CHAPITRE nr
rances ou les illusions ae ses partisans, par un acte que le public français apprit avec une profonde indifférence. Le duc de BordeauxVunit en mariage à l'archiduchesse Marie- Thérèse-Béatrice de Modène , sœur aîné du duc régnant. Ce prince était le seul en Europe qui eût refusé de reconnaître la royauté de Louis-Philippe. L'alliance conclue n'ôtait donc aucune force à la dynastie d'Orléans, et n'en donnait guère à la branche aînée. Le descendant direct de Louis XIY s'introduisait modestement dans la plus petite principauté du continent.
Mais de plus graves soins occupaient alors tous les esprits. Les électiohs générales approchaient , et chaque parti faisait appel aux sympathies et aux passions. Le centre gauche et la gauche constitutionnelle, unis dans un sentiment commun d'opposition, avaient formé un comité dont les actives correspondances remuaient toutes les localités ; l'aveu d'une coalition générale était formulé dans les manifestes. <c La question pour chaque électeur, disaient-ils, n'est pas de choisir celui qu'il préfère, mais bien, en nommant un homme indépendant, à quelque nuance de l'opposition qu'il appartienne, d'empêcher le succès du candidat ministériel. » Du reste, aucune vue nouvelle, aucun principe déterminé ne se rencontraient dans les circulaires. L'opposition constitutionnelle combattait avec des accusations générales ou des promesses de mieux faire, mais ne savait ou n'osait proposer un système autre que celui de ses adversaires ; laissant ainsi à ses critiques un caractère de rivalité personnelle qui provoquait ou la méfiance ou la tiédeur.
Les radicaux, plus à l'aise et plus hardis, ne cachaient rien de leurs vœux, rien de leurs espérances, et dissimu-»
lant seulement le mot de république, en réclamaient toutes les institutions. Dans les collèges, néanmoins, où ils n'étaient pas en nombre, ils prêtaient leur appui à la gauche dynastique.
Pour le parti légitimiste, il s'attachait à une question toute spéciale devenue le mot d'ordre des meneurs catholiques. La liberté de l'enseignement devait être la condition 3ine quâ non imposée par tout électeur de cette opinion. Cet intérêt devait rester supérieur à tout autre motif électoral, et, pour que l'engagement fût complet, on exigeait du candidat un mandat signé. La circulaire de ce parti portait les noms de MM. de Montalembert, de Vatimesnil et de Riancey. Il était facile de deviner sous quelle influence ils agissaient ; la liberté de l'enseignement ne devait être à leurs yeux que la ruine de l'université et la domination du clergé.
Chacun apportait une grande ardeur à lalutte; mais personne autant que H. Thiers. Le rival qui l'avait supplanté avait résisté à tous ses coups au sein du parlement, éludant ou renversant les difficultés, traversant les crises, et sortant victorieux même de ses propres fautes. C'était la plus longue fortune ministérielle qu'eût vue la monarchie de juillet ; et, pour un héritier présomptif, la succession était trop lente à s'ouvrir. Il n'y avait pas seulement, d'aill«urs» chez M. Thiers, nous devons l'avouer, des impatiences personnelles. Il s'inquiétait aussi, à bon droit, de la précipitation aveugle avec laquelle le gouvernement marchait au sacrifice de toutes les libertés. Attaché à la monarchie constitutionnelle, dont il avait fait son idéal politique, M. Thiers ne connaissait que trop bien les dédains de Louis-Philippe pour cette forme de gouvernement ; il ne se dissimulait pas