CHAPITRE XV
liberté. Cependant, quand on leur avait demandé de laisser un instant de côté leurs théories, pour venir de bonne foi, et, répétons-le, sans arrière-pensée, contribuer à conquérir quelques réformes utiles, ils n’avaient pas hésité. Par une résistance opiniâtre et téméraire, le gouvernement avait ensuite changé l'état de la question. On était à la veille d’une bataille. Quelle est alors la conduite des députés rar dicaux? Les uns proclament, sans subterfuges, sans équivoques, à l’assemblée réunie chez M. Barrot, que la force des choses paraît conduire à la guerre civile, mais qu’à leur avis il ne faut pas reculer même devant cette terrible évent tualité. Les autres, également persuadés qu’on ne peut se donner rendez-vous dans un nouveau banquet sans prendre l’engagement de marcher au combat, conseillent d’éviter cette rencontre. Où donc est la surprise? Où donc est cette perfide trame, ourdie par les députés radicaux ?
Ces explications entendues, les députés de l’opposition dynastique persistent dans leur projet. Ne voulaient-ils pas croire à l’imminence d’un sanglant conflit? Avaient-ils encore l’espérance d’effrayer le ministère et de l’arrêter? Il est certain qu’ils ne désiraient ni provoquer une émeute, ni faire une révolution. N’ont-ils pas su mettre d’accord leurs sentiments et leur conduite? Quoi qu’il en soit, s’ils ont été trompés, c’est qu’ils ont manqué de prévoyance. Nous insistons sur ces faits parce qu’ils sont mal connus. Quand les événements sont venus déconcerter leurs plans de conduite, les chefs de parti n’avouent pas qu’ils ont eu la vue courte, et si d’officieux récits les représentent comme ayant été victimes de quelque fourberie, ils acceptent ce rôle assez volontiers, ne voulant jamais passer pour avoir fait de faux calculs. Mais l’histoire véridique ne peut rendre
le même service aux chefs de parti. Elle enregistre avec la même impartialité tout ce qu’ils ont fait, et leurs écarts et leurs belles actions. C’est son devoir. L’opposition dynastique aime-t-elle entendre dire que, depuis le commencement jusqu’à la fin des banquets, elle n’a pris l’initiative d’aucune mesure, elle a tout laissé dire, tout laissé faire, marchant à la suite des radicaux, obéissant toujours et ne commandant jamais? Eh bien ! la vérité naïve, c’est que l’opposition dynastique, ayant pour elle, dans les conférences, l’autorité du nombre, a toujours exercé la prépondérance, tout dirigé, tout'réglé, et n’a pas voulu prévoir la révolution, mais l’a faite.
La décision prise, chacun s’employa de tous ses efforts à préparer dignement la grande manifestation.
Une commission fut nommée pour organiser le banquet. MM. Boissel, Ferdinand de Lasteyrie et Garnon, députés de la Seine, firent partie de cette commission, avec MM. Recurt , Labelonye , Pagnerre , Delestre , Gobert , d’Alton- Shée, etc., etc. Elle s’occupa sans relâche de trouver un local ; ce qui n’eût pas été facile dans les temps ordinaires, et devenait plus difficile encore dans les graves circonstances qu’annonçaient à tout le monde l’attitude du ministère et celle de l’opposition.
En dehors de la commission, un grand nombre de citoyens considéraient comme un devoir d'aller répandre l’agitation dans les masses. Le ministère s’était flatté peut-être de contenir la bourgeoisie réformiste par la menace des baïonnettes : n’élait-il pas opportun de dire au peuple qu’il pouvait, par une énergique démonstration, porter la terreur dans le camp de l’ennemi? En même temps, quelques officiers supérieurs de la garde nationale convoquaient les