‹ Histoire de huit ans, 18401848 faisant suite à l'histoire de dix ansChapitre 151 sur 222 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

D’autres banquets eurent lieu dans le même temps à Cosne, à Melun, à la Charilé-sur-Loire, à Damville, à Chartres, à Loudéac, à Saint-Marcellin, etc., etc. Partout l’esprit public s’éveillait, et comme un de ces mots magiques qui, suivant les temps, annoncent aux nations une ère nouvelle ou de paix ou de guerre, la réforme était la voix de tous les échos.

Elle fut enfin entendue par les amis de M. Ledru-Rollin. Invités à prendre part à la manifestation que préparait la ville de Lille, ils s’y rendirent. M. Barrot y vint de son côté. Rapprochement tardif, mais que l’on pouvait croire, de part et d’autre, d’autant plus sincère. Malheu reusement un article du journal la Réforme annonça que M. Ledru- Rollin allait à Lille relever un drapeau, que d’autres, disaiton, avaient abaissé. C’était imposer une trop forte épreuve à la bonne volonté de M. Barrot. On prétendait franchir les limites de la constitution ; il exigea qu’on lui rendit hommage ; et, comme on refusait de subir cette condition, il se retira. Ce fut un regrettable incident; mais il n’eut pas de graves conséquences. Tout le monde savait que les vœux de M. Barrot s’arrêtaient à une réforme ; personne n’ignorait que M. Ledru-Rollin marchait à la tête d’une phalange ferme dans ses desseins, mais peu circonspecte dans sa conduite, qui n’aspirait qu’après une révolution. Dès lors il y eut des banquets de nuance? diverses. Dans les uns domina l’esprit socialiste ou révolutionnaire ; dans les autres, l’esprit réformiste. Cela pouvait mettre dans l’embarras les radicaux conciliants, qui, dès l’ouverture de cette campagne, avaient accepté l’alliance des réformistes constitutionnels ; mais, avec une prudence, avec une modération dont ils avaient déjà donné tant de gages, ils ne prirent aucun

parti dans ces discordes, et, suivant les lieux, ils assistèrent aux banquets organisés par les amis de M. Ledru-Rollin, on par les amis de M. Barrot, à Avesnes, à Valenciennes, à Béthune, à Montargis, à Saint-Germain, à Amiens, à Chateaudun, à Condom, à Rochechouart, à Castres, à Montpellier, à Neufbourg, à Grenoble, à Vienne, à Arras, à Saintes, à Saint-Denis, à Rouen, à Dijon et à Chàlons-sur- Saône.

Ainsi M. Duchâtel avait commis une grande imprudence lorsqu’il avait dit à l’opposition que le pays recevait ses déclamations avec une profonde indifférence, et qu'il n’avait aucun souci ni de la réforme électorale, ni de la réforme parlementaire. Interrogé par l’opposition, le pays répondait qu'il avait toujours eu peu de confiance dans les promesses du mois de juillet 1830, qu’il avait vu sans étonnement les fraudes succéder aux mensonges, et qu’un régime de privilèges, d’abus, de corruption, ne pouvait paraître le meilleur des gouvernements qu’aux gens intéressés à le maintenir. Voulait-on éviter de terribles catastrophes? Il , fallait admettre d’opportunes réformes, sinon le parti de la révolution allait devenir le parti de la justice. Voilà ce qu’on déclarait en même temps au nord et au midi, à l’est et à l’ouest, dans les villes et dans les campagnes, et partout on s’animait en faisant cette déclaration, partout on manifestait la résolution de pousser les choses aussi loin que l’obstination du pouvoir pourrait l’exiger. M. Duchâtel reçut un avis de plus. Celui-ci lui fut donné par un corps politique, où le gouvernement avait toujours rencontré plus de partisans que d’adversaires. Le conseil général de la Seine adopta, le 12 novembre, la résolution suivante : « Considérant que seize années d’expérience ont révélé de graves

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imperfections dans la loi électorale du 19 avril 1831, et ont démontré la nécessité et l’urgence d’en modifier plusieurs dispositions, le conseil émet le vœu que le gouvernement et les chambres s’occupent avec sollicitude de la révision de cette loi dans la prochaine session législative. » Comment dire encore que cette révision , que cette réforme, n’était qu’un vœu puéril formulé par quelques esprits désœuvrés, et reproduit, avec une arrière-pensée factieuse, par les anciens et irréconciliables ennemis de l’établissement constitutionnel ? M. Duchâtel avait perdu son meilleur argument.

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