‹ Histoire de huit ans, 18401848 faisant suite à l'histoire de dix ansChapitre 14 sur 222 · CHAPITRE Ier · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ier

Mécontentements du cabinet anglais à l'issue de la guerre du Maroc. — Langage hautain de lord Aberdeen. — Alarmes du comte de Jarnac.

— Concessions faites à Pritchard. — Traité avec le Maroc. — Protestations du prince de Joinville, mécontentement du maréchal Bogeaud, indignation du public. — Visite de Louis-Philippe à la reine d'Angleterre. — Reprise de la question des dotations. — Répugnances de M. Guizot. — Complots des familiers du Château contre le ministère.

— Ouverture de la session. — Discussion de l'adresse. — Le droit de visite, le Maroc, Tahiti. — Les Pritchardistes.

Si les seuls préparatifs de la guerre contre le Maroc avaient excité au plus haut point les méfiances et les ressentiments du cabinet britannique, ce fut bien pis encore lorsque les hostilités furent engagées et inaugurées par d éclatantes victoires. On ne pouvait [néanmoins faire de reproches à la France pour avoir fait justice des outrages d’un roi barbare. Toute réclamation sur les affaires du Maroc eût été inadmissible. Mais il restait à l’Angleterre un autre prétexte pour faire valoir ses mécontentements. L’affaire Pritchard, demeurée en suspens, fut réveillée avec une nouvelle acrimonie et de plus vives exigences. En humiliant la France, Tahiti pouvait faire compensation avec ni. 1

Tanger ; et l’attitude menaçante de l’Angleterre devait assurer au Maroc des conditions plus avantageuses, et diminuer le fruit des victoires.

Dès lors, le dépit se manifesta avec d’autant plus de force qu’il était en même temps une manœuvre. Lord Aberdeen se montra tout prêt à une rupture, et fit étalage de ses ressentiments auprès de M. le comte de Jarnac qui, en ce moment, représentait à Londres le cabinet français. Celui-ci donna dans le piège, écrivit à M. Guizot des lettres pleines d’alarmes, fit un effrayant tableau des agitations du peuple anglais, de l’indignation des ministres, et de leur résolution bien arrêtée de pousser les choses à l’extrême. « Depuis » plusieurs jours, écrit- il dans une lettre en date du » 22 août, lord Aberdeen tient entre les mains la minute » d’une dépêche préparée par lui-même, et qui annonce- » rait à lord Cowley la résolution de renvoyer à tout ha- » sard M. Pritchard à Tahiti, sur un vaisseau anglais. »

On lit dans la même dépêche : « La nouvelle de l’attaque » de Tanger et du départ de l’escadre pour Mogador a pro- » duit à Londres une sensation d’autant plus vive, que l’on » s’était plu à compter, d’après les nouvelles antérieures, » sur une solution pacifique de nos différends avec le » Maroc. »

Le 28 août, les dépêches trahissent encore plus d’effroi. « A la nouvelle de la destruction de Mogador et de l’occu- » pation de l’ile qui enferme le port, une impression plus » alarmante s’est répandue. » Puis, confondant par faiblesse deux questions que les Anglais mettaient ensemble par calcul, celles de Tahiti et du Maroc, le comte de Jarnac ajoute qu’une lutte est à la veille de devenir inévitable. « Votre Excellence aura elle-même remarqué, dit-il, que

Page 1