CHAPITRE lY. iOl
ses arguments étaient embarrassés de vagues déclamations et de récriminations maladroites. La condition capitale, à son avis, de la sincérité constitutionnelle, était que le gouvernement fût dirigé dans le sens de la majorité.
Personne, assurément, ne contestait cette vérité. Mais le ministre ne parlait que de la majorité parlementaire, et Ton reprochait précisément à cette majorité de ne pas représenter la majorité du pays, parce que le nombre des fonctionnaires introduits au parlement empêchait la sincérité des votes.
Cependant la chambre se contenta de ce triste argument ; les fonctionnaires d'ailleurs décidaient dans leur propre cause. Deux cent trente-deux voix contre cent quatre-vingtquatre se prononcèrent pour le maintien des abus.
En ce moment arrivaient à Paris les premières nouvelles des massacres de la Gallicie. On ignorait les détails ; mais il circulait tant de rumeurs sur ces sanglants excès , que tous les esprits en étaient émus. Le 13 mars, M. de Larochejaquelin interpella le ministre des affaires étrangères sur ces cruels événements. Quels détails, demanda-t-il, le ministère pouvait-il donner à la chambre sur la situation des affaires de la Pologne? Qu'avait-il fait pour remplir le vœu exprimé par quatorze adresses des deux chambres î
M. Guizot répondit froidement que les questions posées avaient, pour la plupart, trait aux actes d'un gouvernement étranger. Lé cabinet pouvait donc se dispenser d'y répondre ; mais il ne le ferait pas. Si les faits étaient exacts » il ne fallait pas hésiter à les qualifier de déplorables et de coupables; provoquer un bouleversement social pour échapper à un danger politique, c'était un crime ! a Mais, ajoutait H. Guizot, les révolutionnaires font ces choses-U ; les gou-
vernements réguliers ne sauraient se les permettre. » Cette maladroite apologie était la condamnation la plus formelle de la politique autrichienne ; car les faits ne tardèrent pas à se vérifier.
Alors M. Guizot changea de langage; ou plutôt il refusa complètement la discussion.
Dans la séance du S juillet , à la chambre des pairs^ M. le comte de Monlalembert dévoila dans toute leur horreur les scènes de la Gallicie. Il n'y avait plus à nier, il n'y avait plus à faire des déclamations sur les révolutionnaires, car ces crimes appartenaient bien à un gouvernement régu^ lier. H. Guizot répondit :
ce Des faits qui se rapportent aux affaires , aux actes , à la conduite d'un gouvernement étranger, la chambre comprendra que je n*ai pas à les défendre Nous devons être et nous sommes toujours prés à discuter nos propres affaires, nos propres actes, dans nos rapports avec les gouvernements étrangers ; mais les affaires intérieures, les actes intérieurs de ces gouvernements eux-mêmes , il ne nous appartient pas de les débattre. Je ne le saurais pas, je ne le pourrais pas, je ne le dois pas. Je demande seulement qu'on ne tire de mon silence, à cet égard, aucune conclusion , aucune induction. Il ne m'appartient ni de contester, ni d'avouer ce que vient de dire l'honorable préopinant. La discussion, le procès, si on peut se servir de ce mot, s'instruit et se débat en Europe, devant ropinion européenne; non pas en France et à cette tribune. Je n'ai point à m'en occuper ici. d
M. Guizot refusait à la Pologne même l'appui d'une parole sympathique ; il abdiquait ce beau rôle de protecteur qui a toujours appartenu à la France, et réservait ses