CHAPITRE XI
puissants, si nous savons en user. Que nos efforts soient constants, vigoureux, opiniâtres ; qu’il n’y ait ni un jour de relâche, ni un jour de découragement; ne désespérons jamais de l’avenir et de la liberté, et demandons sans cesse et partout la réforme électorale et parlementaire.... Elle n'est plus combattue que par des intérêts et non par des principes; elle n’a plus d’adversaires, elle n’a que des ennemis. Mais quelle sera leur force contre la volonté ferme de la majorité électorale ? Qui parmi eux aura la voix assez puissante pour étouffe^ la grande voix des pétitions, qui, toujours grossissant, fera sans cesse retentir ces mots à la porte du palais législatif : La nation le veut ! »
On entendit ensuite M. Duvergier de Hauranne. En voyant cet ancien ami de M. Guizot siéger dans un banquet à côté de M. Recurt, et de presque tous les hommes de parti qu’il avait traités autrefois avec tant d’aigreur, qu’il avait combattus avec tant d’emportement, nous ne savions trop admirer cette puissance supérieure de la vérité, de la justice, qui semble se faire un jeu de dompter les natures les plus rebelles, et de mettre sans cesse notre misérable sagesse en contradiction avec elle-même. M. Duvergier de Hauranne avait, du reste, conservé, dans l’opposition cet esprit dogmatique et quelquefois absolu qu’il avait montré, non sans éclat, dans le parti du gouvernement. Plus vif et peut-être plus sincère, sinon plus constant, dans ses haines que dans ses affections, il avait juré d’humilier, même au profit du radicalisme, qu’il n’aimait guère, l’insupportable arrogance de M. Guizot : appartenant, d’ailleurs, par calcul d’esprit, au parti des adorateurs zélés de la forme anglaise; scrupuleux à la façon des jansénistes en matière de traditions constitutionnelles ,
s’attachant volontiers et avec ardeur aux petites choses pour en tirer de grandes conséquences, il était, parmi les réformistes, le plus actif, le plus infatigable, le plus industrieux inventeur d’arguments nouveaux, le plus opiniâtre artisan de ces embûches, de ces intrigues courtoises dont la stratégie parlementaire recommande la pratique. S’il n’avait pas eu l’initiative des banquets, il les avait hautement approuvés, et les avait fait accepter par son ami M. Thiers, qui, par goût et par système, condamnait ces assemblées populaires où les chefs se mêlent aux soldats êt voient souvent leur autorité méconnue, où les hommes d’esprit disparaissent dans la foule, et y sont à peine recherchés par quelques regards curieux.
M. Duvergier de Hauranne, qui n’improvise jamais, avait écrit son discours. Il le récita tenant à la main son manuscrit. Après avoir expliqué dans les termes les plus convenables comment il avait changé de parti sans changer d’opinion, il aborda franchement et résolûment la question de la réforme. « Quand, dit-il, je vois ici réunies toutes les fractions, toutes les nuances de l’opposition libérale, ma pensée se reporte naturellement, nécessairement, à vingt années en arrière. Au commencement de la Restauration, les amis des institutions libérales s’étaient aussi divisés en trois partis. Tout en déplorant son origine, les uns savaient gré à la Restauration d’avoir, bien que de fort mauvaise grâce, rendu le gouvernement représentatif à la France, et, malgré ses torts, malgré ses fautes, ils la soutenaient contre ses adversaires de toute sorte. Les autres apercevaient déjà ses déplorables tendances, ses funestes desseins, et ils la combattaient par les voies légales et parlementaires, tJn troisième parti enfin, plus jeune