CHAPITRE XI
MJ
plus ardent, plus impatient, s'efforçait de la renverser au moyen des sociétés secrètes et de l’insurrection. Cependant le temps marcha, et il arriva deux choses : d une part, après quelques tentatives infructueuses, le parti le plus ardent comprit que les révolutions violentes sont la dernière ressource, la ressource extrême des peuples oppprimés, et que la lutte légale est celle où l'esprit public se retrempe réellement et se fortifie; d’une autre part, la Restauration, affranchie des inquiétudes qu’elle avait conçues, jeta le masque, proclama hautement les principes de la contre-révolution, et força les plus honffêtes, les plus modérés, les plus éclairés de ses partisans, à se retirer d’elle et à lui refuser leur concours. Il résulta de là que, sans concert préalable, et par la seule force des choses, les trois partis se montrèrent sur un terrain commun, et arborèrent ensemble le drapeau de la résistance légale. Ce jour-là le parti libéral fut reconstitué et la liberté fut sauvée.
« Est-il besoin de prouver que, vingt ans après, la même situation se reproduit avec les mêmes dangers, avec les mêmes devoirs? Assurément, entre le gouvernement des dernières années de la Restauration et le gouvernement actuel il y a des différences profondes, et que je suis lois de méconnaître ; mais il y a aussi des ressemblances qui frappent les esprits les moins clairvoyants. » L'orateur comparait ensuite les deux gouvernements, et signalait avec beaucoup de finesse la diversité des conduites, mais l’identité des instincts et des vues. 11 terminait ainsi celte comparaison : « La leçon de 1830 a profité, et l’on ne recommence pas deux fois en vingt ans les mêmes folies. La Restauration, pour arriver à son but, aimait à prendre les
grandes routes et à faire beaucoup de tapage. Le pouvoir actuel, plus modeste, recherche les sentiers détournés et chemine à petit bruit. En d’autres termes, ce que la Restauration voulait faire par les menaces, par la force, le pouvoir actuel veut le faire par la ruse et par la corruption. On ne brise plus les institutions, on les fausse ; on ne violente plus les consciences, on les achète. Pensez-vous que cela vaille mieux? Je suis d’un avis tout contraire. Pour la liberté, le danger est le môme, si ce n’est plus grand, et la moralité court risque d’y périr avec la liberté. Aussi, regardez-vous comme de purs accidents tous ces désordres, tous ces scandales qui viennent chaque jour porter la tristesse et l’effroi dans l’âme des honnêtes gens ? Non, messieurs ; tous ces désordres, tous ces scandales ne sont pas des accidents, c’est la conséquence nécessaire, inévitable, de la politique perverse qui nous régit ; de cette politique qui, trop faible pour asservir la France, s’efforce de la corrompre... Tant que le système durera, les désordres, les scandales dureront et augmenteront. Si cela n’est pas clair, il n’y a plus rien qui le soit au monde. »
L’opposition extrême ne savait pas s’exprimer avec plus d’énergie, et, comme elle formait la majorité des auditeurs de M. Duvergier de Hauranne, elle applaudissait vivement à son discours. Au bout de ses entreprises contre le gouvernement représentatif, la Restauration avait succombé : tel pouvait être, d’après le cours naturel des choses humaines, le résultat des mêmes desseins, poursuivis avec la même persévérance, mais avec une autre méthode, par le gouvernement de juillet. Cependant ce n’était pas une nécessité. L’orateur s’efforçait de le prouver, lorsqu’en