‹ Histoire de huit ans, 18401848 faisant suite à l'histoire de dix ansChapitre 141 sur 222 · CHAPITRE XI. Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. Î

dissement, pour en faire le représentant subalterne de quelques groupes d’électeurs 1 ;

« Parce qu'elle fait des petits collèges autant de bourgs -pourris toujours à la disposition d'un fonctionnaire en crédit, d'une famille bien placée ou d’un gros capitaliste : là l’électorat n'est plus un mandat politique, le premier de tous, que l'électeur, au jour donné, accomplit selon ses convictions, mais un titre permanent, une fonction privilégiée, dont il croit pouvoir, sans déshonneur, tirer un profit personnel ;

« Parce qu’elle tend à reconstituer, ainsi que l'a dit un ministre de la révolution de Juillet 2 : a Une aristocratie intrigante et besogneuse ; »

« Parce qu’elle méconnaît le principe de l’égalité des droits entre les citoyens, qu’elle viole le principe de l'égalité des droits, même entre les électeurs * ;

« Parce qu’elle ne protège pas suffisamment la grandeur et la liberté des élections, qui presque partout présentent le scandaleux spectacle d’intrigues misérables, de petites passions, de luttes personnelles d’où l'intérêt national seul est exclu ;

« Parce qu’elle a éteint le mouvement politique qui est la vie même des gouvernements constitutionnels ;

a Parce qu'en renfermant dans d’étroites limites la liberté du choix des électeurs, par le cens d’éligibilité et la gratuité du mandat, elle favorise l’envahissement de la chambre par les fonctionnaires publics salariés ♦, frappant ainsi du même coup la hiérarchie administrative et l'indépendance de la représentation, et substituant à l’action constitutionnelle du gouvernement parlementaire l’influence illégale du gouvernement personnel ;

a Parce qu'elle restreint le nombre des députés et celui des électeurs à un chiffre qui n’est pas en rapport avec la population ;

* Il y a *59 collèges, et seulement 363 arrondissements. — Pour donner à la chambre élective un caractère plus national, la révolution de 1830 avait effacé de la Charte de <814 ces mots : députés départementaux. La loi de <831 a toealisé la représentation plus encore que ne le faisait la Charte de 181*.

* M. Dufaure.

s Dix collèges réunis comprennent 16,1*2 électeurs, dix autres n’en comprennent que *,553. Dans les premiers, le droit de l’électeur est comme 1 a 1,61*; dans les seconds, comme 1 à 155. 1 suffrage dans les uns équivaut à *0 suffrages 1/2 dans les antres. Aux points extrêmes, 20 électeurs du deuxième arrondissement de Paris ne valent qu'un électeur de Bourganeuf ou de Saint-Claude.

* En <832, le nombre des députés fonctionnaires s’élevait à 139 ; en 1312, à <67 -, en *8*6, U <8* ; aujourd'hui, il s’élève à plus de 200.

« Parce qu’elle ouvre une large porte â tontes les corruptions ;

« Parce qu 'enfin, la nation ne saurait trouver dans le corps électoral, tel qu'il est aujourd'hui constitué, l'expression exacte, l’image fidèle, la représentation sincère de ses opinions, de ses intérêts, de scs droits.

« Messieurs les Députés,

« En vous signalant les vices nombreux de la législation de 1831, nous croyons avoir accompli un devoir de bons citoyens.

a C’est à vous, législateurs, qu'il appartient de réaliser les réformes qu'exigent impérieusement la justice, la morale, la vérité du gouvernement représentatif. »

Le gouvernement ne fut pas très-alarmé de ces projets. Il avait vu bien d’autres pétitions arriver à la tribune et y expirer. On allait de nouveau demander à la chambre élective quelle opinion elle avait d’elle-même : pouvait-elle hésiter à répondre encore une fois qu’elle s’estimait douée de toutes les vertus ? Le roi ne voulait, d’ailleurs, entendre parler d’aucune réforme, et il devait suffire, pour faire échouer devant la chambre toutes les pétitions, si nombreuses qu’elles fussent, de déclarer en deux mots les intentions du roi. C’était l’office de MM. les aides de camp. Les ministres n’avaient pas à s’inquiéter davantage des impuissantes menaces de 31. Barrot. Mais après avoir expédié leurs pétitions, les agitateurs parlèrent de convoquer le peuple à des banquets où seraient tenus des discours réformistes, et le premier de ces banquets réunit, le 10 juillet, au Château-Rouge, douze cents électeurs de Paris et un grand nombre de députés. C’était un pas de plus dans la voie de l’agitation, et un grand pas. Si 31. Guizot ne voulut pas d’abord le comprendre, 31. Duchâtel entrevit sur-lechamp les difficultés qu’allait créer au gouvernement cette

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