‹ Histoire de huit ans, 1840-1848Chapitre 177 sur 179 · DOCUMENTS · texte numérisé non relu

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relatifs aux mariages espagnols.

Le comte d^Aberdeen à sir Robert Gordon (Extrait).

Foreign-OfBce, 16 mars 1842

M. Pageot, ex-chargé d'affaires à Madrid, a été envoyé par le roi des Français en Angleterre pour expliquer au gouvernement de Sa Majesté Topinion et la politique de son souverain relativement à l'Espagne, et pour tâcher d'obtenir nos concours.

J'ai, en conséquence, vu M. Pageot, qui, dans une longue entrevue, m'a pleinement développé les objets de sa mission.

Le grand remède que le roi des Français propose pour tous les maux de l'Espagne, tant présents que futurs, est un accord relatif au mariage de la reine. II déclare renoncer entièrement à toute prétention pour un de ses fils; mais il ajoute que la France ne consentirait jamais à voir la Reine d'Espagne mariée à un prince qui ne soit pas de la famille de Bourbon.

Peu lui importe le choix des candidats dans ces limites et la branche de la famille à laquelle il appartiendra; mais, pour me servir de l'expression de M. Pageot, il opposerait son veto au choix d'un prince de tout autre maison ; enfin, si un mariage comme celui qu'il a en vue s'effectuait, il suppose que les cours du Nord renoueraient sur-le-champ leurs relations amicales avec l'Espagne, et que, par l'assistance cordiale et l'appui de la France, \a tranquillité et le bon heur du pays seraient assurés.

A tout cela, et à bien des choses encore exposées par M. Pageot, je répondis que je ne reconnaissais à personne, ni à la France» ni à aucun autre pays de l'Europe, le droit de disposer de la main de la reine d'Espagne comme héritière du trône de Ferdinand.

Que lorsque le roi des Français a reconnu le droit de succession de la reine, il l'a fait stipuler, au préalable, qu'elle épouser«iit un m. 29

Bourbon^ il devait avoir compris qu'un pareil événement était incer» tain; que^ bien que pour des raisons politiques qui se rattachent au maintien de l'équilibre européen, TAngleterre ne puisse voir avec indifférence le choix d'un prince français, nous n'entendions opposer aucun veto à la famille de Bourbon, et que si la reine d'Espagne et son gouvernement jugeaient à propos de faire choix d'un membre de cette famille, nous accepterions volontiers ce choix.

Au fond, nous regardons cette question comme entièrement, exclu- Bivementes(iagnole;nous pensons qu'elle doit être décidée par des considérations qui touchent au bonheur personnel de la reine et au bien-être de son peuple.

C'est à la nation espagnole et à son gouvernement d'aviser, dans une affaire si importante pour les intérêts de l'Espagne. M. Pageot quitte Londres demain pour retourner à Paris, et j'ai des raisons de croire qu'il sera envoyé avec la même mission à "Vienne et à Berlin. J'ai la conûance que les vues du prince de Mettemich sur cet obiet cadreront avec celles du gouvernement de Sa Majesté, et que Votre Excellence ne rencontrera chez le gouvernement autrichien aucune disposition capable d'encourager une prétention vraiment incompatible avec l'honneur et la dignité d'un État indépendant.

Lord PalmersUm au marquis de Normanby^

Foreign-Office, 22 septembre 1846.

Milord,

J'ai eu plusieurs communications avec le comte de Jarnae eC une assez longue conversation avec M. Dumon au sujet des projets de mariage annoncés pour la reine d'Espagne et pour l'iD&nte sa sœur» Dans ces communications et conversations, j'û expliqué d'une manière complète et sans déguisement k pensée da gouvernemeiU anglais touchant le mariage de la reine, ainsi que les fiortes eb|ectioD8 qui se présentent à lui quant au mariage projeté de l'infante, et j'invite maintenant Votre Excellence à soumettre d'une manière plus formelle cette pensée et ces objections à la considération du gouvernement français.

Et d'abord, en ce qui concerne le mariage de Ut reine IsabèUe, le gouvernement de Sa Majesté a tout lieu de croire, et le fait réeolte mêm de l'aveu du gouvem^nent français, que ce mariage a été

conclu par rinflueuce française à Madrid. Le gouvernement de Sa Majesté se félicite de penser que le gouvernement britannique a été étranger à cet arrangement.

Le gouvernement de Sa Majesté pourrait faire observer que les démarclies ainsi faites à Madrid par h France isolément, dans le bu/ de conclure ce n>ariage, se concilient assez mal avec la proposition que le gouvemem^t français déclare lui-même avoir faite au gouvernement de Sa Majesté, à cet effet que les deux gouvernements agissent de concert relativement aux conseils à donner à la cour de Madrid au sujet du mariage de la reine Isabelle : car il parait qu'au moment même où le cbargé d'affaires de France à Londres demandait que le gouvernement anglais lui fit connaître son opinion sur ce point, afin^ disail-il, que, si les deux gouv^nements pouvaient se mettre d'accord, ils donnassent chacun de leur côté le même conseil, l'ambassadeur de France à Madrid avait déjà reçu de son propre gouvernement les iiislructions qui l'autorisaient à lâcher de faire conclure le mariage de la reine avec un candidat spécialement désigné; d'où il suit que la question sur laquelle le chargé d'affaires de France offrait de délibérer à Londres avait déjà été décidée par les instructions adressées à l'ambassadeur de France à Madrid.

Il est vrai de dire qu'aucune proposition formelle ou distincte ne fut faite à ce sujet par le gouvernement français au gouvernement de Sa Majesté; mais voici à peu près comment les choses se sont passées :

Le lendemain du jour où j'eus expédié à M. Bulwer ma dépêche n^ 6, du 19 juillet, je montrai une copie de cette dépêche au comte de Jarnac, pour expliquer la manière dont le gouvernement de Sa Majesté, depuis le peu de temps qu'il était en fonctions, avait envisagé la question du mariage de la reine Isabelle et l'état des choses existant en Espagne; et je lui remis cette même dépêche pour qu'il l'emportât et qu'il pût en envoyer conffdenliellement copie à son ^Hivernement

Le comte de Jarnac fit plusieurs observations sur cette dépêche, et éleva certaines objections, tant sur ce qui était relatif au mariage de la reine d'Espagne^ que sur ce qui avait trait à la situation politique de l'Espagne.

Sur ce dernier point, il exprima des craintes que les observations, sur le système du gouvernement qui a prévalu depuis plusieurs annés en Espagne, ne produinssent un fâcheux effet si elle venaient à être

connues dans ce pays; mais il faut croire que le gouvernement français ne partageait pas ces craintes ; car une copie de cette dépèche, quoique communiquée conGdentieliement au gouvernement français^ fut envoyée par lui à M. Bresson» qui en donna connaissance à plu- ' sieurs personnes à Madrid.

Quant à la première partie de ma dépêche^ le comte de Jamac Gt i^bserver qu'elle lui semblait mettre en avant le prince Léopold de Saxe-Cobourg comme candidat à la main de la reine Isabelle, tandis qu'elle excluait de la liste le comte de Trapani; que cela ne s'accordait pas avec ce qui avait eu lieu entre le gouvernement français et le précédent minislère de Sa Majesté, entre lesquels il a été convenu que, d'une part, le gouvernement français retirerait de la liste des candidats le duc de Montpensier ou tout autre fils du roi des Français : que de Tautre, le gouvernement britannique retirerait le prince de Gobourg, et que l'on recommanderait pour époux de la reine d'Espagne quelque descendant de Philippe V.

Je répondis que je ne trouvais au Foreign-Office aucune trace d'une convention semblable.

Que le principe adopté par le précédent gouvernement de Sa Majesté me paraissait être celui-ci : qu'à moins que la reine d'Espagne ne parût devoir épouser un prince français, auquel cas le gouvernement britannique aurait le droit incontestable d'élever les objections fondées sur des raisons politiques, le mariage de la reine d'Espagne était une question espagnole, dans laquelle aucun gouvernement étranger n'était autorisé à s'immiscer de manière à contrôler le choix de la reine Isabelle, que ce choix tombât sur un Bourbon ou sur tout autre prince ; qu'en conséquence, le gouvernement britannique ne s'opposerait pas à ce qu'elle fit choix d'un descendant de Philippe Y^ sans toutefois chercher, avec le gouvernement français, à lui imposer une telle restriction ; que le prince Léopold de Saxe-€k)bourg n'était pas un candidat mis en avant et soutenu par le gouvernement britannique; que, au contraire, ce gouvernement avait de fortes raisons pour penser qu'un prince espagnol serait un époux plus convenable pour la reine, et que, parmi les princes espagnols, don Henri était celui qui paraissait devoir être préféré.

Mais le mariage de la reine d'Espagne est une affaire qui regarde principalement l'Espagne, à laquelle les autres États n'ont qu'un intérêt indirect; et quoique le gouvernement de Sa Majesté puisse avoir son opinion particulière sur la manière dont ce mariage a été

arrangé^ il n'aurait probablement pas cru devoir faire de communication officielle à ce sujet au gouvernement français^ si ce mariage eût été un acte isolé, et n'eût pas été associé au projet de mariage de rinfante avec le duc de Montpensier ; sous ce rapport, il fait partie d'une combinaison politique qui soulève de graves objections.

C'est le mariage projeté du duc de Montpensier avec Tinfante qui rend la présente communication nécessaire, et c'est contre ce mariage que le gouvernement britannique doit faire des représentations et une protestation formelles.

Un pareil mariage donnerait aux autres puissances un juste sujet de jalousie politique ; et, s'il n'était accompagné, en France et en Espagne, d'actes publics dont il n'a pas encore été question jusqu'à présent, il pourrait soulever des questions de nature à troubler la paix de l'Europe.

Le gouvernement britannique espère que la reine d'Espagne vivra bien des années, et que son règne sera long et heureux: il souhaite que son prochain mariage assure à la couronne d'Espagne de nombreux héritiers. Cependant l'incertitude des choses humaines nous oblige à examiner le cas possible où cette même couronne viendrai à passer sur la tête de l'infante.

Si une telle éventualité se réalisait, l'infante était mariée au duc de Montpensier, ce prince se trouverait, comme époux de la reine d'Espagne, placé dans cette même position que le roi des Français luimême, ainsi que je l'ai dit plus haut, reconnaissait de fait, il y a trois ou quatre ans, ne devoir être occupé par aucun de ses (ils. Ainsi, par suite d'un semblable mariage, l'état des choses auquel le roi des Français ne voulait pas arriver d'une manière directe, pouvait être amené par des moyens indirects ; et le gouvernement de Sa Majesté pense que la bonne foi exige qu'après avoir renoncé d'une manière à une chose, on ne cherche point à y revenir par une autre voie.

Mais, si la postérité de la reine Isabelle venait à manquer, et qu'en même temps il existât des enfants issus du mariage de l'infante avec le duc de Montpensier, une question grave pourrait s'élever relativement à la succession de la couronne d'Espagne. Car il est parfaitement clair qu'en vertu de la renonciation faite, à la paix d'Utrecht, par le duc d'Orléans d'alors, tous ses a descendants dans la ligne mascu* Une et dans la ligne féminine, dès ce moment et pour toujours, sont tenus pour exclus, inhabiles et incapables de succéder au trône d'Espagne, de quelque manière que la succession puisse arriver à leur ligne; »

d'où il suit que les enfants et descendants du duc de Montpensier se trouveraient exclus de la succession à la couronne d'Espagne. Maïs quelque clairs que soient les termes et quelque positif que soit l'effet de cette renonciation, les enfants ou descendants de oe mariage pourraient vouloir élever des prétentions basées sur les droits qu'ils allégueraient avoir reçus de Tinfante en héritage; et ainsi, à mmos que tout prétexte de doute sur ce point ne fut immédiatement écarté par quelque acte valide de renonciation de la part de Finfan e, pour elle et ses descendants, les stipulations du traité d'Utrecht pourraient être éludées, et la paix de l'Europe troublée par une nouvelle guerre pour la succession au trône d'Espagne.

Mais ces considérations pourraient encore souleyer me question d'une application pratique plus immédiate. En effet, l'assertion £aite en Espagne, que, par suite de Texclusion de la branche d'Oriéens, en vertu des conventions d'Utrecht, le mariage de l'infante avec le duc de Montpensier serait contraire à la loi et à la constitution d'Ës^i<$!^iie, cette assertion, dis-je, paraît fondée.

Le gouvernement de Sa Majesté a peine à croire qu'on gouvernement aussi désireux que celui de France s'est déclaré l'ètie, de respecter la tranquillité des États voisins et de maintenir la paix de l'Europe, puisse persister à vouloir accomplir un mariage qui menace la tranquillité de ces États d'un danger immédiat, et peut compromettre gravement la paix européenne.

La manière dont ce mariage projeté a été arrangé, les vues politiques qu'il révèle relativement à l'avenir, les conséquences qu'il. pourrait avoir, non-seulement pour les relations amicales entre Ja Grande-Bretagne et la France, mais aussi,daii8 beaucoup de cas qu'il est permis de supposer, pour la paix de l'Europe, toutes ces considérations engagent le gouvernement britannique à faire des représentations sérieuses contre ce projet, et à exprimer l'espoir fervent qu'il no sera pas mis à exécution.

Le gouvernement de Sa Majesté, désirant donner à cette cemmonîcation la forme la plus amicale qui soit compatible avec uneexpresBÎoc complète et authentique de ses sentiments, ne vous charge point d'ii^ corporer dans une note la substance de la présente dépèche; mais je vous invite à vouloir bien en donner lecture à M. Guixol et ii loi en envoyer ofûciellement copie.

ArPEHPlCB. 463

Jf. Guiioi à M. k comté de Jamac

P^ris, le 5 octobre 1846.

Monsietnr le comte, rambassadeur d'Angleterre est i/«aii, il y a quelques jours (25 septembre), me communiquer une dépèche en date du 22 septembre, qui lui a été adressée par lord Palmerston, au rujet de$ mariages de la reine d'Espagne avec l'infant dom François d'Assise e( de l'infante dona Luisa-Feroanda avec M. le duc de Montpenster. Vou« en trouverez ci-joint une copie. Ten ai rendu compte au roi dans son conseil, et je vous adresse la réponse du gouvernement du roi à cette communication, en vous chargeant de la mettre sous les yeux du principal secrétaire d'Etat de S. M. B. Lord Palmerston dit, en terminant sa dépêche, « que le gouvernement de Sa Majesté britannique a voulu donner à Texpressioii complète et authentique de ses sentiments sur cette question la forme la plus amicale. » Vous direz k iord Palmerston que le gouvernement du roi aussi est toujours animé, envers TAngleterre et son gouvernement, des sentiments de la plus sincère amitié, même lorsqu'il maintient les droits et les intérêts de la France contre des plaintes et des représentations qui ne lui paraissent point fondées.

Je tiens à écarter, d'abord, un reproche que lord Palmerston adresse, en commençant, au gouvernement du roi, et qui m'a causé, je l'avoue, quelque surprise. Il rappelle que nous avons, il y a plus long' temps encore, proposé au gouvernement anglais de nous attendre et d'agir de concert pour les conseils à donner à la cour de Madrid, sur le mariage de la reine Isabelle. Cette proposition ne s'accordait guère, dit-il, avec les démarches que nous faisions isolément en Espagne; car, selon lui, nous aurions, à la même époque, ordonné à M. le comte Bresson de faire tous ses efforts pour amener le mariage de la reine avec un candidat particulier, l'infant don François d'Assise, offrant ainsi à Londres de délibérer sur une question déjà résolue par nos instructions à Madrid.

Les faits rappelés avec précision mettront en évidence l'erreur grave de ce reproclie.

J'ai, en efiet, au mois de juillet dernier, proposé au cabinet de Londres de nous entendre et d'agir de concert, à Madrid, pour appuyer spécialement, comme candidats à la main de la reine Isabelle, les deux infants fils de don François de Paule. Gomme descendants de

Philippe V^ ces deux princes avaient notre adhésim;comme princes espagnols^ ils avaient celle de TAngleterre. Les dispositions de la cour de Madrid semblaient leur devenir plus favorables, ie proposai donc au gouvernement anglais de les soutenir en commun avec nous, et je déclarai^ en même temps, que, pour notre compte nous n'avions, ni à l'un ni à l'autre de ces princes, aucune objection, et que celui des deux qui conviendrait à l'Espagne et à sa reine nous conviendrait également.

Ce que j'ai dit à Londres, je Tai dit pareillement à Madrid. M. Je comte de Bresson a toujours eu pour instruction d'appuyer les deux infants, et de dire d'avance que nous adhérions pleinement au choix que ferait entre eux la reine. L'ambassadeur du roi a fidèlement rempli ses instructions.

Qu'arriva-t-il lorsque, plus d'un mois après ma proposition d'action commune en faveur du fils de don François de Paule, lord Palmerston me fit enfin parvenir sa réponsef II n'adhérait point à notre ouverture, telle qu'elle avait été faite. Il nous demandait de nous joindre à lui pour appuyer exclusivement, à Madrid, l'infant don Enrique, seul propre {the only fit), disait la dépêche du 22 août, que le lord Normanby me communiqua le 28, à devenir le mari de la reine, le témoignai à lord Normanby et je vous chargeai de témoigner à lord Palmerston mon élonnement de cette désignation exclusive et l'impossibilité où nous étions de nous y associer, car nous avions toujours dit et nous persistions à dire que les deux infants nous convenaient, que c'était à la reine d'Espagne à prononcer entre eux, et que nous étions prêts à trouver bon son choix, quel qu'il fût. • ••*.••••••.•••••..• • «

Dès l'origine de cette question, le roi, comme lord Palmerston le rappelle dans sa dépèche, a spontanément fait connaître qu'il ne prétendait, pour aucun de ses fils, à la main de la reine d'Espagne. H a, en même temps, exprimé sa ferme espérance que la couronne d'Espagne ne sortirait pas de la maison de Bourbon, et que la reine choisirait son époux parmi les descendants de Philippe Y. •••.•.....•.....•. •• •■•

Dès que nous avons vu sérieusement apparaître dea combinaisons qui nous ont fait craindre que l'époux de la reine ne fût pas pris parmi les descendants de Philippe V, et que le trône d'Espagne ne sortit de la maison de Bourbon, nous avons fait savoir, le 2? février dernier, à Londres et à Madrid, que, si ces combinaisons prenaient de la consis-

tance^ nous nous considérerions comme affranchis de tout engagement et libres de demander la main^ soit de la reine, soit de Tinfante^ pour M. le duc de Monlpensier.

Nous avons voulu, à cette époque comme dans l'origine de la ques- Jon, dire ouvertement et d'avance comment nous agirions.

Au mois de mai dernier^ nous fûmes informé avec certitude que le gouvernement espagnol venait d'adresser au duc régnant de Saxe- Cobourg, alors en visite à la cour de Lisbonne, un message à l'effet de négocier le mariage du prince Léopold de Saxe-Cobourg avec la reine Isabelle.

Nous apprîmes en même temps^ et avec la même certitude^ que ce message avait été préalablement communiqué au ministre d'Angleterre à Madrid, M. Bulwer^ et avait reçu son approbation.

Le gouvernement du roi témoigna immédiatement à Londres et à Madrid sa surprise et son inquiétude. Il reçut de lord Aberdeen des assurances qui prouvaient toute sa loyauté. Mais^ peu de temps après, lord Aberdeen sortit des affaires; et nos informations ne nous permirent pas de douter que le travail entrepris pour le mariage de la reine Isabelle avec le prince Léopold de Cobourg ne se poursuivit activement.

Le gouvernement du roi n'a pu se méprendre sur cette situation. Pour en prévenir les conséquences, il a pris, à Madrid, le moyen le plus direct et le plus légitime ; il a fait appel au libre choix, à la volonté indépendante de la reine Isabelle et de son gouvernement. A côté de la combinaison qui se poursuivait évidemment contre sa politique, il a placé, il a offert une combinaison différente. Il le pouvait, car il s'en était ouvertement et positivement donné le droit. Il le devait, car l'hypothèse pour laquelle il avait fait cette réserve et qu'il avait prévue dans ses instructions à Madrid, comme dans ses déclarations à Londres, devenait de plus en plus probable. La reine d'Espagne et son gouvernement ont accepté cette combinaison. Les cortès lui ont donné une approbation presque unanime. Le double mariage de la reine Isabelle avec M. le duc de Cadix, et de l'infante dona Luisa-Fernanda avec M. le duc de Montpensier, a été préparé et conclu avec la liberté la plus entière et par les plus pressants motifs.

Le gouvernement de S. M. Britannique se félicite, dit lord Palmerston dans sa dépêche du 22 septembre, de n'avoir pris aucune

part à rarrangement de ce mariage. Le gouvernement du roi ne voit^ au contraire^ pour l'Espagne^ pour ses alliés, pour l'Europe, que des raisons de s'en féliciter. Le duc de Cadix est en même temps un prince issu de Philippe V et un prince espagnol de naissance et de sentiment. Il s'est constamment montré plein de respect pour le régime constitutionnel et pour les principes de la monarchie. L'Espagne et r Europe, les libertés de la Péninsule et les intérêts de Tordre européen trouvent, dans son union avec la reine Isabelle, toutes les garanties qu'une politique prévoyante peut désirer.

Malgré cette désapprobation clairement exprimée du mariage de la reine Isabelle avec M. le duc de Cadix, c'est principalement le mariage de M. le duc de Montpensier avec l'infante qui, selon la dépèche du 22 septembre, a rendu nécessaire aux yeux du gouveinement anglais, la communication qu'il vient de nous foire, et Ta déterminé à nous adresser ses représentations et ses protestations.

Le gouvernement du roi se fait toujours un devoir d'accueillir et de discuter, dans un esprit de sincère équité, les représentations qu'un autre gouvernement, et, à plus forte raison, un gouvernement ami, croit de voir lui adresser au nom de ses intérêts et de sa politique. Mais des protestations doivent se fonder sur des droits. On n'est pas admis à protester contre un fait par ce seul motif qu'il ne vous convient pas. Toute protestation doit se rattacher à un droit intérieur.

Aussi le gouvernement anglais invoque-t-il, comme fondement de sa protestation, le traité d'Ulrecht et les règl^ qu'il a instituées pour la succession à la couronne d'Etipagne, dans l'intérêt de la paix et de l'équilibre européen.

Le gouvernement du roi pense que le traité d'Utrecht n'autorise, en aucune fuçon, une prétention semblable.

Après la longue et sanglante guerre de la suceessioD, et pour rétablir cnGn la paix de l'Europe, le double but hautement reconnu et proclamé de ce traité, fut :

1*» D'assurer la couronne d'Espagne à Philif^ V et à ses descoiidants;

2*^ D'empêcher que l'union des couronnes de France et d'Espagne sur la même tête fût jamais possible.

Il sufiit de rappeler les né^^iations qui ont amené le traité d'Utrecht et d'en lire le texte même (art. vu), pour demeurer convaincu que tels en sont réellement la pensée et le sens.

Par Je mariage de l'infante avec M. le duc de Montpensier, la oou-

APPENDICE. 4d7

ronne d'Espagne est assurée de ne point sortir de la maison de Bourbon et des descendants de Philippe V ; et^ en même temps^ les empêchements établis contre toute union possible des deux couronnes de France et d'Espagne demeurent en pleine vigueur. La double intention du traité d'Utrecht est donc toujours accomplie.

Il serait étrange qu'on prétendit invoquer contre nous celles des dispositions de ce traité qui tendent à empêcher l'union des deux couronnes^ et qu'on écartât celles qui assurent la couronne d'Espagne à Philippe Y et à ses descendants.

Tel serait cependant le résultat de l'interprétation que^ dans sa dépêche du 22 septembre^ lord Palmerston voudrait donner de ce traité.

Jamais une telle Interprétation n'a été jusqu'à ce jour, je ne dirai pas admise^ mais seulement conçue et présentée. Les faits la repoussent aussi hautement que les textes.

Jamais le traité d'Utrecht n'a été considéré ni invoqué comme faisant obstacle aux mariages entre les diverses branches de la maison des Bourbons de France et les diverses branches de la maison des Bourbons d'Espagne.

Les exemples de ces mariages abondent. Je n'en citerai^ en ce moment^ que trois, les voisins de l'époque même oii le traité d'Utrecht fut conclu.

i° Louis I«% W)i d'Espagne, fils aîné de Philippe V, a épousé, le 20 janvier 1721, Louise-Êlisabetii d'Orléans, mademoiselle de Mont- ^^ensier, quatrième fille du duc d'Orléans, régent;

2° L'infant don Philippe, duc de Parme, fils de Philif^ V, a épousé, le 36 août i 739, Louise- Elisabeth de France, fille aioée de Louis XV 'y

3« Le dauphin, fils de Louis XV, a épousé, le 23 février 1745, Marie-Thérèse-Antoinette, infante d'Espagne, fille de Philippe V.

Ce dernier exemple est bien remarquable, car c'est l'héritier immédiat de la couronne de France qui épouse l'une des héritières de la couronne d'Espagne.

Et Ton ne peut pas dire que la loi proclamée en 17i3, par Philippe V, pour changer, en Espagne, l'ordre de succession au trône, eût privé l'infante Marie-Thérèse- Antoinette de ses droits éventuels, car cette loi n'est qu'une demi-loi salîque qui n'admet, il est vrai, la succession des femmes qu'après l'épuisement des héritiers mâles, mais qui l'admet pleinement dans ce cas.

45g HISTOIRE DE HUIT ANS.

Les infantes apportaient donc dans les mariages que je Tiens de citer et dans tous les autres mariages analogues un droit éventuel, mais positif^ à la couronne d'Espagne.

* Personne, en Europe, a pensé à en faire, contre ces mariages, une objection, ni à demander que des nouvelles stipulations fussent ajoutées au traité d'Utrecht pour en prévenir les effets.

Il n'y a maintenant, à propos du mariage de l'infante dona Louisa- Fernanda avec M. le duc de Montpensier, absolument aucune raison de penser ni d'agir autrement, et les stipulations du traité d'Utrecht suffiraient, dans Tavenir, aux intérêts de la paix et de l'équilibre comme elles y ont suffi jusqu'à présent.

On ne saurait donc, en droit, fonder sur ce traité, ni sur son texte, ni sur ses conséquences, ni sur son interprétation d'après les faits, aucune protestation légitime.

Placé à côté du mariage de la reine Isabelle avec M. le duc de Cadix, le mariage de M. le duc de Montpensier avec l'infante est, à la fois, un témoignage de la disposition des deux pays à resserrer les liens de cette amitié et un gage de sa durée. Il n'altérera ni l'indépendance de l'Espagne et de son gouvernement, ni les grandes et justes conditions de l'équilibre européen ; mais il contribuera à garantir, entre la France et l'Espagne, ces bonnes et intimes relations qui tourneront au bien des deux peuples et au repos de l'Europe. Il nous semble que partout une politique élevée et prévoyante doit se féliciter de ce résulat.

Le gouvernement du roi ne trouve donc, aux représentations qui lui sont adressées, par le gouvernement de S. M. Britannique, aucun fondement grave et légitime, il ne saurait donc les admettre ni les prendre pour règle de sa conduite. Nous regrettons ce dissentiment Mais, appel es nécessairement à nous décider et à agir, nous avons fait, avec le libre concours du gouvernement espagnol, ce qui était conforme à nos droits, à nos intérêts légitimes, à la politique naturelle et pacifique de notre pays; nous n'avons rien fait qui porte atteinte aux droits, aux intérêts légitimes, à la paix des autres Étals. Nous sommes convaincus que la France pense, à ce sujet, comme son gouvernement. Tout atteste que la grande majorité du peuple espagnol partage les sentiments du sien. Nous avons la conûance que te bon jugement et l'esprit d'équité du gouvernement de la nation britannique les porteront à reconnaître que les puissants ^ généreux

motifs qui ont si heureusement établi entre la France^ l'Angleterre et TEspagne^ la bonne intelligence et Tamitiéy s'élèvent foit au-dessus de ce dissentiment particulier et ne doivent en recevoir aucune altération.

Je vous invile à remettre une copie de cetfe dépèche à lord Palmcrston^ apr^'g lui en avoir donné lecture.

Recevez, monsieur le comte > l'assurance de ma considération la plus distinguée.

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