CHAPITRE X
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magistrature lui fait, plus qu’à tout autre, un devoir de conserver intacte. »
Et quel était donc, lui demandait le président, ce haut magistrat qui persécutait ainsi de ses êxigences éhontées les principaux actionnaires de la mine de Gouhenans ? À une question si précise et circonscrite en de telles limites par les indiscrétions épistolaires de l’accusé, il ne pouvait répondre qu’en nommant M. Teste. Il le nomma. Dès lors, il tenta vainement de revenir à ses réticences : il en avait perdu la trace ; et comme on ne lui donnait pas le loisir de la rechercher, il s’engagea davantage dans cette voie large et facile de la vérité où l’habileté de l’interrogatoire l’avait amené malgré lui.
L’interrogatoire de M. Teste eut un tout autre caractère. Avocat de grand renom, non moins versé dans la procédure que dans les affaires, il ne pouvait se laisser intimider par la mise en scène d’un procès criminel ; il ne pouvait se laisser arracher par des questions adroites ces réponses que la conscience fait tout bas, mais auxquelles il faut rapidement en substituer d’autres, sans embarras visible, sans effort apparent.
Aux premiers mots que prononça M. Teste, on vit bien qu’il avait préparé sur tous les points le système de sa défense, et qu’il voulait prendre le ton fier et indigné d’un homme que le soupçon ne doit pas atteindre. Des gens s’étaient concertés pour solliciter une concession, et leur demande avait, en effet, passé sous les yeux du ministre compétent. Ces gens, comme tous les solliciteurs, avaient fait et fait faire de nombreuses démarches, et, durant le cours de l’instruction administrative, le ministre avait été visité par son collègue, M. de Cubières, par son
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ancien client, M. Pellapra, tous deux intéressés dans l’affaire. Devait-il, pouvait-il refuser de les entendre, quand ils venaient l’éclairer sur une question qu’il avait à résoudre? L’usage autorise ces conférences, et assurément la loi ne les condamne pas. Que s’était-il passé depuis? 11 l’ignorait. Les propriétaires de Gouhenans, ayant obtenu leur concession, avaient, dit-on, fait ensemble des traités, signé des actes, échangé, vendu des actions; et les uns accusaient les autres de dol, de trahison, et même d’escroquerie. Il ne connaissait rien de ces tristes affaires et n’eu voulait rien connaître. Un ministre des travaux publics n'a pas à s’occuper des négociations honnêtes ou déshonnêtes que peuvent pratiquer ensemble, à leur profit ou à leur préjudice, les concessionnaires des entreprises autorisées. Le règlement de ces débats est à la charge du juge civil. Voilà ce que disait M. Teste, et quand on lui montrait les lettres du général, où il était clairement désigné comme ayant mis à prix les faveurs de l’administration, comme ayant effrontément réclamé le salaire de ses complaisances, ij répondait qu’on avait abusé de la crédulité du général, et que, si l’on avait reçu de l’argent de ses mains, on l’avait gardé.
Ainsi M. Teste se défendait en accusant M. Pellapra. MM. Parmentier, de Cubières, les commissaires de la cour et leur rapporteur, tout le monde avait été joué par cet habile homme. Chargé d’être auprès du ministre l’interprète, le négociateur de la compagnie de Gouhenans, il avait imaginé toutes les circonstances du crime, et, ayant exploité la naïve confiance de ses commettants, il avait pris la fuite avant un débat qui devait le confondre. Les juges avaient ensuite recueilli les déclarations faites de bonne foi