‹ Histoire de huit ans, 1840-1848Chapitre 65 sur 179 · A. THIERS · texte numérisé non relu

A. THIERS

Paris, 21 juillet 1849.

Cette pièce, toute importante qu'elle Mt, n'aurait san^ doute pas exercé une grande influence dans des élecUoDs circonscrites, sur lesquelles le pouvoir avait de si grands moyens d'action. Mais il est à regretter que M. Thiers ait cédé à de timides conseils. Dans les occasions solen* nclles, un homme politique doit à son pays sa pensée tout entière, et plus cet homme est haut placé, moins il aie droit de se taire.

Au surplus, à la veille des élections, un de ces hasards qui servent souvent aux mauvaises causes, vint augmenter les chances du ministère, en appelant autour de lui les peureux et tous ceux qui ne demandent qu'un prétexte pour se convertir.

Le 29 juillet, au moment où, sur le balcon des Tuileries» le roi saluait la foule assemblée pour les fêtes commémoratives de la révolution de 1830, deux coups de pistolet partirent tirés à une assez grande distance par un homme caché derrière une des statues du jardin. Cet homme nommé Joseph Henri, exerçait la profession de fabricant d'objets en acier poli. £n proie à une sombre folie, causée

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par des revers de fortune et de famille, ce malheureux n'avait eu d'autre intention que de recourir, par cet acte» à une sorte de suicide. Aussi avait-il tiré sans ajuster, et avec un mauvais pistolet de poche qui ne pouvait porter à la distance où il se trouvait.

Cependant les déclamations recommencèrent sur les fureurs des partis ; le ministère s'en fit une arme électorale, et bien des esprits crédules se laissèrent entraîner à une indignation qui ne fut pas sans influence sur les opérations électorales.

Pour d'autres, en plus petit nombre, cette tentative s'accomplissait si à propos, l'acte était si maladroit, et par le moment^ et par le lieu, et par les moyens, qu'ils étaient tentés d'y voir une manœuvre au profit des candidatures ministérielles.

Les uns et les autres se trompaient, et dans leur indignation et dans leurs méfiances. Mais si le ministère n'en fit pas une combinaison, il sut en tirer parti.

La cour des pairs fut cette fois assez sage pour écarter toute idée de crime politique. Joseph Henri fut condamné aux travaux forcés à perpétuité.

Le résultat des élections dépassa même les espérances du ministère. Les conservateurs revinrent nombreux et compacts ; l'opposition était considérablement amoindrie, et la position de M. Guizot semblait désormais inébranlable.

Cependant il y avait, au milieu de ce triomphe, des symptômes qui auraient servi d'avertissement à un ministère moins opiniâtre. Chez les électeurs, comme chez les candidats, le mot de réforme avait été partout prononcé comme une espérance, presque comme une condition. Les conservateurs eux-mêmes^ dans tous leurs programmes,

dans toutes leurs professions de foi, promettaient des améliorations morales et matérielles, et il devenait évident que la majorité avait reçu pour mandat de faire prédominer une politique plus en harmonie avec les nouveaux besoins.

Déjà plusieurs conservateurs avaient eu à ce sujet des conférences avec M. Guizot. M. Emile de Girardin, entre autres, auquel la direction du journal la Presse donnait une certaine importance politique, avait résolument fait les conditions. « Ou des réformes politiques, avait-il dit an ministre, ou des réformes matérielles. A cette condition seulement vous aurez Tappui démon journal et de mon vote. » H. de Girardin, il est vrai, appartenait à cette école qui mettait les réformes matérielles au-dessus des réformes politiques. Pour lui les droits électoraux n'étaient que des abstractions qui n'ajoutent rien au bien-être des citoyens. II voulait plutôt donner satisfaction aux besoins qu'aux idées, et une conquête dans le domaine politique lui semblait bien moins importante qu'une diminution sur la taxe des lettres ou une modification dans la loi des douanes. C'était ce qui le séparait de l'école radicale qui soutenait, à bon droite que la réforme politique entraînerait toutes les autres. Quoi qu'il en soit, H. de Girardin comprenait que le pays tout entier appelait les réformes, et qu'il fallait qu'elles vinssent sous une forme ou sous une autre. H. Guizot pro* mit, sans cependant laisser voir par quelles réformes il commencerait.

D'autres conservateurs, HM. Desmousseaux de Givré, Sallandrouze, tenait à honneur de ne plus compter parmi les bornes qu'avait signalées M. de Lamartine. Ils formèrent plus tard le noyau d'une opposition conservatrice qui voulait arrêter la contre-révolution. Mais alors M. Guizot leur

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