CHAPITRE n
verser cette chambre, mais qui ne doivent pas y rester. »
Vains subterfuges, inutile faiblesse. Quand M, Guizot s*écriait : « Il n'y a point de guerre entre l'Église et nous, » le chef politique de l'Église venait de déclarer la guerre. M. de Montalembert eut au moins l'avantage de la franchise et de l'audace, et le ministre n'échappait à une provocation qu'en la niant. C'est ainsi qu'il avait accueilli l'afiffont du 15 juillet, en disant: » Ce n'est pas une inculte. »
Les catholiques, plus courageux et plus constants, poursuivaient les hostilités en démolissant pièce à pièce l'université, et ne furent pas plus désarmés par les complaisances de M. de Salvandy, que par les lâchetés de M. Guizot.
Diverses propositions de réforme électorale et parlementaire furent introduites dans cette session, sans plus de succès que les années précédentes.
M. de Rémusat renouvela sa demande relative aux incompatibilités; M. Ledru-Rollin proposa l'abolition du cens d'éligibilité, et une allocation quotidienne à chaque membre de la chambre des députés à titre d'indemnité; M. Crémieux voulait l'adjonction de la seconde liste du jury à la liste électorale, ce qu'on appelait l'adjonction des capacités. Ces propositions furent successivement rejetées.
Une légère modification cependant fut introduite dans le mode de votation. Sur la proposition de M. Duvergier de Hauranne, le scrutin public par division fut admis ; mais le scrutin secret demeurait toujours facultatif sur la demande de vingt membres.
La session fut close le 21 juillet, après que le ministère
eui passé par une série de vicissitudes parlementaires qui avaient aux premiers jours compromis son existence. La faible majorité qu'il avait obtenue dans la discussion de Tadresse, et surtout dans le paragraphe concernant l'affaire Pritchard, avait un instant fait croire à sa retraite ; mais il s'était raffermi dans la discussion sur les fonds secrets, et surtout par le défaut d'accord de ses adversaires. M. Mole, à la tête d'une fraction des conservateurs, ne pouvait faire alliance avec M. Thiers gouvernant le centre gauche, et ces ambitions rivales venaient dans leur isolement offrir des occasions de victoire à l'adversaire commun.
La chambre elle-même tantôt s'amoindrissait dans des luttes stériles, tantôt s'abaissait par des votes complaisants. L'affaire Pritchard surtout avait profondément indigné : ce n'est jamais impunément que le scrutin outrage l'opinion publique, et les décisions qui portent avec elles une insulte à la nation, sont avant tout funestes à l'assemblée qui les prononce. Ainsi en fut-il du vote sur Pritchard : la chambre déconsidérée n'avait plus d'autorité morale; elle s'était condamnée à une dissolution prématurée : usée par les victoires ministérielles, elle avait convaincu le ministère lui-même qu'elle ne pouvait plus être un appui ; et à peine venait-elle d'achever sa troisième session, que partout on annonçait qu'il lui serait impossible de compléter le temps de son existence légale : déjà se préparaient des luttes électorales, déjà l^on se disputait la succession d'une chambre debout encore, mais d'avance condamnée.
La gauche constitutionnelle forma un comité électoral composé de MM. Odilon Barrot, Gauthier de Rumilly, Abatucci, Havin, de Tocqueville, Bethmont, etc. Le 16 juillet, le comité publia un manifeste dans lequel il invitait