CHAPITRE I. i
deux pays. Le 8 octobre, Louis-Philippe débarquait à Portsmouth, où il fut reçu par le duc de Wellington, accompagné d'une suite nonobreuse.
Nous n'entreprendrons pas de décrire les brillantes fêtes qui l'attendaient à la résidence royale de Windsor. Les réceptions officielles ont toutes un même caractère de joie conventionnelle et de courtoisie obligée. Tous les dissentiments semblent éteints, toutes les rancunes effacées, et les intérêts les plus opposés paraissent se confondre dans une mutuelle confiance. Chacun sait cependant que les apparences sont trompeuses et les visages menteurs. Mais, par une étrange illusion d'amour-propre, chacun se flatte d'avoir le mieux joué son rôle et d'avoir renoporté quelque avantage dans cette lutte de dissimulation. Louis-Philipf e d'ailleurs tenait fort à prouver que l'alliance anglaise était, après de passagères discussions, plus solide que jamais; il venait lui-même offrir une garantie de bon accord, et recevoir de publics témoignages d'amitié qui pussent devenir aux yeux des souverains du continent une consécration nouvelle.
Outre l'étalage extérieur d'influence, Louis-Philippe avait un but secret. Déjà dans le monde diplomatique on s'occupait beaucoup du mariage de la reine d'Espagne, et il s'en occupait lui-même plus que d'autres. Les puissances rivales, et l'Angleterre surtout, ne lui auraient pas permis de mettre un de ses fils sur les rangs. Mais l'Espagne est si voisine de la France, les intérêts des deux pays se touchent par tant de points, qu'il se sentait en nécessité et en droit d'intervenir activement dans cette question. L'infante, d'ailleurs, sœur de la reine, moins âgée qu'elle seulement d'un an, présentait aux ambitions paternelles des avantages
présents et des espérances cachées qui méritaient considération. Louis-Philippe avait déjà traité ce sujet avec la reine Victoria au château d'Eu. Il le reprit à Windsor, se montrant irës-désintéressé quant au mariage principal, mais faisant habilement pressentir le contentement qu'il éprouverait d'obtenir la main de l'infante pour son fils, le duc de Montpensier. Il ne laissa pas d'ailleurs ignorer à ses hôtes que la main même de la reine lui avait été offerte par Marie-Christine, et que la renonciation à cette brillante alliance était un nouveau gagé de ses sentiments envers l'Angleterre. Nous verrons plus tard quels furent les résultats de ces ouvertures.
M. Guizot avait accompagné le roi dans sa visite, jouissant de tous les hommages prodigués par la fastueuse hospitalité de l'aristocratie anglaise. Et cependant, au milieu des fêtes royales, alors que datis les régions officielles on faisait montre d'affectueux sentiments, la polémique des journaux conservait son caractère hostile, et des deux côtés du détroit on se renvoyait de mutuelles accusations. Pendant que Louis-Philippe faisait ses promenades avec la reine sous les beaux ombrages de Windsor, la presse anglaise poussait des cris de fureur contre la France, sous prétexte qu'un nouvel outrage avait été commis à Tahiti, Le fait vrai c'est qu'un officier anglais, méconnaissant l'autorité française, avait voulu descendre à terre, malgré les défenses du gouverneur, et avait été arrêté par une chaloupe armée. Ce qui ajoutait à la gravité des circonstances^ c'est que cet acte de bravade se passait au moment même où nos troupes luttaient contre les indigènes insurgés. L'arrestation de l'officier anglais était donc suffisamment justifiée : aussi le gouvernement britannique ne se laissa-