CHAPITRE I
t-il pas émouvoir par les clameurs de la presse. 11 est vrai qu’il n’avait plus besoin d’intimider le cabinet des Tuileries.
M. Guizot trouva donc à son retour les esprits non moins irrités qu’à son départ ; on blâmait en outre ce même voyage de Windsor, dont il s’enorgueillissait, et qui semblait plutôt un acte de condescendance que de sérieuse politique. On eût aimé plus de dignité à la suite d’un dissentiment, moins de promptitude à remercier, quand on avait le droit de faire des reproches.
Parmi les conservateurs eux-mêmes, beaucoup se plaignaient des embarras créés au gouvernement par les malheureuses affaires du droit de visite et des Marquises. On se lassait de M. Guizot, et même ceux qui l’admiraient le plus accusaient son impopularité. Puis venaient les compétiteurs, qui trouvaient qu’il tenait bien longtemps la place convoitée par leur ambition. Enfin Louis-Philippe luimême s’impatientait de voir constamment ajourner la question delà dotation : M. Guizot lui semblait, à tout prendre, avoir plus souci de son portefeuille que des intérêts de la couronne. Il répugnait, en effet, au ministre de se compromettre dans une affaire pécuniaire déjà jugée plusieurs fois par la chambre, et dont les avantages ne pouvaient compenser les dangers. Mais le roi y revenait toujours avec une maladroite persévérance, malgré les résistances de ses plus fidèles serviteurs, qui s’étonnaient de voir un prince réputé habile rechercher une lutte sans dignité, où les échecs le frappaient directement dans son orgueil et dans ses affections. Aucune considération cependant ne pouvait vaincre ses obstinations à ce sujet : il est vrai qu’il y voyait aussi une question de principes, en quoi il avait raison;
et l’on ne peut assez admirer l’aveuglement des conservateurs qui marchandaient un droit inhérent à la monarchie.
L’article inséré dans le Moniteur du 30 juin n’avait pas eu l’effet qu’en attendait le roi. Et cependant quelque temps après, le ministre de l’intérieur recevait l’ordre de sonder de nouveau l’esprit des départements. De nombreuses lettres confidentielles furent expédiées à ce sujet parM. Duchâtel. Mais tous les efforts étaient inutiles, tant que le premier ministre se maintiendrait dans une réserve sans courage. Aussi M. Guizot était-il vivement attaqué par les familiers du château auxquels venaient en aide les rivaux qui aspiraient à sa succession. L’approche de la session semblait favorable aux intrigues. Les mécontentements excités par la maladroite affaire de Pritchard et par le traité du Maroc étaient autant de reproches adressés au ministre dirigeant. On se plaignait de son impopularité, qui rejaillissait sur le commerce, et il se formait autour du monarque un parti de dévoués qui voulaient appeler au ministère des complaisances plus souples et des cœurs plus zélés. Le plus actif était M. de Montalivet, grand partisan de la dotation, en sa qualité d’intendant des dépenses royales, et peu satisfait de l’influence de M. Guizot, en sa qualité de favori. Un rival était tout trouvé dans M. Molé, tombé victime de la dotation et prêt à demander une revanche. Quelques hommes du centre gauche, MM. Vivien, Dufaure, Passy, pouvaient le seconder, et l’on espérait, par cette transaction, obtenir de M. Tliiers, sinon une alliance effective, au moins un silence protecteur. On faisait aussi grand fonds sur la coopération de M. Bugeaud, devenu, par ordonnance royale, duc d’Isly, et apportant au ministère la gloire de lauriers fraichemeut cueillis.