‹ Histoire de huit ans, 1840-1848Chapitre 86 sur 179 · CHAPITRE VIU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIU

que faisait, en juillet, ravénement de lord Palmerston.

Avec lord Aberdeen, le concert existait entre les deux cabinets; l'exclusion des Cobourgs était admise; le mariage de rinfante avec un prince français n'avait souffert aucune objection; il n'avait pas été question du traité d*Utrecht.

Avec lord Palmerston, le prince de Cobourg est mis en première ligne, le concert avec la France est repoussé, don Enrique est préféré à don Francisco, les intrigues de M. Bulwer à Madrid prennent un caractère d'hostilité.

D*un autre côté les dépêches de Marie-Christine et du ministère espagnol demandent avec instance la prompte conclusion des deux mariages. <t Hâtez-vous, disent-elles, « ou tout est perdu; la combinaison va échouer; un délai c( quelconque peut emporter le cabinet; tous les efforts des « partis sont dirigés contre le mariage de Tinfante avec le a prince français. »

En même temps que M. Guizot faisait valoir ces empressements et ces alarmes de la cour de Madrid, il soutenait que le mariage français était populaire, que l'Espagne entière y applaudissait. Les deux assertions étaient contradictoires; car, si le mariage était désiré par TEspagne, on pouvait se fier au sentiment national, ne rien précipiter, convoquer les nouvelles cortès, et faire subir à cette transaction toutes les preuves légales exigées par la constitution. Alors la France était accueillie d'une manière digne d'elle, au lieu d'être introduite dans l'alcôve des princesses par une porte dérobée.

Si, au contraire, le moindre délai pouvait tout compro* mettre, si l'on ne pouvait différer d'un jour sans soulever des tempêtes, il fallait bien reconnaître que le mariage était antipathique à la nation espapole, puisqu'on n'avait

eu d'autre ressource que de placer la Dation en face d'un fait accompli. En ce sens, assurément^ il y avait bien nécessité; mais c'était une nécessité qui ne faisait pas honneur ;iu ministre condamné à tromper le peuple dont il recherchait Talliance.

Restait la question de loyauté diplomatique. Il était difficile à M. Guizot de nier qu'il eût dit à lord Normanby ces paroles : c< Les deux mariages ne se feront pas en même temps. )) Mais, tout en faisant cet aveu, il enveloppa ses paroles de réticences et de réserves, qui semblaient mettre en doute les assertions de l'ambassadeur, a Je ne puis, dit-il, prendre tout d'abord le compte-rendu d'un agent étranger à son gouvernement comme une pièce authentique, irrécusable, à laquelle aucune objection ne puisse être faite. » En somme, il se défendit en accusant, et en laissant planer sur la véracité de l'ambassadeur anglais des doutes suffisants pour satisfaire des consciences ministérielles. Mais l'émotion fut grande dans le monde diplomatique, et lord Normanby eut bientôt occasion d'en témoigner son mécontentement.

Après ces plaidoieries pour sa défense, M. Guizot jetait un coup d'œil sur la situation politique que ces questions avaient faite à la France vis-à-vis de l'Espagne, de l'Angleterre, de l'Europe. Il ne dissimula pas qu'elle était grave; il se plut même à en grossir les périls; car c'était là sa grande tactique parlementaire : effrayer pour obtenir l'obéissance, et rallier par Tintimidation les voix qu'il ne pouvait gagner parla persuasion. 11 se donnait en outre un mérite d*appa* rente franchise, qui ôtait beaucoup de force aux reproches de ses adversaires.

« Messieurs^ dit-il, à Dieu ne plaise que je voulusse cou-

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