‹ Histoire de huit ans, 1840-1848Chapitre 167 sur 179 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

les espérances de l'anarchie. On pouvait, d'ailleurs, consulter la charte, cette charte à qui tout le monde avait juré d*obéir. Plaçait-elle la royauté sous la dépendance de quelque autre pouvoir? Non, sans doute. Il régnait comme ses aines, au même titre, et, la preuve, c'est qu'on n'avait pas notablement modifié, dans la charte de 1830, les articles de 1814, où se trouvait la définition des attributs de la royauté.

Il entendait donc que, si les intérêts et les sentiments du pays étaient représentés par la chambre élective, la royauté, naturellement investie de droits égaux à ceux du pays, était une autre personne publique, qui se faisait représenter par des ministres, des préfets, des maires, qui ne relevait que d'elle-même, qui n'avait à consulter que ses intérêts particuliers. C'était là son système. Depuis le mois d'août 1830 jusqu'au mois de février 1848, Louis-Philippe se plaignit constamment de ne pas rencontrer un seul homme d'État qui voulût adopter ses principes, et entrer dans ses vues. Il n'avait pas manqué de ministres habiles; mais vainement il avait cherché des ministres dévoués à la couronne, serviteurs toujours fidèles et désintéressés de la chose royale, des ministres vraiment dynastiques. M. Guizot lui-même avait d'autres idées : il s'était montré plus docile que convaincu.

Tant que les intérêts de la dynastie ne s'étaient pas trouvés ouvertement en désaccord avec les intérêts du pays, le système de Louis-Philippe avait paru prospérer. Après la révolution de 1830, le premier besoin qui se fit sentir fut celui de la paix. Toutes les transactions commerciales ainsi que toutes les relations administratives avaient été subitement interrompues par la crise révolutionnaire; les affaires

privées étaient en souffrance, et les affaires publiques n'étaient pas dans une situation meilleure. Le roi ne demandait qu'à se concilier la confiance du pays, le pays qu'à consolider le principe d'autorité entre les naains du roi. Vainement alors il s'éleva de véhémentes protestations contre les sacrifices imposés, au nom de l'ordre, à la jenne liberté : elles furent accueillies comme des voix factieuses. Plus d'agitations nouvelles, plus de chicanes entre la nation et la couronne ; mais bien plutôt des concessions réciproques, même avec quelque abandon des droits les plus sacrés, des prérogatives les plus chères : tel était le vœu commun du pays et du roi.

Mais aussitôt que la paix fut bien assise, le pays se prit à regretter les concessions qu'il avait faites, et le roi n'eut plus d'autre souci que de travailler à l'accroissement de sa puissance. L'antagonisme des intérêts éclata bientôt, et, comme cela devait arriver, on ne tarda pas, de part et d'autre, à manifester des intentions contraires. Le roi, qui n'avait reçu d'autre mandat que celui de régner, prétendit gouverner : le pays, ne trouvant pas dans ses institutions des garanties suffisantes contre les empiétements de la couronne, réclama des réformes. D'abord contenues et réservées, ces tendances furent de jour en jour plus déclarées, et elles engendrèrent des sentiments hostiles. Au dehors comme au dedans, la politique du roi devint personnelle : l'honneur du pays et ses grands intérêts furent sacrifiés du même coup à des calculs purement dynastiques. Le pays, de son côté, fut d'autant plus ému par les agitations libérales des nations étrangères, que son gouvernement conspi* rait contre elles avec les puissances absolutistes. La lutte une fois commencée, à qui devait rester la victoire? Au

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