CHAPITRE T. il
étaient commandés à Tégard de TEspagne. Ses réponses furent donc positives et absolues en ce qui concernait l'union de sa famille avec la reine. Quant au mariage du duc de Hontpensier avec l'infante, il y donnait son consentement, ne dissimulant pas combien il y rencontrerait de satisfaction.
La reine Christine ne se tint cependant pas pour battue, et lorsqu'elle était réfugiée à Paris, pendant la courte domi* nation d'Espartero, elle renouvela ses instances auprès de Louis-Philippe, qui se montra non moins constant dans son refus. Cependant, tout en ménageant les susceptibilités britanniques, lorsqu'il repoussait pour lui-même les avantages dexette alliance, il veillait à ce que la place ne fut pas occupée par un prince livré à l'influence anglaise, qui aurait pu changer toute la situation politique de la Péninsule. II déclara donc à Christine qu'il n'avait pas d'autre désir que de voir choisir l'époux de la reine, exclusivement parmi les princes descendants de Philippe V, dans la ligne masculine. Cette décision, en laissant assez de latitude au choix, excluait les Cobourg que redoutait surtout Louis-Philippe, à cause du patronage britannique.
La ligne masculine de Philippe V comprenait trois fils de don Carlos, deux fils de don François de Paule, deux princes de Naples, frères de Christine, et un prince de Lucques.
Mais les fils de don Carlos se trouvaient écartés par leurs prétentions personnelles. Soutenant que la royauté leur appartenait de droit, aucun d'eux ne pouvait consentir à devenir simplement le mari de la reine. C'eût été d'ailleurs consacrer une usurpation qu'ils avaient constamment combattue. Après eux cependant, il restait six princes
i50 BisTOHE wm woa aus.
mariables ; cela suffisait aux caleub de LMÎs^Philippe. Bia d'accord avec Marie-Christine sur ce pomt, il fit part de cette décision aux trois cours de Londres, de Vienne et de Berlin, en knr demandant leur aoquieseemenl. Mais Tageit diplomatique chaîné de cette négociatioB, M. Pageot, édioua dans sa mission ; les trois cours ne voulurent pas se lier par un engagement.
Sur ces entrefaites eut lieu la TÎsite de la reine Victoria k Eu. Au milieu des fêtes et des compliments de rkospîtalité, Louis-Philippe sut habilement amener la cosTeisati^n sur le sujet qui le préoccupait, fit part à la jeane reine de la combinaison qui devait réserver la main d'Isabelle i un prince de la maison de Bourbon, rappela son propre désintéressement, qui lui avait fait repousser les offres pour son fils, et signala tous les avantages qu'fl y aurait à terminer d'un commun accord, entre la Fnmoe et l'Angleterre, une question aussi importante pour la paix de l'Europe. La reine Victoria répondit à ces confidences par de gracieuses paroles; ce n'était ni le lien ni le moment des transactions diplomatiques sérieuses; die fit peu ou point d'objections. Hais lord Aberdeen, interrogé en même temps et dans le même lieu, n'oublia pas son rôle d*homme d'État. Tout en protestant de son désir d'agir de concert avec la France, tout en reconnaissant la convenance du mariage d'un prince de Bourbon avec Isabelle, le ministre ajoutait que l'Angleterre ne voulait cependant prononcer aucune exclusion, et ne reconnaissait même pas à la France le droit de limiter le choix libre da gouvernement espagnol. Le mariage de la reine d'Espajpie, disait-il, est une question appartenant exclusivement i l'Espagne, et dans laquelle aucune autre puissance ne
OUPITRE T. i5i
pouvait interveoir, à moips qu'on ne tentât de la marier à un prince français. Une pareille alliance éprouverait sans aucun doute une sérieuse opposition de la part de toutes les puissances européennes, car, en augmentant la puissance de la France, elle pourrait, dans Tavenir, compromettre la tranquillité des autres États. Sauf une alliance avec un prince français, le droit de TEspagne de faire un choix par elle* même. lui semblait inattaquable.
Tel était Tétat de la question au moment des conférences d'Eu pour ce qui regardait le mariage de la reine. Louis- Philippe renonçait à toutes prétentions pour ses fils, mais limitait le choix aux princes de Bourbon; lord Aberdeen ne mettait aucun obstacle à ce qu'un de ces princes fût accueilli ; mais ne reconnaissait pas à la France le droit de veto pour tout autre prince.
Cependant il n'avait pas encore été question du mariage du duc de Montpensier avec Tinfante. Ce n'est qu'en 1844, lors de la visite de Louis- Philippe à Windsor, que lord Aberdeen fut informé des désirs du roi à cet égard. Celuici néanmoins ajouta que son fils n'épouserait l'infante que quand la reine serait mariée. Lord Aberdeen répliqua : « Et quand elle aura eu un enfant? — Soit, reprit Louis- « Philippe, je ne demande pas mieux; car si la reine a devait rester stérile, l'infante deviendrait l'héritière né- « cessaire ou inévitable, et cela ne ferait pas mon compte c plus que le vôtre. Mais pourtant il faut un peu de récite procité dans cette affaire, et si je vous donne vos « sécurités, il est juste qu'en retour vous me donniez les c miennes. Or, les miennes sont que vous ferez ce que « vous pourrez pour tâcher que ce soit parmi les descen- « dants de Philippe V que la reine Isabelle choisisse son
(( époux, et que la candidature du prince Léopold de « Saxe-Gobourg soit écartée. — Volontiers, répondit lord a Aberdeen; nous pensons, comme vous, que le mieux « serait que la reine prit son époux parmi les descendants a de Philippe Y. Nous ne pouvons pas nous mettre en <i avant sur cette question, mais nous vous laisserons faire; c( nous nous bornerons à vous suivre, et dans tous les « cas, à ne rien faire contre vous. Quant à la candidature c( du prince Léopold de Saxe-Cobourg, vous pouvez être a tranquille sur ce point; je réponds qu'elle ne sera ni c( avouée ni appuyée par TAngleterre, et qu'elle ne vous « gênera pas. »
On le voit : la question n'était plus entièrement la même qu'en 1843. Le mariage de Tinfante amenait des complications et en même temps des concessions nouvelles. Louis- Philippe s'engageait à faire ce mariage non-seulement après celui de la reine, mais encore après provenance d'enfant. De son côté, lord Aberdeen promettait de ne pas appuyer la candidature d'un Cobourg, sans cependant reconnaître positivement le droit que prenait la France d'exclure tout autre prince qu'un descendant de Phi* lippe V.
Quoi qu'il en soit, le cabinet des Tuileries vit ou feignit de voir dans ces conversations un contrat qui liait les deux parties, ou devait les dégager toutes deux, si Fune manquait à sa parole, ou simplement interprétait d'une manière différente les engagements pris.
Pendant ce temps, la reine Marie-Christine, entrant dans les vues de Louis*Philippe, cherchait à négocier le mariage d'Isabelle parmi les princes descendants de Philippe V. Ses préférences personnelles étaient pour son frère, le comte