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bien avoir dit quelque chose dans ce genre; que d'ailleurs le mariage de la reine aurait lieu d'abord : c< Ce sera elle, ditil, qui sera mariée la première. » Lord Normanby se récria sur cette singulière interprétation d'une promesse positive. M. Guizot, confus et embarrassé, ne put échapper aux argumentations de son interlocuteur; il rompit brusquement la conférence, en affirmant que rien n'était réglé quant au temps des deux mariages.
Disait-il vrai alors, ou fuyait-il la discussion? Toujours est-il que, deux jours après, le duc de Montpensier partait pour TEspagne, et que le 10 octobre, les deux mariages se célébraient le même jour et au même autel.
Aussitôt il se fit une explosion de colères parmi les hommes d'État de la Grande-Bretagne, et leurs ressentiments furent secondés par tous les organes de la presse. Déjà lord Palmerston avait manifesté son mécontentement du choix de don Francisco, avec plus de hauteur qu'il ne convenait à un homme revêtu d'un caractère officiel. En efl'et, lorsque le chargé d'affaires, à Londres, M. Tacon, était allé lui en donner communication, il avait répondu : ce Je le regrette « beaucoup. Le gouvernement de S. M. britannique reçoit ^ cette communication avec le plus grand déplaisir. » Hais lorsque à ce premier échec se joignit l'annonce des mariages simultanés, il ne garda plus de mesure. Une protestation violente avait déjà été adressée par M. Bulwer au ministre espagnol, M. Isturitz. Elle contenait le passage suivant : « En ce moment je vois la main d'une jeune princesse de « quatorze ans donnée d'une manière opposée aux repré- « sentations d'au moins une des grandes puissances eurent péennes, dont l'amitié pour l'Espagne est bien connue a dans rhistoire, et dont l'amitié peut mériter d'être cuhi-
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a vée. Je vois ce mariage préparé secrètement, annoncé i (( l'improviste, conduit à sa fin avec une rapidité inconce- « vable; il fait renaître des prétentions qui se combattent, K réveille des traités qui dormaient, menace l'Espagne du c( renouvellement de la guerre civile; il agite enfin et dis- « sout les heureuses et pacifiques relations actuelles de l'Ea- « rope. »
La réponse de M. Isturitz ne manqua pas de fermeté. (( Le gouvernement britannique, disait-il, qui se montre si (( jaloux de l'indépendance de l'Espagne, ne trouvera pas « mauvais que l'Espagne agisse dans les limites tracées par « les lois internationales, c'est-à-dire sans blesser les inté- « rets des autres gouvernements, comme c'est le cas dans ce cette question à propos de laquelle l'Angleterre ne saurait a citer aucune violation des traités; le gouvernement bria tannique ne trouvera pas mauvais, je le répète, que i'£s- <( pagne repousse énergiquement une protestation qui tend « à restreindre son indépendance, et qu'à son tour elle c( proteste contre une pareille prétention... Permettez-moi « de dire que le dépôt sacré de l'indépendance espagnole « n'est confié à la vigilance d'aucune nation étrangère : ce « dépôt est gardé par la loyauté espagnole qui s'est mon* (( trée inébranlable, même au milieu des plus grandes cala- « mités. »
Il n'y avait pas à se dissimuler qu'au début de son nouveau ministère, lord Palmerston éprouvait un échec qui aurait irrité de moins susceptibles que lui. Aussi mit-il tout en œuvre pour faire partager ses ressentiments aux autres puissances étrangères. Oubliant toute réserve, il dénonça bruyamment à toutes les chancelleries le mariage du duc de Monlpensier comme une violation flagrante du traité
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d'Utrecht. Puis, par des mauœuvres plus cachées, à Berlin, \ Vienne, à Saint-Pétersbourg, il s'efforçait de réveiller contre la France les jalousies de rAutriche et de la Prusse^ et les malveillances bien connues du czar. Mais, soit que ces différentes puissances ne crussent pas le moment favorable à une démonstration officielle, soit que lord Palmerston lui-même leur fût suspect, elles refusèrent de s'associer ouvertement à ses représentations. Ajoutons, léanmoins, qu*à dater de ce moment, les cours du Nord prirent vis-à-vis de Louis-Philippe une attitude froide et soupçonneuse qui donna un caractère tout nouveau aux relations diplomatiques. H. de Melternich lui-même, si bien disposé jusque-là à se concerter avec la famille d'Orléans, même alors que le czar Taccusait de complaisances révolutionnaires, se retrancha dans une réserve hautaine qui gêna l'action des deux gouvernements, même dans les questions où ils se trouvaient d'accord. En somme, les mariages espagnols eurent pour résultat d'isoler la France, et s'il n'y eut pas un nouveau traité entre les signataires du 15 juillet 1840, au moins y eut-il un concert de méfiance et un accord passif qui pouvait devenir le germe d'une autre coalition.
Lord Palmerston, toutefois, était le seul à plaindre; mais il se plaignait avec bruit, et l'opinion publique en Angleterre s'unissait à ses colères. Les journaux, aussi bien que les notes diplomatiques, contenaient de longs commentaires sur le traité d'Utrecht, et chacun des articles de cet acte mémorable était discuté avec cette Importante arrogance qui est le caractère des polémistes britanniques, lorsque leur pays a reçu un échec un peu marquant. M. Guizot et ses agents, soit dans la diplomatie, soit dans la pressa
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pouvaient d'un seul mot réduire à néant ces savantes dissertations. Quelle était, après 1789, après TEmpire, après 1830, la valeur du traité d'Utrecht? Mais cette fière réponse était trop vive pour leur tempérament. La discussion d'ailleurs était facile pour eux, et les arguments ne leur faisaient pas défaut.
Il est évident, en effets que le but principal de la gnerre de la succession, comme le but principal du traité d*(Ttrecht^ était d'empécber la réunion éventuelle des deux couronnes de France et d'Espagne sur une même tête. La France et l'Espagne s'étaient donc engagées à établir l'ordre de succession respectif des deux maisons, de façon que jamais un Bourbon de France ne pût, de son chef, régner en Espagne, ou un Bourbon d'Espagne régner de son chef en France. De là vinrent les renonciations personnelles, de Philippe V, d'une part; des duês de Bourgogne, de Berry et d'Orléans, de l'autre. De sorte que si l'un d'eux ou de leurs descendants était appelé au trône d'un des deux pays, il renonçait aux droits successifs qu'il pouvait avoir sur le trône de l'autre pays. C'était donc pour cba^gue branche une renonciation aux droits personnels. Vais ces renonciations ne voulaient pas dire qu'il y eût pour les descendants, par exemple, du duc d'Orléans, une incapacité radicale d'arriver jamais au trône d'Espagne; incapacité qui eût été de telle nature, que si un héritier de la coiH ronne d'Espagne, ayant par lui-même des droits pleins et entiers, venait jamais à contracter alliance avec quelquesuns des descendants des ducs d'Orléans, ayant eux-méoies des droits éventuels à la couronne de France, les droits des uns et des autres seraient par cela seul frappés de nullité et de déchéance. Jamais pareille doctrine n'avait été