‹ Histoire de huit ans, 1840-1848Chapitre 76 sur 179 · CHAP1TR1 V · texte numérisé non relu

CHAP1TR1 V

imaginée soit au moment du traité d'Utrecht» soit depuis. Et les exemples ne manquaient pas pour fournir des arguments aux diplomates français. Le plus éclatant de tous était le mariage du fils de Louis XV avec l'infante fille de Philippe Y; et cependant aucune réclamation ne s'était élevée ni contre cette alliance ni contre d'autres analogues. L'union des deux couronnes sur une même tête, voilà tout ce que le traité d'Utrecht voulait et pouvait empêcher. Aussi les dissertations de lord Palmerston ne prouvaientelles rien autre chose que la mauvaise humeur d'un homme battu dans une guerre d'intrigues. En fait, le gouvernement français avait, jusqu'à la venue de lord Palmerston, agi avec une certaine franchise ; en droit, il était inattaquable; et il eût été à l'abri de tout reproche, si M. Guizot s'était abstenu de sa misérable équivoque sur la simultanéité. Mensonge d'autant plus malheureux qu'il était insignifiant, n'ôtant ni n'ajoutant rien à la gravité de l'événement, et sans aucune importance dans la question de droit

En somme, le fait en lui-même était maladroitement grossi par les colères des rivaux et par les déclamations triomphales des amis. Si lord Palmerston signalait le mariage du duc de Montpensier comme un acheminement à la monar^ chie universelle, le Journal des Débats, dans des élans de flatterie, avouait la même pensée. On revenait, suivant lui, à la grande politique de Louis XIV; il répétait la phrase consacrée : « Il n'y a plus de Pyrénées. » Et cette ambition orléaniste que lord Palmerston faisait si hautement ressortir, semblait s'exalter elle-même avec orgueil dans les colonnes des journaux officiels. Mais, de part et d'autre, il y avait exagération. Le mariage du duc de Montpensier n'était ni une

conquête pour la France, ainsi que l'annonçait le ministère par ses organes dévoués, ni un événement européen, ainsi que le proclamaient les Anglais. C'était pour Louis-Philippe une bonne affaire de famille, et rien de plus.

S*il s'ensuivit des résultats importants, c6 fut parla faute de lord Palmerston. II sépara encore une fois TAngleterre de la France, et permit aux trois cours du Nord d'accomplir en silence la dernière spoliation de la Pologne, qu'elles n'auraient jamais osé tenter, si les deux pays constitutionnels étaient restés d'accord.

cmmi Yi.

IniMirpo ration de Cracovie à l'Autriche. —Dernier partage de la Pologne.— ^ Êmolion en Europe. — Faiblesse de lord Palmerston. — Protestation de M. Guizot. — Affaires de la Suisse. — Ligue du Sunderbund. — Révolution de Genève. — Guerre civile imminente.

Lorsque, le 3 mars, les troupes alliées occupèrent, ainsi que nous Tavons dit, la ville de Cracovie, il paraissait convenu que la ville et le territoire de Cracovie continueraient, comme par le passé, à former un État libre et neutre sous la protection des trois puissances. On stipulait seulement, que les milices nationales ne seraient pas réorganisées, que la ville de Cracovie serait occupée alternativement par des troupes de chacune des puissances, et que le château royal serait fortifié.

Cette résolution, arrêtée dans les derniers jours du mois de mars, devait être signée le 4 avril par les trois plénipotentiaires, M. le général de Bergpour la Russie, M. deCanitz pour la Prusse, M. de Filquelmont pour l'Autriche.

Mais dans l'intervalle, le czar était revenu à l'idée, depuis

longtemps arrêtée chez lui^ d'en finir avec ce dernier débris m. il

de l'indépendance polonaise. L'indépendance n'était, il est Trai, qu'une fiction; mais cette fixion entretenait des espérances, offrait aux vaincus et aux proscrits la faible image d'une patrie, qui pouvait servir de foyer aux généreuses pensées, et de centre aux audacieuses entreprises. Dts l'année 1836, quelques notes diplomatiques avaient été échangées entre les trois cours sur la convenance qu'il y aurait à effacer ce vestige d'une nationalité qu'on ne voulait pas laisser revivre. La Russie cherchait constamment à entraîner les cabinets de Berlin et de Vienne dans une résolution décisive. Mais ceux-ci, redoutant les mécontentements de la France et de l'Angleterre, résistaient à ces ouvertures, et dénonçaient même à Londres et à Paris les plans et les projets dont ils avaient reçu la confidence, non sans se faire un mérite de leur modération. Le czar avait donc ajourné ses projets. Mais avec l'insurrection de Cra-^ covie, il crut trouver une heureuse occasion d'accomplir ce qu'il méditait depuis longtemps. Au moment où devaient être signées les conventions arrêtées à la fin de mars, le général de Berg vint annoncer à MM. de Canitz et de Fiquelmont qu'il ne pouvait rien conclure, et qu'il attendait des instructions nouvelles de son gouvernement. Bientôt, dans une seconde conférence, provoquée par lui, le 8 avril, il déclara qu'il avait l'ordre formel d'insister sur l'incorporation de la ville et du territoire de Cracovie à la Gallicie^ moyennant une indemnité pour la Prusse et la Russie, en territoires faisant partie de la Gallicie, sur l'extrême frontière de l'est et de l'ouest.

M. de Fiquelmont, prévenu d'avance, accepta la proposition ; M. de Canitz s'y opposa formellement. Après de longues discussions, la conférence fut romoue.

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