‹ Histoire de huit ans, 18401848 faisant suite à l'histoire de dix ansChapitre 128 sur 222 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

à M. le président de la cour des pairs, donnait à penser que Parmentier et Pellapra s’étaient entendus pour engager l’inexpérience peu stoïque du général dans une coupable intrigue, et pour escompter ensuite à gros intérêts ou ses remords ou ses terreurs.

Le terrain était donc préparé par cette communication pour la défense du général Cubières. Cependant il évita de s’y établir; car prouver de cette manière qu’il n’avait pas, suivant les termes de l’article 403 du Code pénal, escroqué M. Parmentier, c’était avouer la part qu’on l’accusait d’avoir prise à la corruption d’un ministre, crime plus grave et plus sévèrement puni par l’article 179 du même Code. Les réponses du général Cubières furent d’abord pleines de circonspection. Dans ses explications vagues, évasives et confuses, il voulait ménager tout le monde, et n’accepter pour lui-même d’autre tort que celui d’avoir écrit, avec trop de passion ou de légèreté, sans prévoir le sens qu’on pourrait donner un jour à ses paroles, des lettres qui devaient rester confidentielles. Mais l’accusation ne lui permit pas de se maintenir longtemps dans cette difficile réserve. Pressé de questions par le président, par le rapporteur, mis en contradiction avec lui-même et contraint de chercher sans cesse des équivoques pour en expliquer d’autres, enfin vaincu par cette torture morale qu’éprouvent toujours en mentant ceux qui ne savent pas mentir, il se troubla, prononça des paroles imprudentes, voulut, mais ne sut pas les rétracter, et se compromit en compromettant ses complices.

On lui montrait, dans une de ses lettres, ces phrases adressées à Pellapra : « Vous ne m’avez avancé aucune somme, quoique j’aie mentionné le contraire, et il ne s’agit,

en effet, que de satisfaire aux exigences éhontées de M.... qui a voulu réaliser un bénéfice à mes dépens et sans doute aux vôtres, là où la probité la plus ordinaire lui commande d’y renoncer. J’aurais dû me révolter plus tôt, je l'avoue, contre ces exigences éhontées; je pouvais les repousser dès le moment oû elles se sont produites, et, si je ne m'y suis pas déterminé, c’est que j’ai cédé à des considérations qui nous étaient personnelles et qui prenaient leur source dans mon. très-ancien attachement pour vous. Aujourd’hui je ne veux plus être la victime et la dupe de M. . . . Mon parti est pris de me laisser actionner, pour me soustraire, s’il est possible, à sa rapacité, afin de ne point payer ce que je n’ai jamais dû, et, par conséquent, afin de récupérer ce que je n’étais point tenu de payer. Je ferai donc connaître tous les faits sous la foi du serment, et si, par impossible, j’étais condamné à payer faute de pièces écrites suffisantes, j’aurai du moins le plaisir d’avoir éclairé le public sur la moralité de M...., en le forçant à se parjurer. Il m’en coûtera d’agir contre un de vos amis; mais, à ma place, vous n’auriez pas attendu si longtemps, et vous ne vous seriez pas laissé duper un seul moment.

« Avant d’en venir à cette extrémité, je vous demande, au nom de l’amitié, de faire une tentative auprès de M...., pour le ramener à des sentiments d’équité. Je vous prie d’insister pour qu’il me décharge d’une amende exorbitante dont il n’àvait pas le droit de me frapper ; enfin, pour obtenir qu’il rende ce qu’il a reçu de vous, et qu’il cesse de l’exiger de moi qui n’ai profité de rien. Vous devez y parvenir facilement, car il a confiance en vous. Il est, diton, devenu très-riche, et il ne doit pas être insensible au maintien de s? réputation, que sa position élevée dans la

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