CHAPITRE ZTl
Quelques instants après, on lisait sur les murs de Paris une affiche ainsi conçue :
a Citoyens de Paris,
« Le roi abdique en favenr da comte de Paris, avec la duchesse d*Or« léans poar régente, «c Amnistie générale.
<c Dissolution de la chambre.
« Appel an pays ! »
Après avoir abdiqué, Louis-Philippe s*appuyait sur le bras de la reine et fuyait avec elle.
Peu d*instants après, M°'^ la duchesse d'Orléans, qui n'était plus en sûreté dans les Tuileries, se rendait sur la place de la Concorde^ puis à la chambre. Quand elle quittait le palais des rois, le peuple s*y précipitait. Elle venait à peine d'entrer à la chambre, que la chambre était envahie.
On ne propose jamais aux révolutions de transiger avec elles qu*au moment où l'on a perdu Tespoir de les comprimer. C'est pour cela que ces propositions arrivent toujours trop tard pour être accueillies. VP^ la duchesse d'Orléans, étrangère en France, à peine connue du peuple, n'avait pas d'ennemis. En d'autres circonstances, elle eût été beaucoup mieux reçue comme régente que le duc de Nemours. Hais qui lui déférait la régence dans ce moment suprême? Ni le roi qui s'en allait, ni le peuple qui venait de reconquérir sa souveraineté : c* étaient quelques hommes, H. Barrot, H. de Bémusat, H. Jules de Lasteyrie, inspirés par des intentions assurément irréprochables, mais n'ayant reçu mandat de personue pour disposer de la France. Quand tout était remis en question, ce qu'ils offraient n'était qu'un expédient.
414 Histomc MB ourr ans.
Au lieu d'abandonner le soin de ses intérêts à an enfant et à une femme intéressante, qui n'avait pas encore fait preuve d'une aptitude spéciale pour les affaires de l'État, le peuple jugea qu'il était plus sage de s'en remettre à MH. Dupont (de l'Eure), Arago, de Lamartine, Garnier-Pagès,Ledru- Rollîn, Marie et Crémieux. Ceux-ci se rendirent aussitdl à l'Hôtel-de- Ville, appelés par la révolution à former un gouvernement provisoire.
Quelques heures après la république était proclamée.
<K Mon abdication, dit Louis-Philippe, n'est venue qu'après l'abdication universelle ^ • d C'est an fait que noos ne voulons pas contester. La monarchie constiiationnelle, espèce de gouvernement qui tient à la fois de la répubUqne et de la monarchie pare, avait duré trente ans environ, tonjours aux prises avec des difficultés inhérentes à sa natore même, et, pour avoir voulu donner la prépondérance à Tnn des deux principes qu'elle devait concilier, die saccomboit. Tant qu'elle avait été soutenue par l'opinion, elle avait pn braver tous les assauts; dès que l'opinion l'abandonnait, elle n'offrait plus de résistance. Oui, tout le monde avait abdiqué, quand Louis-Pfailippe hésitait encore à le reconnaître et à ratifier par un acte solennel le résultat presque inévitable de ses entreprises contre le principe de liberté. Le gouvernement provisoire n'eut pas à délibérer longtemps sur ce qu'il devait faire. Pour accepter le fardeau des circonstances, il n'y avait que les r^ublicains. Qaelqae»-n8 d'entre eux avaient peut-être, dans les dernières heures de la lutte, précipité les événements, inspirés qu'ils élaientpar une confiance absolue dans l'excellence de Tidée démocn-
* AbdicatiQn du roi Louis-Philippe racontée par lui-même^ p.