CHAPITRE IT. ^OQ
bonnes volontés pour M. de Metternich. Il l'avait d'abord protégé par des dénégations ; maintenant il le couvrait de son silence.
Après avoir épuisé les questions politiques parles débats de l'adresse, des fonds secrets et delà proposition Rémusat, la chambre consacra à des questions matérielles les derniers mois d'une existence languissante et d'une décrépitude prématurée. Chacun comprenait que la législature n'achèverait pas sa carrière légale ; chacun s'apprêtait à une lutte prochaine, le ministère pour conserver une position acquise, l'opposition pour réparer ses forces compromises par de nombreux échecs,
A peine, en eflfet, la clôture des chambres fut-elle prononcée, qu'une ordonnance de dissolution vint ouvrir carrière aux ambitions. Les élections générales étaient fixées au 1" août, et les chambres convoquées pour le 19 du même mois.
Avant de raconter les détails du combat électoral qui allait donner naissance à la dernière chambre d^ la monarchie, nous devons rappeler quelques incidents intérieurs qui avaient «u lieu pendant la session.
Le 16 avril 1846, à cinq heures du soir, le roi rentrait d'une longue promenade qu'il avait faite dans la forêt de Fontainebleau. Il était sur un char à bancs, ayant à ses côtés M. de Montalivet, et derrière lui la reine et plusieurs princes et princesses de la famille royale. La voiture était entrée dans le grand parc, le long des murs du parquet d'Avon, lorsque deux détonations d'une arme à feu se firent entendre à la gauche du char à bancs : c'étaient deux coups de fusil qui avaient été tirés, du haut de la muraille, sur le roi, par un homme dont le visage était à demi voilé par un
mouchoir. La bourre d'un des coups de fusil était tombée entre le roi et M. de Montalivet ; la reine ramassa d'une main tremblante ces débris fumants. Cependant personne n'avait été atteint.
Les gardes forestiers, les gendarmes et quelques officiers de hussards qui accompagnaient le roi se précipitèrent pour entourer l'endroit où se trouvait Ta^sassin, et bientôt il fut saisi par un palefrenier, qui avait escaladé le mur et s'était élancé à sa poursuite.
Il se nommait Lecomte. Après être entré au service en 1822, il était devenu sous-officier dans la garde royale, avait mérité la croix, et avait été reçu en 1829 dans l'administration des forêts de la maison d'Orléans. Successivement garde à pied , garde à cheval , brigadier et garde général dans les forêts de la couronne, il avait coutume, chaque année, d'accompagner le roi dans ses promenades à Fontainebleau.
Mais dix-huit mois avant l'attentat, il avait été destitué de son emploi pour une grave infraction au service; et depuis ce temps , on l'avait entendu proférer des menaces contre M. de Montalivet et contre M. de Sahune, conservateur des forêts de la couronne. Il avait écrit plusieurs lettres de plaintes et de récriminations à ces deux personnages, ainsi qu'au général de Rumigny, qu'il considérait comme son pro* tecteur.
L'intendant général de la liste civile, après lui avoir plusieurs fois accordé des secours , avait fait liquider en sa faveur une pension de retraite.
Il s'était retiré à Paris, où plus d'une fois il avait fait entendre des menaces de vengeance. Il était arrivé à Fontainebleau le 16 à six heures du matin-