CHAPITRE XVI
milieu de la nuit. Le roi, l’ayant dès l’abord mal accueilli, l’avait ensuite chargé de composer un cabinet, et l’avait interrogé sur les plans stratégiques de M. Bugeaud. M. Thiers approuvait les plans du général, mais il ne pouvait, disaitil, faire un ministère sans M. Barrot. M. Barrot, c’était la réforme, c’était l’opposition entrant dans les conseils de la couronne, après en avoir été repoussée pendant dix-huit années; et elle y entrait le front levé, dictant les conditions de son concours. Oui, c'était bien là, suivant M. Thiers, ce qu’exigeaient les circonstances. Au premier mot, le roi n’avait pas voulu le croire ; il avait reçu la déclaration de M. Thiers avec dédain, avec impatience. Prétendre que le peuple exigeait la réforme, c’était, disait-il, répéter des propos de cafés. Des turbulents, qu’on allait bientôt mettre à la raison, pouvaient la demander, cette réforme ; mais le peuple était trop sage, suivant le roi, pour s’en soucier. Cependant M. Thiers refusant d’entrer au cabinet s’il n’avait M. Barrot pour collègue, le roi avait fini par comprendre qu’il ne pouvait pas se passer de M. Barrot. Celui-ci, à son tour mandé par le roi, s’était montré plus difficile que M. Thiers. On l’invitait à prendre un portefeuille, et l’on associait à son nom celui de M. Bugeaud: on acceptait avec lui le programme de la gauche, la réforme, et la première chose qu’on lui demandait, c’était de livrer bataille à l’armée réformiste, et de présider aux massacres qu’avait prémédités M. Bugeaud. M. Barrot avait dit au roi qu’il ne pouvait consentir à jouer ce rôle, et le roi, vaincu tour à tour par M. Thiers, par M. Barrot, et plus encore assurément par les embarras de la situation, avait paru céder.
C’est ce que fit connaître la proclamation suivante : in. 26
« Citoyens de Taris,
« L'ordre est donné de suspendre le feu. Nous venons d’être chargés par le roi de composer un ministère. La chambre va être dissoute. Le général Lamoricière est nommé commandant en chef de la garde nationale de Paris.
« MM. Odiloa Barrot, Thiers, Lamoricière, Duvergier de Hauranne sont ministres.
a Liberté, Ordre, Union, Réforme 1
« Odilon Barrot. Thiïrs. »
11 était environ huit heures quand cette proclamation fut affichée. La veille, elle eût calmé tous les esprits. M. Barrot se trompait lorsqu’il pensait qu’elle devait encore produire le même résultat. Personne ne croyait à la sincérité du roi. Cette retraite subite parut un piège. Le roi ne pouvait se résigner à prendre pour ministres M. Barrot, M. Duvergier de Hauranne, sans avoir au fond du cœur l’intention de les congédier après la crise ; si d’ailleurs le plus entêté des hommes faisait une aussi grande concession que d’appeler M. Barrot au ministère, de suspendre le combat et de promettre la réforme, après avoir, quelques heures auparavant, placé sa couronne, son système, son immuable système, sous la protection du sabre de M. Bugeaud, c’est évidemment qu’il voyait sa partie perdue. Pourquoi donc raffermir ce trône qui menace ruine? Des concessions sont offertes : dissolution de la chambre, ministère libéral, et réformes. Mais qui garantit que ce nouveau programme n’aura pas la fortune de celui de l’Hôtel-de-Yille ? Puisque l’occasion vient s’offrir d’achever ce règne si fertile eu parjures, pourquoi la laisser échapper?
M. Barrot se rend sur les boulevards et commente la pro-