CHAPITRE XVi
clamation qu'il vient de faire apposer sur les murs. Mais si l’on croit à ses paroles, on lui crie que la conscience du roi est moins bien notée que la sienne ; que si tout le peuple a pris les armes, c’est pour obtenir plus que des promesses ; qu’il dicte lui-même ses conditions, et que la première est l’éloignement du roi.
La famille royale était rassemblée dans la galerie de Diane. Le déjeuner venait d’être servi. On se mettait à table. MM. de Rémusat et Duvergier de Hauranne sont introduits par un officier d’ordonnance. Ils avaient vu, sur la place de la Concorde, les soldats quitter leurs rangs, offrir leurs armes, et ils venaient annoncer cette triste nouvelle. Le roi se leva et pria MM. de Rémusat et Duvergier de le suivre dans son cabinet. « Allons, sire, lui dit la reine, montez à cheval et sachez mourir, s’il le faut : du balcon des Tuileries, votre femme et vos enfants vous accompagneront des yeux ! » Le roi reparut bientôt dans un uniforme militaire, descendit dans la cour des Tuileries, et, montant à cheval, passa quelques troupes en revue. Mais, avec les troupes, se trouvaient, dans la cour des Tuileries, deux bataillons de la garde nationale, et l’un de ces bataillons accueillit le roi par des cris de : Vive la réforme 1 Le roi rentra consterné dans ses appartements.
Us furent bientôt envahis par des députés de toute nuance, des fonctionnaires de tout grade, arrivant des boulevards, des quais, des rues centrales, des faubourgs, et venant tous donner sur l’état des choses les mêmes renseignements. Il s’agissait donc d’une abdication. On le dit au roi, et quand il cherche des voix amies qui l’encouragent à rester, il n’entend murmurer autour de lui que ces mots sinistres : Désormais la résistance est impossible ; le peuple est sur de
ils
vaincre ; la garde nationale presque entière fait cause commune avec le peuple et marche avec lui vers les Tuileries; l’École polytechnique est dans les barricades, et conduit, comme en 1830, la jeunesse des faubourgs; l’armée, accueillie par le peuple avec des vivats, fraternise avec lui, lui livre ses fusils, ses cartouches : partout la révolution est victorieuse, ou croit l’être ; il faut abdiquer ! Seule, la reine s’oppose à cette résolution. Elle ne voit pas les périls, elle n’entend pas les avis ; elle ne veut savoir ni ce qu’on dit hors des Tuleries, ni ce qu’on pense au dedans : mais elle crie qu’une révolution est toujours un crime, une abdication toujours une honte, et qu’un roi ne peut perdre sa couronne sans l’avoir défendue. Louis-Philippe parait un instant entraîné par ce discours. La foule qui l’entoure le contemple en silence. Mais arrivent du dehors d’autres messagers apportant de plus tristes nouvelles: Le général Lamoricière est blessé ! L’insurrection, ne rencontrant aucune résistance, est sortie de ses retranchements, et la voici livrant au dernier poste qui protège les Tuileries un assaut qui ne peut durer longtemps ! N’enlend-on pas la fusillade? Ne voit-on pas déjà paraître, sur la place même du Carrousel, des gens armés que d’autres vont suivre ? Tout n’est-il pas irrévocablement perdu ? et le roi attend-il pour prendre un parti qu’il soit prisonnier de la révolte? Louis-Philippe saisit une plume et signe l’acte de son abdication :
« J’abdique celle couronne que je tenais du vœu delà Dation, et que je n'avais acceptée que pour amener la paii et la concorde parmi les Français.
« Me trouvant dans l'impossibilité d’accomplir celte tâche, je la lègue à mon petit-fils, le comte de Taris. Puisse-t-il être plus heureux que moi 1
« Louis-PhiuH'E. »