CHAPITRE XI
sorte d’émeute légale où tant de voix devaient se confondre.
Habitués à reproduire de tout autres accents , les échos du Château-Rouge furent ébranlés, dans cette grande journée, par d’énergiques protestations contre les abus du privilège électoral et contre le servilisme parlementaire. Quatorze tables avaient été dressées sous une vaste tente entourée par de frais ombrages); tous les conviés y prirent place, députés et citoyens, péle-méle, sans distinction et uns désordre, et bientôt on vit régner entre eux la plus franche cordialité. De sinistres rumeurs avaient été répandues : le gouvernement, suivant quelques alarmistes, n’avait laissé faire les préparatifs du banquet que pour venir le troubler par un coup de main. Mais comme on croyait alors à la liberté, on était généralement convaincu que ces rumeurs n’avaient aucun fondement ; on était, d’ailleurs, prêt à braver tous les périls, pour servir la noble cause de la réforme.
Avant le repas, le président, le vénérable M. de Lasteyrie, donna la parole au secrétaire du comité central, M. Pagnerre , et celui-ci , chargé de faire connaître le but de la réunion, s’exprima en ces termes : « Le comité central a pris l’initiative d’une grande mesure. Il a soumis aux comités d’arrondissement un projet de pétition pour la réforme électorale et parlementaire. Tous l’ont adopté. Signalant les vices nombreux de la loi de 1831, mais laissant aux législateurs le soin d’y substituer un système d’élection qui respecte mieux le droit, la justice, la morale, la pétition du comité central devait être acceptée par tous ceux qui veulent l’application sincère et complète du gouvernement représentatif, quelles que soient, d’ailleurs, l’étendue de
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lenrs espérances, la vivacité de leurs opinions, ou la modération de leurs exigences. Excellent programme , et de politique et de conduite ! Quel était à nous tous, conviés à cette grande fête, quel était notre vœu commun ? Plus ou moins pressés d’arriver au but, suivant notre humeur, BOtre situation, nos engagements personnels, nous voulions tous la vérité du gouvernement représentatif. Trop longtemps nous nous étions querellés sur des questions secondaires, questions de formes, questions de roots, et nos ennemis avaient profité de nos divisions. Écartant ce qui nous avait ainsi divisés, nous n’avions à faire, ni les nns ni tes autres, aucun de ces sacrifices que repoussent les consciences rigides, et nous allions désormais former un grand . parti. »
M. Pagnerre ayant exposé ce programme, le président développa, dans les meilleures termes, un toast à la Souveraineté nationale. Deux révolutions avaient été déjà faites au nom de ce principe ; la première pour l’établir, la seconde pour le faire respecter. M. de Lasteyrie avait eu le bonheur de voir ces deux révolutions ; les coupables pratiques du gouvernement et l’aveugle obstination des conservateurs devaient-elles bientôt en provoquer une autre?
M. de Lasteyrie s’adressait à lui-même cette grave question, et ne voulait pas la résoudre.
M. Recurt, un des vice-présidents du comité central, prit ensuite la parole. Dans la position particulière de M. Rceurt, sa présence au banquet était un acte considérable.
Ami de M. Ledru Rollin, qui avait refusé de s’associera la manifestation, membre du comité de la Réforme, journal qui, chaque matin, blâmait l'alliance de la gauche radicale et de la gauche dynastique, il se séparait, dans cette circon-