CHAPITRE VH
il faut aussi ne prétendre en rien influencer le gouvernement espagnol, le peuple espagnol, qui a horreur de l’étranger. Or, de tous les moyens d’influence, le plus mauvais est le mariage, parce que c’est le plus affiché. Étaitce bien des liens de parenté qu’il fallait chercher en Espagne? L’histoire fournissait à M. Thiers des arguments contre ce moyen d’influence, et il en prit occasion pour tracer à grands traits quelques pages étincelantes sur la politique de Louis XIV :
« Ce roi, qu’il a été tour à tour dans la mode du moment de blâmer, de louer, de grandir ; ce roi a fait une chose très-grande à mon avis, la plus belle de son règne, lorsqu’il’a accepté le testament de Charles II en faveur du duc d’Anjou.
« Mais on croit, surtout aujourd’hui, que c’est parce qu’il a mis son petit-fils sur le trône d’Espagne, qu’il a fait cesser la vieille hostilité de la France et de l’Espagne. Eh bien, pour quiconque réfléchit sérieusement à 1 histoire, cela est une erreur.
« Dans Louis XIV, je respecte également le roi et le père, car ces deux sentiments sont également respectables ; mais je crois pouvoir affirmer que comme roi il a atteint son but, que comme père il a été déçu.
« Messieurs, voici le motif, à mon sens au moins, et je crois que je ne serai pas contredit par les hommes politiques; voici le motif qui, à partir de 1 acceptation du testament de Charles II, a définitivement placé l’Espagne et la France dans la situation respective qu’elles doivent garder, et qui fait qu’il n’y a plus nécessairement contre la France de politique ennemie à Madrid.
« Ce qui unissait ordinairement l’Espagne aux Alle-
mands, ce qui faisait qu’elle était toujours avec eux contre nous, c’étaient les Pays-Bas. Pour la défense des Pays-Bas elle s’unissait aux Allemands ; elle oubliait, pour cet intérêt, sa rivalité avec eux en Italie, et nous la trouvions toujours avec eux sur le champ de bataille. Une . conséquence de la guerre de la succession a été d’enlever à l’Espagne les Pays-Bas. L’Europe, par jalousie, et voyez ce que sont les desseins des hommes, l’Europe, en ne voulant pas donner aux successeurs de Louis XIV l’Espagne tout entière, nous la rendit amie, et, en séparant les Pays- Bas de la Péninsule, coupa le lien qui unissait l’Espagne aux Allemands.
« Dès cet instant l’Espagne n’a plus songé qu’à leur disputer l’Italie comme apanage pour ses princes ; dès cet instant elle a été avec nous, car il lui fallait, avec nous, disputer Parme, Florence, Naples, à l’Autriche. En même temps l’Angleterre obtenait d’elle, par le traité d’Utrecht, Gibraltar et Minorque. L’Angleterre malheureusement nous avait primés sur les mers, et la sollicitude maritime de l’Espagne ne se dirigeait plus contre la France, mais contre l’Angleterre.
« Ainsi, par suite de la guerre de succession, par le traité d’Utrecht, en perdant les Pays-Bas, l’Espagne, reportée forcément de l’autre côté des Pyrénées, n’était plus notre adversaire; elle était avec nous contre l’Allemagne; et en voyant les Anglais sur son sol, en les voyant en face de ses rivages à Minorque, en voyant tous les jours grandir l’Angleterre, elle est devenue notre amie, d’ennemie qu’elle était. Maintenant voulez-vous savoir ce qu’a fait la parenté ! et voyez encore ce que sont les desseins des hommes, je le répète, car ils sont confondus d’une manière éclatante. Louis XIV