CHAPITRE IV. i
prince timide ; conserver la paix que rien ne menace, mais ne pas faire de cette paix ane complaisance perpétaelle^ tantôt poar ceai-ci, tantôt poor ceax-Iè ; en 1836^ noe complaisance poor rAutriche ; en 18&6^ ane complaisance pour l'Angleterre , attendre les alliances^ qni viendraient si on faisait moins pour les a?oir ; en attendaùt» se bien administrer, s*occaper, sans menace pour personne^ de son armée, de sa marine, de ses finances ; ne point paralyser celles-ci pour des années ; accorder an pays les bienfaits des grands travaux publics, mais, sans cette précipitation qui fait que, pour tout entreprendre i la fois, on exécute tout mal, et qu'on compromet autant la vie des individus que leur fortune ; ne pas livrer l'administration à toutes les ambitions, hautes on basses ; après avoir résisté, s'il le faut, à la royauté elle-même, résister aussi aux influences électives qui ne cherchent qu'à trafiquer de leurs votes,* faire pour cela les changements nécessaires à nos lois admiaistralives et électorales ; remplir, en un mot, cette double tâche^ an dedans de gouverner constitutionneUement la France, an dehors de la conduire saine, sauve et honorée^ à travers le mauvais vouloir que cinquante ans de révolution ont excité contre elle : voilÀ la politique que nous voudrions, mes amis et moi^ proposer aux esprits^ au lieu de celle qui^ sous prétexte que tout est tlni au dedans et au dehors^ veut lui faire tout oublier, le dehors comme le dedans^ en jetant le pays dans des spéculations qui l'absorbent^ l'enchaînent et le paralysent.
« Vaines paroles que tout cela, s'écrient nos adversaires. An fond vous êtes des ambitieux qui ne voulez que le pouvoir^ qui ne voulez qu'être ministres.
a Ce reproche vulgaire serait bien facile à rétorquer. Nous pourrions^ en eiïet, répondre à nos adversaires : Nous voulons prendre le pouvoir^ soit ; mais vous^ vous voulez le garder. — Je pourrais, moi, dire h ces écrivains qui m'injurient : Vous avez votre part des avantages da pouvoir^ et vous voulez les garder
« Croit-on que cette argumentation serait moins vraie que celle qu'on nous oppose? Mais je le demande^ serait- elle digne^ serait-elle concluante f
« Si au fond de tontes nos disputes il n'y a pas antre chose que l'ambition du pouvoir et des places, il faut renverser la tribune, briser la plume des écrivains et faire cesser cet inutile et scandaleux tumulte de discussions. Mais, heureusement, il y a autre chose dans les disputes dont les pays libres sont le théâtroi et c'est l'avis des Anglais,
qni ne permettraient pas chez eni qii*on s'adressât de pareils reproches. Leurs mœors eonstitotionnelles sont si bien formées, qae si M. Feel disait i lord John Rassell^ on lord John Rassell à M. Peel : Tons toolez ma place, on les ferait taire sor-le-champ.
« Sans doate il pent y avoir des gens qni, dans dos lattes^ tiemieiit an pouvoir^ et non an fond des choses. Qae ceni-là se jastifîent. Pour moi^ voici ce que j*ai dit, et ce que je répète encore an nom de mes amis et en mon nom personnel.
« En i836, lorsqu'il s'agissait de l'Espagne, noos pDaTions rester an ministère^ poar y faire ce qa'y ont foit nos successeurs. La royauté noos faisait l'honnenr de noas y inviter.
« En 1840, lorsqull s'agissait de l'Egypte, nous poavioDS, mes amis et moi^ rester au ministère, pour y faire ce qu'y ont fait nos saecesseurs. La royauté noos y invitait également.
« Nous n'avons pas voulu, et nous avons respeetoeusement donné notre démission.
u Si nous voulons le pouvoir et rien que le pouvoir, si la politique à suivre noos est indifférente, pourquoi ne pas conserver alors nos portefeuilles t
CL Et maintenant, pour parler de ce qui me concenie plos particalièrement, on me trouve fort prononcé, fort actif dans l'opposition : serait-ce par hasard afin d'avoir le pouvoir plus tôt ?
« Je serais en vérité bien malhabile ! Croit-on que je n'aie pas assez d'intelligence pour savoir que, me mettre à part, désapprouver silencieusement ce qui se fait, mais ne pas l'attaquer ouvertement, me réserver, en un mot, suivant le langage des calculateurs habiles, serait on moyen plus prompt, plus sûr, d'arriver au ministère? Mais je sais celai Cette profonde science, j'en ai le secret ! Je sais qu'attendre et laisser faire serait mieui entendu au point de vue de l'ambition. Mais ^est là h ruse du gouvernement représentatif, ce n'en est pas la vérité*
« Dans la vérité do gouvernement représentatif, voici ce qni sapasse: on approuve ce qui se fait, ou on le désapprouve. Si on l'approBTe, on le fait soi-m^me^ quand on est de ceoi qni sont appelés i gouverner ; si on le désapprouve, on l'attaque franchement, ouvertement, josqo'à ce qu'on l'ait empêché en renversant ceux qui le font. C'est ainsi qne se comportaient MM. Pitt et Fox, et qne se comportent anjoard^hoi MM. Russell et Peel. C'est là le gouvernement représentatif noblement entendu et pratiqué.
« Je suis sensible à ces glorieux exemples, et je veux les suivre.
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« Cette condoite éloigne an poafoir^ si bien qn*on vons appelle ministre impossible. Pea m'importe. Je ne tiens è être ni possible, ni prochain. Je tiens à remplir dignement mon rôle dans le gouvernement représentatif conqnis par le sang de nos pères, et qoMl noas appartient, à nous, de convertir de lettre morte en réalité vivante.
« Je sais donc, tont comme an antre, qne le silence, TabstentioD, tapprocbent da ponvoir plas qoe la franchise et l'activité. Je persiste néanmoins dans ma conduite active et ouverte, et c'est ponr cela qne j'ai sontenu l'amendement proposé par l'honorable M. Odilon Barrot dans la question des incompatibilités. Certes, je savais bien qne demander la réalité rigoureuse du gouvernement représentatif, qai tend â diminuer rinfloence de la royauté irresponsable au profit des ministres responsables, je savais bien que c'était davantage encore me ranger dans la classe des ministres qu'on appelle impossibles. Je n'ai pas hésité : non pas que j'eusse le goût puéril, que certaines gens me prêtent, de me poser, moi simple citoyen, en face de la majesté royale; non, je n'ai pas cette misérable prétention. Mais je suis convaincu que la monarchie n'est pas admissible pour les hommes raisonnables, et ne sera admise par les générations présentes et futures, que lorsque les minis-« très vraiment responsables exerceront véritablement le pouvoir, et, profondément convaincu de cette vérité, j'ai en l'orgueil de défendre ma conviction, môme à mes dépens. Cet orgueil, je l'ai eu, je l'aurai toujours dans toute son étendue.
« Le pouvoir, je l'ai possédé ! et, dans cette transition inévitable de la monarchie représentative fausse à la monarchie représentative vraie, transition toujours plus ou moins longue, je sais ce que vaut le pouvoir. Être ministre entre une royauté qui ne vous souhaite pas, et une chambre que cinquante ans de révolotions et de guerres ont profondément troublée, et qne beaucoup d'intérêts dominent, être ministre à cet conditions ne me séduit guère. J'aime mieux, simple citoyen, appelé à rhonnenr de porter la parole à la tribune, faire triompher une vérité, que tenir un pouvoir bien dangereux pour la main qui le tient, quand on agite cette main, h laquelle il faudrait tant de sûreté pour qu'elle pût agir aveo justesse. Oui, faire prévaloir une vérité, c'est gouverner de la plus noble manière. Cela peut arriver dans l'opposition comme au ministère, et si on a de l'activité au delà de ce rôle, redire à son pays sa gloire, gloire malheureusement bien loin de nous, suffi à mon ambition.
« Je ne réponds plus. Messieurs les Électeurs^ qu'A ur dernier repro*
che de mes adversaires, après quoi je termine ces réflexions déjà trop longaes.
« On noas reproche, & mes amis et à moi, d*avoir contracté d'étranges alliances poar faire triompher la caase de la monarchie constitntîon-
nelle.
<r Je réponds qoe ce sont les mêmes qne noas avons contractées, en 1839, MM. Goizot, DachÂtel et moi, pour faire triompher ce qne noos appelions^ en mettant sons les mêmes mots les mêmes choses, la yérité du gouvernement représentatif et la dignité de la France. A cette époque, MM. Guizot et Duchâtel se sont concertés avec MM. Barrot^ Garnier-Pagës^ Berryer, pour faire prévaloir les candidats de ropposition. J'étais avec eux dans ce concert.
« Si ces alliances étaient permises en 1839, pourquoi ne le seraientelles pas en 18&6 ?
« Cependant je ne tiens pas la réponse pour suffisante ; car en6n nous aurions pu nous tromper en 1839, quoique agissant en compagnie de MM. Guizot et Duchâtel.
ce Mais voici des raisons plus solides.
« De quelles alliances parle-t-K>n ?
« De celle que le parti qu'on appelle centre gauche a contractées avec le parti qu'on appelle gauche constitutionnelle? Celle-là je la tiens pour excellente. Elle a pour but de fonder dans Topposition un parti de goavernement qui veuille ce qui est possible, rien de plus, rien de moins ; qui fasse disparaître peu à peu les dissentiments de médiocre importance, pour arriver à un programme de gouvernement praticable et honorable. Je regarde cela comme très-constitutionnel^ comme trës-po* litique, comme le salut de l'avenir. J'ai en autrefois des différends avec la gauche constitutionnelle; cela est vrai. Le temps les a effacés et les efface tous les jours. Beaucoup de gens dans la majorité actuelle^ qoi n'est pas l'ancienne^ quoi qu'on en dise, ont eu à s'en pardonner de plus graves.
<( Parle- t-on d'alliance avec les partis qui, k droite on h gaache, n'admettent pas, dit-on, la constitution? D'abord la constitution est établie et respectée ; elle lie tout le monde, et je ne sache pas qn'on ait jamais à traiter à la chambre de questions de dynastie. Pour ce cas, je serais certains de ne pas m'entendre avec cenx de mes collègues qn'on appelle légitimistes ou radicaux. Ce dont on traite tous les jours à la chambre, c'est de politique extérieure ou intérieure : c'est du Texas, de Taïti, de la Grèce, de la Syrie, des finances, des travaux publics, des
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fonctions pnhliqaes bien on mal distribuées. Si parmi les minorités qa*on accuse, h tort on à raison , d^ètre contraires an fond da cœnr à la constitution, il y a des hommes qoi, sor Taîti, sar la Syrie, snr les finances, pensent comme mes amis et votent comme eux, je n*ai pas le moindre scrapnle de me rencontrer avec enx, et pas davantage dans les collèges électoraux.
a Et à cet égard, je ne pais pas être pins ombrageax qae le gonvernemeot loi-même. Il y a tel de mes collëgnes à la dernière chambre, notoirement rangés parmi les légitimistes, et dont le ministère appnie la réélection de tons ses moyens. Pourquoi ? Parce que, sur l'indemnité Pritchard, par exemple, ce candidat a voté comme lui. Le ministère le soutient ; je trouve cela tout simple. Pourquoi donc nos amis ne feraient-ils pas de même pour le légitimiste qoi a voté contre cette indemnité ?
« En principe, il est bon que tous les partis, même ceux qui sont contraires i la constitution, soit représentés dans la chambre. Ils ne conspirent plus dans l'ombre quand ils sont représentés et quHls ont la parole. Ils s'engagent envers la constitution, dans laquelle ils jouent un rôle : ils prennent goôt à elle. D'ailleurs, quoi qu'on fasse pour empêcher leurs représentants d'arriver à la chambre, ils y arriveront en proportion égale à leur importance dans le pays, et ils n'y seront jamais assez nombreux pour ébranler le gouvernement existant. Une fois & la chambre, ils faut qu'ils votent avec les uns ou avec les autres. Ils voteraient toujours avec l'opposition que rien ne serait plus naturel, car c'est la loi du gouvernement représentatif que tontes les minorités s'unissent pour se défendre en commun contre la majorité. Témoin l'Angleterre, chez laquelle les ultrÀ-torîes viennent de voter avec les whigs. Mais du reste cela ne se passe pas exactement ainsi chez nous. Les légitimistes^ par exemple, votent, les uns avec le gouvernement, les autres avec l'opposition.
ff Le gouvernement se réjouit quand ils votent avec lui; l'opposition agit de même. En faire un grief, c'est le comble du ridicule. Le ministère fraye avec ceux qui, pour des avantages personnels, loi abandonnent leur foi. L'opposition fraye avec ceux qui entendent comme elle la dignité de la France, les principes du gouvernement représentatif, l'administration des finances. Chacun est 1& dans son rôle. J'ai donc la même conviction qu'aujourd'hui, comme en i837, en me rencontrant avec tel ou tel parti dans le même vote, je n'ébranle ni la monarchie, ni la dynastie d'Orléans. J'ai la conviction au contraire de leur rendre par
mon opposition pins de services qae ceux qui ont missioA spéciale à«i les défendre.
« Voilà, Messieurs les Électenrs^ le compte qne je Yoolais tous randre de mes actes et de mes opinions. J'aarais pn voas aller dire cela moi-même dans one réunion électorale. J'aime mieux tous radresser par la voie de la presse. Bientôt» quand ma présence au miliea de vœs ne sera point une flatterie pour obtenir f otre vote^ mais un remecetment^ je m'empresserai d'aller visiter le lieu où j*ai passé ma jeanem^ et où je serai toujours heureux d'aller me reposer des agitations de la vie publique.