‹ Histoire de huit ans, 18401848 faisant suite à l'histoire de dix ansChapitre 190 sur 222 · SB · texte numérisé non relu

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tience du public accusait l'opposition de faiblesse : on disait que les menaces du gouvernement l’avaient ébranlée et qu’elle n’était plus occupée qu’à dissimuler sa retraite. Ces bruits prirent bientôt assez de consistance, pour que l’opposition se vît obligée de rompre un trop long silence. Elle • annonça, le 19, même sans avoir trouvé de local, que le banquet aurait lieu le mardi 22, et le lendemain elle fit publier dans les journaux une note pleine de dignité, où elle déclarait que déjà quatre-vingts députés de la gauche avaient pris l’engagement d’assister à cette réunion. Voici les termes de cette note :

« Les députés de l'opposition se sont réunis de nouveau, ce malin, afin de délibérer sur la part qu’ils doivent prendre A la manifestation qui se prépare pour le maintien du droit de réunion, contesté et violé par le ministère.

« Après avoir entendu le rapport de sa commission, t’assemblée a rceonnn, à l’unanimité, qu’il était plus que jamais nécessaire de protester, par un grand acte de résistance légale, contre une mesure contraire aui principes de la constitution comme au texte de la loi. Eu conséquence, il a été résolu que mardi prochain, on se rendrait en corps au lien de ia réunion.

« Une telle résolution est le plus bel hommage que les députés puissent rendre à l'intelligence, au patriotisme, aux sentiments généreux de la population parisienne. Les députés de l’opposition ne sauraient admettre, avec les ennemis de la liberté, qu’un peuple dont on méconnaît les droits, soit condamné & choisir entre l’obéissance servile ou la violence. Ils en sont donc certains par avance, ia population tout entière comprendra qu’une manifestation pour le droit contre l’arbitraire manquerait son but si elle ne restait pas paisible et régulière. Paris a fait souvent des efTorls héroïques, de grandes révolutions. 11 est appelé aujourd'hui à donner un autre exemple aux peuples, A leur montrer que, dans les pays libres l’altitude calme et ferme des citoyens respectant la loi, défendant, le droit, est la plus irrésistible, comme la pins majestueuse des forces nationales Deux grands résultats seront ainsi obtenus * la consécration d'un droit i obèrent à toute constitution libre,

et la preuve éclatante du progrès de nos mœurs politiques. Les députés de l’opposition comptent donc sur la sympathie et sur l'appui de tous les bons citoyens, comme ceux-ci peuvent compter sur leur dévouement infatigable et sur la fermeté de leurs résolutions. »

Enfin un lieu convenable pour le banquet fut découvert par M. Taschereau, ancien député d’Indre-et-Loire, dans une rue presque déserte des Champs-Élysées, la rue du Chemin-de-VersaiUes. C’était un vaste terrain clos de murs qui réunissait toutes les conditions prescrites pour une manifestation légale. 11 fut loué dans la journée du 20, et le 21 , au soir, la lente qui devait abriter les convives était construite.

Cependant, quelques membres du parti conservateur, non plus timides, mais plus prévoyants que leurs collègues, commencèrent à s’interposer, demandant à régler les conditions de ce duel entre le gouvernement et l'opposition. M. de Morny et M. Vitet vinrent trouver M. Barrot, disant que si l’opposition ne pouvait reculer, le gouvernement ne pouvait céder, mais qu’il fallait, de part et d’autre, éviter une collision et abandonner le règlement de cette grosse affaire aux seuls arbitres compétents, les juges correctionnels. L’opposition prétendait que les citoyens avaient toujours eu le droit de se réunir pour prononcer ou entendre des discours politiques ; le ministère produisait des textes qui lui semblaient avoir supprimé ce droit, s’il avait jamais existé. C’était une question à débattre devant les interprètes de la loi. Mais comment leur soumettre cette question? M. de Morny promettait, au nom du gouvernement, que l’opposition pourrait librement se rendre au lieu du banquet, qu’elle ne rencontrerait sur son passage aucun empêchement, que les portes de l’enclos seraient libres et que

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