CHAPITRE XIII
cette recette allait obtenir de l’avancement ; mais que, pour obtenir sa place, il fallait mettre à la disposition du gouvernement une démission de conseiller à la cour des comptes. Au début de cette négociation, le gouvernement n’avait besoin, disait M. Génie, que d’une charge de référendaire de seconde classe ; il s’agit plus tard d’une charge de référendaire de première classe; enfin, M. Petit apprit avec douleur qu’il n’aurait la recette de Corbeil qu’en livrant une charge de conseiller-maître. Décidé toutefois à faire les plus grands sacrifices, M. Petit rechercha ce qu’on lui demandait et se présenta quelque temps après à M. Génie avec une démission de conseiller-maître : il l’avait obtenue en signant un engagement de six mille francs de rente, réversible sur la tête de la femme du conseiller démissionnaire. En conséquence, il avait été nommé receveur à Corbeil, le 24 décembre 1844. Voilà ce que M. Petit racontait lui-même, ne dissimulant aucune circonstance, n’épargnant aucune preuve ; et, pour expier sa faute, il se démettait d’une fonction acquise par de tels moyens.
Ainsi, d’une part, il était avéré que les charges de la cour des comptes étaient l’objet d’un ignoble trafic. D’autre part, on apprenait que le gouvernement vendait des recettes particulières pour récompenser avec le prix de cette vente, des services occultes, des dévouements d’un ordre subalterne.
Cette révélation produisit un grand effet. Quand M. Guizot avait connu l’existence du mémoire accusateur, il avait envoyé M. Achille Eould près de l’honorable avocat que le sieur Petit avait chargé de ses intérêts. Mais cette démarche n’avait pas eu de résultat. On demandait la suppression du mémoire : M. Petit, croyant que son honneur l’obligeait à
tout dire, n’avait pas voulu consentir à cette suppression.
Occupé de tant d’autres affaires, M. Guizot fut accablé par ce coup. Avait-il ignoré jusqu’alors ces honteuses transactions ? On devait en douter, puisqu’elles avaient eu lieu dans son cabinet. M. Duchâtel, que n’épargnaient pas les amis de M. Guizot, ne fut peut-être pas très-sensible aux chagrins de son collègue. M. Hébert feignit de n’avoir pas même ouï parler de cette affaire. Quant à M. de Salvandy, ce personnage à la fois grave et facétieux, il venait de descendre un instant des hauteurs sublimes où les génies méconnus aiment à chercher une retraite, et, pour servir à sa manière le cause commune, il avait suspendu le cours de M. Michelet. Puis il était rentré dans le repos. Le plus grand désordre régnait dans son empire ; le conseil royal était insurgé contre son outrecuidance; les professeurs des collèges adressaient aux chambres des pétitions où ils dénonçaient vertement sa tyrannique impéritie : mais il s’en inquiétait peu. L'Académie française venait de le satisfaire, en plaçant M. Vatout sur le fauteuil de Massillon.
La discussion de l’adresse s’ouvrit le 10 janvier à la chambre des pairs. A la chambre des députés, la commission n’avait pas encore, à cette date, terminé la rédaction de ce projet.