CHAPITRE Yll
marine, étaient entre les mains d'hommes dont Tincapacité se trahissait trop. Il est vrai que, par calcul, on n'avait voulu prendre que des premiers commis. H. Holine de Saint-Yon, à la guerre, était placé entre le despotisme tracassier du maréchal Soult et le patronage exigeant des princes de la famille royale. Même avec plus de talent et une volonté plus ferme, il lui aurait été difficile de faire le bien et d'empêcher le mal. Quant à M. de Mackau, les désordres de son administration avaient soulevé les plus légitimes accusations. Ces désordres, il est vrai, traditionnels et longtemps tolérés par une coupable négligence, ne pouvaient lui être personnellement imputés ; mais ils se révélaient alors avec tant d'éclat, et les scandales se multipliaient avec tant de publicité, que le ministre en possession portait la peine des iniquités accumulées sous ses prédécesseurs. M. Guizot, qui n'a dans le caractère rien de chevaleresque, avait assez de ses luttes personnelles pour n'être pas tenté de se compromettre en défendant un collègue engagé dans de mauvaises affaii'es. D'ailleurs la nullité parlementaire de M. de Mackau avait été plus d'une fois un embarras pour un cabinet qui ne se soutenait que par les succès de la tribune. Le ministre de la marine, accusé pour des faits qui n'étaient pas les siens, attaqué par l'opposition, abandonné par les conservateurs, trahi par ses collègues, dut donner sa démission. M. Moline de Saint-Yon déposa son portefeuille le même jour, 8 mai. Restait un autre ministre auquel M. Guizot ne trouvait pas assez de souplesse et de complaisance, H. Lacave-Laplagne. On aurait bien voulu qu'il se retirât volontairement avec les autres proscrits ; mais il ne se montrait pas d'aussi facile composition.il est vrai que les finances étaient dans une situation alarmante;
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il est vrai qu'un déficit toujours croissant menaçait l'avenir ; mais H. Lacave-Laplagne n'admettait pas que ce fût la faute du ministre des finances ; il en rendait responsable le cabinet tout entier, le système général gui dirigeait Tensemble des affaires, qui multipliait les dépenses et de l'arnoée et des travaux publics et de toutes les grandes opérations. Donner sa démission eût été reconnaître la vérité des accusations portées contre lui. M. Lacave-Laplagne préféra subir une destitution. Il fut, en effet, congédié le jour même oà se$ deuK collègues faisaient retraite.
Si cependant cette petite victoire intérieure causa quelque satisfaction à M. Guizot, son amour-propre eut â subir de cruels échecs lorsqu'il entreprit de remplacer les vaincus. Personne autour de lui ne se rencontra qui voulât accepter le vasselage d'un portefeuille. Les ambitions les plus mé* ^iocres l'accablèrent de leurs refus : MH. Bresson, Mnretde Bord et Bignon. Dans les deux chambres, où il se trouvait tant de ministériels disponibles, pas un ne montrait assez de confiance dans la fortune du premier ministre pour y associer la sienne. Des ministères offerts à tout venant étaient repoussés comme une marchandise de rebut. U fallut franchir les enceintes parlementaires, chercher au loin parmi les fonctionnaires des courages excités par les attraits de la nouveauté ; le télégraphe alla surprendre des noms inconnus, auxquels on demandait le dévouement de Curtius. Le général Trézel, commandant à Nantes, apprit par le messager aérien qu'il était appelé au ministère delà guerre ; M. Jayr, préfet de Lyon, fut averti qu'il était attendu au ministère des travaux publics, en remplacement de M. Dumon, appelé au ministère des finances; enfin M. de Montebello, ambassadeur à Naples, reçut sa nomination