CHAPITRE
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» le rappel de lord Cowley a été formellement indiqué, » sinon réclamé ces jours-ci, par le principal organe de » l’opinion publique. »
M. Guizot n’avait pas besoin d’être encouragé par la voix d’une prudence exagérée. Les terreurs de son subordonné étaient trop bien d’accord avec les siennes pour ne pas faire effet. Déjà M. de Jamae avait indiqué un moyen de conciliation propre à désarmer le gouvernement anglais. « D’après quelques paroles de lord Aberdeen, écrivait- » il dans une dépêche du 10 août, j’ai cru remarquer chez » lui la pensée qu’une compensation pécuniaire allouée à » M. Pritchard pourrait être accueillie par le gouvernement » anglais, et contribuer essentiellement à l’accommodement » du différend. »
M. Guizot ne laisse pas tomber cette précieuse ouverture. Il répond le 15 août : « Quant à l’idée que vous avez cru » entrevoir dans l’esprit de lord Aberdeen, d’une indem- » nité à allouer à M. Pritchard pour les mauvais traitements » qu’il a subis et pour les pertes qu’ils peuvent lui avoir » causées, tenez-vous dans une réserve qui nous laisse toute » notre liberté. Il ne faut ni se presser d’accueillir cette » indication, qui a besoin d’être mûrement examinée, ni « la repousser absolument; car elle pourrait nous fournir un * moyen de solution pour une question qui devient bien » délicate et bien grave. »
Mais dans l’intervalle étaient survenues les nouvelles de Tanger et de Mogador. M. de Jarnac voit grossir l’orage : ses craintes redoublent; et il écrit qu’une indemnité pécuniaire n’est pas suffisante ; il faut encore des paroles de regret, en un mot, des excuses officielles.
« J’ai lieu de croire, monsieur le ministre, qu’une sim-
lî HISTOIRE DE HUIT ANS.
» pie compensation pécuniaire offerte pour les dommages » et pour les souffrances qu’a pu éprouver M. Pritchard, » mais qui eût laissé encore le gouvernement du roi et la » France solidaires de tous les procédés dont il a été l’objet, » n’eût pu être considérée en Angleterre comme une solu- » lion suffisante. Mais si quelques-unes des simples expres- » sions d'improbation et de regret que Votre Excellence » m’a dès le principe adressées, étaient officiellement com- » muniquées au gouvernement britannique, au nom du gou- » vernement du roi, peut-être la proposition simultanée » d’une indemnité pourrait-elle être présentée par lord Aber- » deen au conseil comme une transaction satisfaisante pour » les amours-propres si fatalement engagés de part et d’autre » dans cette question *. »
Ce fut un malheur sans doute pour le ministre des affaires étrangères d’avoir à Londres un agent qui se laissait si facilement effrayer par les menaces du cabinet britannique. M. Guizot avait besoin qu’on relevât son énergie, on faisait appel à sa prudence : au lieu d’invoquer le bon droit, on grossissait les périls. Mais il aurait dû puiser le sentiment de la dignité nationale, sinon en lui-même, au moins dans le cri de l’opinion publique, dans les réclamations de la presse, dans la conscience générale, qui comprenait bien qu’absoudre Pritchard, c’était condamner nos officiers. D’un autre côte, Louis-Philippe voulait en finir à tout prix avec ce qu’il appelait les « tristes bêtises de Tahiti ; » Louis-Philippe redoutait plus que toutes choses une rupture avec l’Angleterre. Le roi et le ministre furent facilement d’accord. Les instructions de M. de Jarnac furent suivies de point en point. On fit des excuses; on offrit de l’argent.
1 Dépêche du 23 août.