et si d'officieux récits les représentât oomme ayant été victimes de quelque fourberie, ils acceptent ce rôle assez volontiers, ne voulant jamais passer pour avoir fait de faux calculs. Mais rhistoire véridique ne peut rendre

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le même service aux chefs de parti. Elle enregistre avec h même impartialité tout ce qu'ils ont fait» et leurs écarts el leurs belles actions. C'est son devoir. L'opposition dynastt que aime-t-elle entendre dire que, depuis ^e commencement jusqu'à la fin des banquets, elle n'a pris l'initiative d'aucune mesure, elle a tout laissé dire, tout laissé faire, marchant à la suite des radicaux, obéissant toujours et ne commandant jamais? Eh bien I la vérité naïve, c'est que Topposition dynastique, ayant pour elle, dans les conférences, l'autorité du nombre, a toujours exercé la prépondérance, tout dirigé, tout réglé, et n'a pas voulu prévoir la révolution, mais l'a faite.

La décision prise, chacun s'employa de tous ses ef[oris & préparer dignement la grande manifestation.

Une commission fut nommée pour organiser le banquet. MM. Boissel, Ferdinand de Lasteyrie et Garnon, députés de la Seine, firent partie de cette commission, avec MM. Recurt, Labelonye , Pagnerre, Delestre, Gobert, d'AUon- Shée, etc. , etc. Elle s'occupa sans relâche de trouver un local ; ce qui n'eût pas été facile dans les temps ordinaires, et devenait plus difficile encore dans les graves circonstances qu'annonçaient à tout le mondre l'attitude du ministère et celle de l'opposition.

En dehors de la commission, un grand nombre de ci- U>y£^'i considéraient comme un devoir d'aller répandre Fagitation dans les masses. Le ministère s'était flatté peut-être de contenir la bourgeoisie réformiste par la menace des baïonnettes : n'était-il pas opportun de dire au peuple qn*il pouvait, par une énergique démonstration, porter la terreur dans le camp de l'ennemi? En même temps, quelques offl* ciers supérieurs de la garde nationale convoquaient les

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