‹ Histoire de huit ans, 18401848 faisant suite à l'histoire de dix ansChapitre 21 sur 222 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

M. Guizot était au courant de ces menées, et tout en affectant une orgueilleuse indifférence, les combattait par de • prudents amis, de complaisants journalistes et de sérieuses manœuvres dans les coulisses du château. M. Duchâtel le secondait parce qu’il devait tomber ou rester avec lui, et les députés conservateurs présents à Paris s’agitaient en tous sens pour savoir à quel ambitieux ils allaient apporter leurs votes. Mais l’approche de la session, qui était le signal de toutes les rivalités, était en même temps la, sauvegarde de M. Guizot. Son incontestable talent de tribune assurait un défenseur habile à la politique royale, et Louis-Philippe n’était pas homme à sacrifier des avantages certains à quelques répugnances personnelles.

L’ouverture des chambres d’ailleurs allait être une épreuve nouvelle. Si M. Guizot triomphait à la tribune et au scrutin, le moment n’était pas venu de repousser ses services ; s’il . succombait sous le poids de son impopularité, la couronne aurait bon air à le sacrifier.

L’opposition, et surtout l’opposition radicale, ne prenait guère intérêt à des luttes qui ne pouvaient que changer les instruments d’un système funeste, sans rien altérer du système. Il y avait cependant un avantage dans ces dissensions : elles allaient amener comme renfort contre le ministère les rivaux déçus, les ambitieux de second ordre et tous ceux qui espéraient gagner quelque chose à un changement. C’est ce que ne tardèrent pas à démontrer les premières séances parlementaires.

La session fut ouverte le 26 décembre ; la discussion de l’adresse commença, à la chambre des pairs, le 13 janvier, et les rivalités personnelles se révélèrent aussitôt par une attaque habilement combinée. M. Molé était le chef reconnu

HISTOIRE DK HÜIT ANS.

de cette nouvelle coalition ; à lui appartenait le droit de porter les premiers coups. Prise d’armes d’autant plus significative, que, depuis quatre ans, M. Molé avait gardé un silence absolu. Aussi, les premières explications durentelles porter sur ce changement d’attitude. Conservateur, dit-il, de cœur et de conviction, il n’avait pas cru devoir, par ses paroles, porter la désunion dans les rangs de la majorité. 11 s’était tu jusqu’à ce jour par respect pour son parti, par respect pour lui-même. En ce moment toutefois, des insinuations injurieuses, des reproches d’intrigue, de coalition, marques évidentes de craintes trop bien fondées, d’une désorganisation trop évidente, appelaient une éclatante protestation.

En caractérisant la politique de M. Guizot, son adversaire rencontra une expression heureuse et qui demeura consacrée, tant elle était vraie : « Vous faites, lui dit-il, une politique partout et toujours à outrance, même dans les faiblesses. w II y avait, continua M. Molé, dans tous les actes du ministre des affaires étrangères, une exagération qui l’entraînait jusqu’aux dernières conséquences, au risque de provoquer contre des principes ainsi forcés une inévitable réaction. M. Guizot voulait la paix; mais il montrait tant d’ardeur, tant d’entraînement à la maintenir, il se montrait prêt à tant de sacrifices pour la conserver, que l’étranger pouvait tout obtenir de lui en le menaçant de la guerre. 11 voulait l’alliance anglaise, mais il en exagérait les conséquences; il en parlait de façon à la compromettre, à susciter contre elle la susceptibilité nationale, à donner aux Français, contre cette alliance si désirable, des préventions qui pourraient devenir un sérieux embarras pour l’avenir.

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