CHAPITRE XUt
voyait offrir sa soumission. Elle fut immédiatement acceptée.
Le lendemain 23, Abd-el-Kader se rendait au marabout de Sidi-Brahim, où il était attendu par le colonel Montauban. Les généraux Lamoricière et Cavaignac ne tardèrent pas à les joindre, et, une heure après, Abd-el-Kader était dans le village de Nemours, l’ancien Djemma-Chazaouat, en présence du gouverneur général de l’Algérie, le duc d’Aumale.
Ayant déposé ses sandales sur le seuil, Abd-el-Kader fut introduit devant le prince et lui dit : « J’aurais voulu faire plus tôt ce que je fais aujourd’hui ; j’ai attendu l'heure marquée par Dieu. Le général m’a donné une parole à laquelle je me suis fié. Je ne crains pas qu'elle soit violée par le fils d’un grand roi comme le roi des Français. » Il offrit ensuite au duc d’Aumale un cheval de soumission.
Celte parole, que’ le général Lamoricière avait donnée, et qui fut confirmée par le duc d’Aumale, était un engagement téméraire. Avant de se soumettre, Abd-el-Kader avait demandé qu’on le conduisît à Alexandrie ou à Saint-Jeand’Acre. L’occasion qui sc présentait pouvait échapper; le’ général Lamoricière n’était pas certain que tous les défilés des montagnes fussent gardés par nos troupes ; il craignait et avait lieu de craindre que l’émir, voyant sa condition rejetée, ne prit sa course à travers le désert, pour en revenir un jour recommencer la guerre sainte à la tête d’une autre armée ; il promit ce qu’on demandait, s’estimant heureux peut-être de faire à si bon compte une prise de celte importance. Mais le gouvernement ne devait pas ratifier cette promesse. Embarqué dans la soirée du 24, sur le Solon avec ses femmes, ses enfants et ses serviteurs, Abd-
el-Kader était rendu, le 25 au matin, dans la rade de Mersel-Kebir. Il fut de là dirigé sur Toulon, pour être interné dans une ville du territoire français.
En recevant cette grande nouvelle, le ministère s’empressa de la répandre. Des cricurs publics l’annoncèrent dans les rues de la capitale, avant même qu’elle fût parvenue aux journaux ordinairement les mieux informés. On se réjouit d'apprendre que nos possessions d’Afrique étaient désormais délivrées de leur plus redoutable ennemi ; mais aucune voix ne fut entendue adressant au gouvernement les actions de grâces dont il se montrait avide.
On ne s’inquiétait que des prochains débats de la chambre élective.
La commission chargée de rédiger l’adresse fut composée de MM. Bussières, Muret de Bord, Plougoulm, Yitet, Couture, Saglio, d’Angeville, d’Haussonville, d’Haubersaert. M. Guizot n’eut pas fait lui-même d’autres choix. Il était donc satisfait : la majorité lui restait fidèle. Il n’avait plus qu’à se préparer à soutenir les vains assauts de la minorité. On accusait le ministère d’avoir compromis au dehors le nom de la France en de honteuses intrigues ; M. d’Haussonville était là pour répondre que notre diplomatie avait fait des prouesses. On l’accusait d’avoir, au dedans, avili les fonctions publiques en pratiquant ou en patronnant la corruption ; M. d’Haubersaert devait aisément confondre cette calomnie. M. Guizot s’entretenait dans cet espoir, quand un nouveau procès fut l’occasion d’un nouveau scandale.
Un sieur Petit, ancien directeur des postes, sollicitait, en 1844, la recette particulière de Corbeil. Le secrétaire intime de M. Guizot, M. Génie, lui fit savoir que le titulaire de