‹ Histoire de huit ans, 18401848 faisant suite à l'histoire de dix ansChapitre 206 sur 222 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

de l’entreprise : mais si, dit-il, le roi consentait à faire la traversée dans un bateau pêcheur, il se chargeait d’en louer un à Trouville. Comme on n’avait pas le loisir de délibérer, la proposition du matelot fut immédiatement acceptée. Le bateau fut loué dans la journée même au prix de 3,000 francs. Il devait mettre à la voile dans la nuit suivante. Conduit à Trouville par des chemins de traverse, Louis- Wulippe arrivait un peu tard au lieu du rendez-vous. Il y trouvait MM. de Perthuis et de Rumigny; mais le bateau pécheur était couché sur le sable, attendant de plus fortes marées. D’ailleurs, la mer était si mauvaise qu’il n’aurait pu la tenir. Ainsi, tout était obstacle, les contre-temps succédaient aux contre-temps, et plus on s’employait pour le roi, plus on le compromettait ; plus on croyait approcher du but, plus on s’en éloignait;

Ut rebas lætis par sil mensnra malorum.

Combien d’heures fallait-il attendre encore la haute marée? Vingt-quatre heures, peut-être quarante-huit. Où cacher, pendant ce temps, la tête du roi ? M. de Rumigny se rendit chez le capitaine du port, M. Henri Barbet, lui demandant un asile pour l’auguste vieillard, que toutes les disgrâces venaient accabler à la fois. Cet asile fut offert avec empressement. Mais d’autres incidents allaient survenir. Attendre la seconde, la troisième marée, c’était, suivant M. Barbet, différer ce que l’on pouvait faire sur-le-champ ; et si, pendant ce délai, la plus légère indiscrétion, une simple rumeur, attirait la foule autour de la maison où le roi s’é:ait réfugié, l’évasion devenait impossible. Il crut donc qu’il était plus sage de louer une barque qui pouvait être sur-le-

champ mise à ilôt, et d’indemniser libéralement le patron de l’autre. Mais dès que ce marché fut conclu, le marin dont on avait refusé les services s’empressa d’aller raconter en tous lieux qu’un riche proscrit était caché dans le port, et qu’il devait s’embarquer, la nuit, à la dérobée, sous la protection et par les soins du capitaine Barbet. La nouvelle se répandit bientôt dans toute la ville. Où fuir encore? Où chercher un toit plus sûr? Où se dérober à l’imminence d’une visite domiciliaire ? Le capitaine Barbet arrive toute effaré, entraîne le roi dans une cour obscure, le remet entre les mains d’un inconnu, et se hâte lui-même de disparaître, craignant d’avoir été suivi.

Cet inconnu, c’était l’ancien maire de Trouville, zélé partisan du régime déchu. Il s’agissait de sortir de Trouville en toute hâte. Louis-Philippe suit son guide : ils s’en vont à pied, passent devant trois corps de garde sans être inquiétés, franchissent les dernières maisons de la ville, et sont bientôt rendus au village de Touques. C’est en ce lieu seulement qu’il furent rejoints par les voitures, qu’on avait attelées quelques instants après leur départ. Le lendemain, vers cinq heures du matin, elles déposaient Louis-Philippe et sa suite à quelque distance du pavillon de M. de Perthuis, où la reine attendait avec tant d’inquiétude la nouvelle d’une heureuse évasion. Louis-Philippe venait lui-même lui raconter, après combien d’accidents, de mésaventures, et de périls, l’entreprise avait échoué.

Le jeudi 2 mars, tandis que l’on attendait l’ancien maire de Trouville, parti pour Quillebeuf, avec l’espoir d’y trouver un navire ou une meilleure retraite, un étranger se présentait à la haie du domaine et demandait à en visiter les hôtes. L’accueillir, c’était peut-être livrer le roi : mais

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