‹ Histoire de huit ans, 1840-1848Chapitre 51 sur 179 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY

Au moment où il fut arrêté, il dit seulement : « Je me suis trop pressé. » Il paraît en eflfet qu'il était un tireur des plus habiles, et ses camarades racontaient qu'il ne manquait jamais un cbevreuil à cent cinquante pas. Du reste, il avouait qu'il était venu dans l'intention formelle de tuer le roi.

Il était évident que la politique était complètement étrangère à cet attentat. C'était l'œuvre d'une rancune aveugle chez un homme exalté et sans principes, vengeant sur le roi la juste sévérité de ses chefs immédiats. Cependant l'esprit de parti s'en fit encore une arme contre la liberté ; et le zèle monarchique, exagéré jusqu'à la fureur, appelait la solidarité du crime sur les écrivains et les orateurs de Topposition.

« Nous entendons dire autour de nous, écrivait le /owrnal des Débats, que le crime est isolé et qu'il est étranger à la politique. Isolé, soit.... la justice nous dira cela ; mais quel que soit son jugement, il ne nous persuadera pas que l'attentat de Lecomte ne soit pas un crime politique. Contre

les rois il n'y a pas de crime privé Le crime lui-même

peut n'être que le fait de l'homme. Les inspirations viennent du dehors. »

Celte thèse, nous le reconnaissons, est assez vraie en général; mais dans cette occasion, elle n'avait jamais été mieux démentie par les faits. C'était donc une triste manœuvre que d'annoncer à l'Europe que, malgré les apparences, il y avait toujours au fond de la société des pensées de régicide, et qu'une guerre implacable continuait d'exister entre Louis-Philippe et une partie de la population. Au surplus, l'opinion publique fit justice de ces téméraires accusations, et le procès de Lecomte démontra clairement qu'aucune

pensée politique, même chez ce maniaque isolé, n'avait armé son bras. Il subit la peine des parricides avec la résolution d'un homme qui avait calculé toutes les suites de s')n crime.

Pendant que 1 on instruisait le procès de Lecomte, uq événement inattendu vint jeter quelques inquiétudes parmi les partisans de la dynastie : le prince Louis-Bonaparte s'était évadé, le 25 mai, du château de Ham, où durant sii ans, il avait été retenu prisonnier.

Depuis plusieurs mois, il était en instances auprès du goa vernement pour obtenir d'aller rejoindre en Italie son vieux père gravement malade, promettant de revenir se constituer après avoir accompli ses devoirs de fils. Hais le ministre exigeait de lui des paroles de garantie qu'il lui dictait. Soit qu'il voulût se réserver toute liberté d'action, soit qu'il ne vît dans cette exigence qu'une condition humiliante, le prince refusa. Plusieurs députés, et parmi eux M. Odilon Barrot, s'étaient intéressés à sa demande, qui suivit le cours d'une véritable négociation politique.

Le prisonnier résolut de ne plus compter que sur luimême, et, secondé par ses amis les plus intimes, il concerta des plans d'évasion avec cette persévérance que donne la captivité.

L'entreprise était difficile : malgré la longue habitude des précautions et leur apparente inutilité, la surveillance ne s'était en rien ralentie. Deux gardiens étaient toujours i demeure au bas de l'escalier : la garde était doublée la nuit ; au premier coup d'horloge sonnant dix heures les lumières étaient éteintes ; on empêchait avec un soin sévère l'approche de la forteresse ; les consignes tendaient surtout à empêcher toute entreprise d'évasion par un secours

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