‹ Histoire de huit ans, 1840-1848Chapitre 89 sur 179 · III · texte numérisé non relu

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cabinet tout entier s'associait à Toutrage reçu par lord Normanby et demandait hautement une réparation. Dans ajournée du 19 février, lord John Russell fit appeler M. de Sainte-Aulaire, ambassadeur de France, et, en présence de deux de ses collègues, il lui déclara qu'il y avait entière et complète solidarité entre lord Normanby et le gouvernement britannique, et que si Ton n'obtenait pas la satisfaction qui était due, cette solidarité pourrait se manifester ultérieurement d'une façon plus directe.

H. Guizot payait cher une imprudence de tribune, et ne savait comment sortir d'un conflit sans dignité, lorsqu'un ambassadeur allié vint à son secours. M. d'Appony se fit intermédiaire entre les deux parties belligérantes, et obtint des deux parts quelques paroles de rapprochement. M. Guizot déclara qu'il n'avait jamais eu l'intention d'inculper en aucune manière la bonne foi et la véracité de lord Normanby. Celui-ci, de son côté, fit dire par M. d'Appony que l'invitation à la réunion avait été, il est vrai, envoyée par méprise à M. Guizot, mais que Sa Seigneurie n'avait jamais pensé retirer l'invitation envoyée, ni exprimé aucune intention à cet égard. Après ces préliminaires, une rencontre pacifique eu lieu dans les salons de M. d'Appony, et mit fin à cette querelle qui devenait, à vrai dire, un em« barras pour les deux gouvernements.

Pendant que ces misérables dissensions agitaient les hautes régions du pouvoir, de cruelles souffrances jetaient le désordre dans les campagnes et poussaient à de déplorables excès les populations agricoles placées entre la faim et le désespoir. La cherté toujours croissante des subsistances rendait inutiles les efforts du travail le plus opiniâtre. La misère s'appesantissait chaque jour plus cruelle, et aveo

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(a misère, les alanmes populaires s'éteDdaient de proche en proche. Tous les déparlements de l'ouest et du ceatre étaient dans une agitation fébrile, la circulation des grains interrompue, les magasins de céréales dévastés, les personnes fluéoies livrées aux violences. Au milieu de jauvier, des troubles sérieux avaient éclaté à Tours ; des bateaux de blé avaient été pillés: k Laval, la population sou« levée avait taxé elle-même le blé à 4 fr, le double décalitre, et les vendeurs avaient été obligés -de le livrer à ca prix sur le naarché, sans que rautorité pût s'y opposer : à Bennes, au Ifans, à Mayenne, à Nevers, on avait pris les armes. Partout, des ouvriers en troupes parcouraient les campagnes demandant du pain et du travail; des mendiants par centaines épouvantaient ^ leurs exigences les fermes isolées. Dans plusieurs communes du département de rindre , des bandes nombreuses envahissaient les maisons des propriétaires pour les forcer de signer un engagement de livrer le blé à 3 francs, au lieu de 7, le double décalitre. Ceux qui ne voulaient pas faire cette con« cession tombaient victimes de leur refus. Un propriétaire avait été assassiné à Buzançais, un autre à Bélabre. A Château*» roux, les ouvriers du chemin de fer avaient fait irruption sur le marché, armés de leurs instruments de travail ; la force armée dut intervenir pour les disperser. Cariout éclatait la guerre civile, guerre d'affamés qui accusait l'imprévoyance du gouveraemeni. JU troipe sévi&saît, wm$ fi'empôcbait pas les désordres de se reproduire : il fallut demander aux diambras 'm crédit extraordijiaire pour accroître l'effectif de l'armée dans les divisions territo* riales deTintériear ; cet accroissement mit en activité seize mille hommes de plus» el ajouta par conséqoeat aux dé-

penses publiques une somme de seize millions, qui eussent été bien mieux appliqués au soulagement des misères.

On voulut aussi, par un sévère exemple, terrifier les populations et contraindre le malheur à la patience. La cour d'assises de l'Indre, appelée à juger les accusés de Buzançais, de Bélabreet de Châteauroux, frappa sans miséricorde. Trois condamnations à mort, quatre condamnations aux travaux forcés à perpétuité, dix-huit aux travaux à temps, telle fut la terrible garantie offerte à l'ordre et à la propriété. On avait espéré que le pouvoir royal exercerait, en ces tristes circonstances, son droit de grâce ou de commutation. L'ignorance et la faim sont de mauvaises conseillères, mus de puissantes atténuations. On ne le jugea pas ainsi, et, le 16 avril, l'arrêt d^ la cour d'assises de l'Indre était exécuté sur la place publique de Buzançais, au milieu d'une population morne et consternée, qui n'avait pour les victimes que des sentiments de commisération. Le gouveraement avait voulut donner une leçon : elle fut tout autre que celle qu'il avait méditée. Des haines profondes contre les propriétaires succédèrent, dans le cœur des villageois , au drame de Buzançais, et plus d'un excès socialiste y prit son origine.

Au milieu de ces difficultés intérieures et extérieures, le ministère manquait d'ensemble et d'accord. Déjà il s'y était fait un changement partiel par la mort de H. Martin (du Nord), survenue le 11 mars. M. Hébert l'avait remplacé: ses ardentes poursuites contre la presse, et sa haine pour toute idée libérale lui avaient mérité cette faveur. Pour un ministère qui se plaisait à provoquer les passions plutôt qu*à les calmer, le choix était plein de logique. Mais deux départements ministériels des plus considérables, la guerre et la

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