RÉPONSE
de M. Zitunts à la proies' ation du gouvernement britannique contre le mariage de l'infante avec le duc de Montpensiery conununi<iuée au cabinet anglais par M. Bulwer.
Madrid, 29 septembre 1846.
Monsieur^ j'ai reçu^ avec votre note du 22 courant^ la remontrance et la protestation que vous m'avez adressées au nom de votre gouvernement au sujet du mariage de S. A. R. l'infante. Avant de répondre aux divers points contenus dans cette pièce importante, je ne puis m'abstenir de vous notiûer que l'alliance en question est un acte politiquement accompli. Alors que S. M. a déjà fait connaître sa détermination aux Cortès, et que celles-ci^ de même que les hauts fonctionnaires et les divers corps de l'État^ ont offert à la reine leurs félicitations, vous reconnaîtrez que le temps des observations est passé, et qu'il n'est pas même permis au gouvernement de Sa Majesté d'entrer en discussion à ce sujet. Je dois aussi vous [assurer que ni les délibérations du gouvernement ni celles des certes n'ont été le moins du monde influencées par l'idée que les observations renfermées dans vos notes antérieures seraient l'expression de vos opinions personnelles. La décision, dans cette affaire, a été dictée par la libre volonté de la reii e, ma souveraine, et des certes, et par le sentiment le plus pur du bien public. Dans ces circonstances, il n'y a pas lieu de vous étonner si la confirmation de vos opinions par l'autorité de votre gouvernement ne change absolument rien à l'état de la question. Ces déclarations préliminaires une fois faites, j'ai à vous
exposer que le goaTernement espagnol regrette que le gouvernement de Sa Majesté Britannique considère le mariage de l'infante donaMaria-Louisa-Fernanda de Bourbon avec le duc de Montpensier comme un acte politique d'une haute importance^ qui^ affectant la balance des pouvoirs en Europe et les intérêts des gouvernements des autres États^ peut donner à la Grande-Bretagne le droit d*intervenir par remontrances et protestations.
Le gouvernement britannique^ qui se montre si jaloux de Tlndépendance de TEspagne^ ne trouvera point mauvais que l'Espagne agisse dans les limites tracées par les lois internationales^ c'est-à-dire sans blesser les intérêts des autres gouvernements^ comme c'est le cas dans cette question à propos de laquelle l'Angleterre ne saundt citer aucune violation de traités : le gouvernement britannique ne trouvera pas mauvais^ je le répète, que TEspagne repousse énergiquement une protestation qui tend à restreindre son indépendance, et qu'à son tour elle proteste contre une pareille prétention. Bien que VEspagne, alors qu'elle agit dans les limites de son indépendance, ne soit, à la rigueur, tenue à fournir aucune explication sur cette question, je m'estime néanmoins beureux de vous donner, comme témoignage du désir dont le gouvernement espagnol est animé de maintenir de bonnes et amicales relations avec le gouvernement de la Grande-Bretagne, l'assurance que rien n'est plus éloigné de la vérité on de la pensée du gouvernement espagnol que cette assertion, que Findépenr dance de l'Espagne serait menacée par le mariage de S. A. R. avec un prince français, et que les intérêts espagnols seraient sacrifiés à la prépondérance de la France.
On ne peut, certes, concevoir comment FAngleterre aurait entretenu cette appréhention relativement à la monarchie espagnole, alors que, dans le docmnent même auquel j'ai l'honneur de répondre, on reconnaît que ce pays possède un territoire aussi étendu que fertile^ une population nombreuse en voie d'accroissement et douée de nobles qualité, enûn de puissantes ressources maritimes et militaires dans les deux hémisphères.
Une nation ainsi constituée ne peut jamais manquer de peser dans la balance de l'Europe, et ne peut être soumise à un autre pays» quelque puissant qu'il soit, ni subir une influence étrangère qui blés» serait sa fierté traditionnelle.
Permettez-moi de dire que le dépôt sacré de Tindépendanoe espagnole n'est confié à la vigilance d'aucune nation étrangère : ce dépAt
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est gardé par la loyauté espagnole qai s'est montrée inébranlable^ même au milieu des plus grandes calamités.
Je ne prétends point par là que l'Espagne ne sent pas sincèrement reconnaissante envers l'Angleterre du désir que cette puissance témoigne de voir l'Espagne heureuse et prospère et en même temps indépendante, aOn qu'elle ne soit pas entraînée dans des luttes où des intérêts étrangers seraient seuls en jeu; sur ce point, je puis tous assurer que le vœu de l'Angleterre sera complètement rempli; car l'histoire du dernier siècle et du commencement de celui-ci présente des leçons qu'il n'est pas facile d'oublier.
La perte de ses immenses possessions extérieures, celle de Gibraltar sur son propre territoire, la destruction récente de ses flottes pendant la guerre, enfin la perte de la maj^ire partie de ses colonies au sein de la paix, ont laissé à l'Espagne des souvenirs qui ne sont ni oubliés ni superflus, et qui lui apprennent à ne compter que sur sa propre force et sur sa propre équité.
L'esprit des temps actuels est, d'ailleurs, contraire aux ragagements du passé, et ses engagements sont rendus impossibles par les institutions politiques dont la nation jouit aujourd'hui. L'Espagne instruite par Texpérience, ne peut dévier de ces principes; le peuple espagnol a appris qu'il est important pour lui de rester l'ami des autres peuples, et cela dans son propre intérêt; aussi ne déclarera-t-ii jamais la guerre et ne conclura-t-il jamais la paix pour des motifs qui n'affecteraient pas exclusivement son honneur ou ses intérêts. D'après tontes ces considérationsy je me flatte de l'espoir que le gouvernement de S. M. bri* tannique, avec la haute pénétration qui le distingue, comprendra que les craintes auxquelles il est fait allusion dans votre note^ comme produites par le mariage de Son Altesse Royale avec le duc de Montpensier, sont mal fondées, et que cet événement n'altérera en rien la politique intérieure de ce pays, ni ses relations avec les puissances amies.
ninvisageant la question à ce point de vue, aussi simple que réel, le gouvernement de Sa Majesté a la confiance que le gouvernement d» S. M. britannique déposera des appréhentions puisées surtout dans des souvenirs qui, ainsi que je l'ai fait remarquer, n'appartienn^t pas à ce siècle et ne peuvent se concilier avQc les institutions représentatives qui régissent actuellement cette monarchie : le gouvernement de Sa Majesté entretient donc l'espoir que le temps et les événements seuls se chargeront de rendre à la protestation formulée à la fin de votre note, et que, dans l'intervalle, on verra s'effacer
insensiblenienl tous les motifs qui ont pu apporter quelque froideur dans les relations amicales des deux gouvernements^ relations que le gouvernement de la reine^ ma souveraine^ éprouve le désir eordial de maintenir.
Le marquis de Normanby à lord PalmersUm, (Reçue le 7 février. — Extrait).
Paris, le 6 février.
Je joins ci-inclus le discours de M. Guizot, que je viens de lire dans le Moniteur de ce matin. Il y a dans ce discours plusieurs parties qui exigeraient un commentaire. Mais en m'adressant à cette occasion à Votre Seigneurie, il s'agit pour moi d'un sujet qui m'est personnel.
Je vois que M. Guizot, en parlant de mon entrevue avec lui le 25 septembre, se sert de ces mots : Mais j'ose dire qui si M. l'ambassadeur d'Angleterre m'avait fait l'honneur de me communiquer sa dépêche du 25 septembre comme il m'ayait communiqué celle du i" septembre, j'aurais parlé autrement et peut-être mieux qu'il ne m'a fait parler. y>
Si M. Guizot veut dire par là que si j'étais retourné auprès de lui et si je lui avais lu la dépèche, le récit en eût été plus exact, je répète une fois pour toutes, et dans les termes les plus forts dont le langage soit susceptible, que le récit donné par moi, dans la dépèche adressée à Votre Seigneurie, est la traduction fidèle et littérale de chaque phrase et de chaque explication dont M. Guizot s'est servi dans la conversation que nous avons eue ensemble.
Votre Seigneurie remarquera que M. Guizot ne donne pas la plus légère indication de quelle nature aurait été le changement qu'il aurait pu faire à ce récit.
Si M. Guizot veut seulement dire que si j'étais retourné chez loi le l:ndemain, la phraséologie de ses réponses aurait pu être corrigée à sa demande, je crois que quêtait possible; si je lui avais de nouTeau donné la rare occasion que je lui avais déjà fournie par courtoisie le 2 septembre, je ne doute pas qu'il n'eût alors, comme il Tavait fait précédemment, changé la phrase dont il s'est servi, et rempli l'omission qu'il y a remarquée. Mais après ce qui a été dit hier, il est im«
portant que Votre Seigneurie se rappelle en quoi consistait l'inexactitude de la dépèche du i«' septembre. Le 2 septembre, M. Guizot luimême avait trouvé que mon compte-rendu était littéralement exacte quant à chaque expression dont il s'était servi; seulement je n'avais pas clairement expliqué la nature du mémorandum du 27 février. Désirant offrir à M. Guizot toutes les facilités propres à faire connaître sa cause à Votre Seigneurie, j'accueillis sa proposition^ et j'insérai les mots qu'il désirait, quoique je sois obligé, dans l'intérêt de ma propre défense, de dire que M. Guizot ne m'avait pas aussi clairement expliqué la nature de cette communication le premier jour qu'il l'a fait le lendemain.
J'aurais été fort content que l'affaire pût rester comme elle était; mais je crois devoir à mon honneur, qu'aucune considération ne saurait me décider à compromettre pour un seul moment, de prier Votre Seigneurie de donner à cette dépêche la même publicité qu'a reçue tout le reste de la correspondance.
Lord Palmerston au marquis de Normanby.
Foreign-Office, le 11 février,
Milord, votre dépèche du 6 de ce mois a été reçue ici, et je dois, en réponse, assurer Votre Seigneurie que le gouvernement de S. M. ajoute la foi la plus parfaite à l'exactitude de vos rapports, et que rien de ce qui s'est passé à la chambre des députés le 5 ne saurait en aucune manière ébranler la conviction du gouvernement de Sa Majesté que le récit contenu dans votre dépêche du 25 septembre de ce qui s'est passé dans l'entretien de ce jour entre vous et M. Guizot était entièrement et strictement exact.
Je suis, etc.
Palmerstoh.
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