‹ Histoire de huit ans, 18401848 faisant suite à l'histoire de dix ansChapitre 219 sur 222 · RÉPONSE · texte numérisé non relu

RÉPONSE

da M. Iituritx à la protestation du gouvernement britannique contre le mariage de l’infante avec le duc de Montpenricr , communiquée au cabinet anglais par M. Bulwer.

Madrid, 29 septembre

Monsieur, j'ai reçu, avec votre note du 22 courant, la remontrance et la protestation que vous m’avez adressée au nom de votre gouvernement

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au sujet du mariage de S. A. R. l’infante. Avaul de répondre aux divers points contenus dans cette pièce importante, je ne puis m'abstenir de vous notifier que l’alliance en question est un acte politiquement accompli. Alors que S. M. a déjà fait connaître sa détermination aux cortès, et que celles-ci, de même que les hauts fonctionnaires et les divers corps de l’État, ont offert à la reine leJrs félicitations, vous reconnaîtrez que le temps des observations est passé, et qu'il n’est pas même permis au gouvernement de Sa Majesté d’entrer en discussion à ce sujet. Je dois aussi vous assurer que ni les délibérations du gouvernement ni celles des cortès n'ont été le moins du monde influencées par l'idée que les observations renfermées dans vos notes antérieures seraient l’expression de vos opinions personnelles. La décision, dans cette affaire, a été dictée par la libre volonté de la reine, ma souveraine, et des cortès, et par le sentiment le plus pur du bien public. Dans ces circonstances, il 11'y a pas lieu de vous étonner si la confirmation de vos opiuions par .l'autorité de votre gouvernement ne change absolument rien à l'état de la question. Ces déclarations préliminaires une fois faites, j'ai A vous exposer que le gouvernement espagnol regrette que le gouvernement de Sa Majesté Britannique considère le mariage de l'infante dona Maria-Luisa-Fernanda de Bourbon avec le duc de Monlpensier comme un acte politique d'uue haute importance, qui, affectant la balance des pouvoirs en Europe et les intérêts des gouvernements des autres États, peut donner à la Grande- Bretague le droit d'intervenir par remontrances et protestations.

Le gouvernement britannique, qui se montre si jaloux de l’indépendance de l'Espagne, ne trouvera point mauvais que l'Espagne agisse dans les limites tracées par les lois internationales, c’est-à-dire sans blesser les intérêts des autres gouvernements, comme c’est le cas dans cette question à propos de laquelle l’Angleterre ne saurait citer aucune violation de traités: le gouvernement britannique ne trouvera pas mauvais, je le répète, que l'Espagne repousse éoergiquement une protestation qui tend à restreindre son indépendance, et qu’à son tour elle proteste contre une pareille prétention. Bien que l'Espagne, alors qu’elle agit dans les limites de son indépendance, ne soit, à la rigueur, tenue à fournir aucune explication sur cette question, je m’estime néanmoins heureux de vous donner, comme témoignage du désir dont le gouvernement espagnol est animé de maintenir de bonnes et amicales relations avec le gouvernement de la Grande-Bretagne, l'assurance que rien n’est plus éloigné de la vérité ou de la pensée du gouvernement espa-

gnol que cette assertion, que l’indépendance de l'Espagne serait menacée par le mariage de S. A. R. avec an prince français, et que les intérêts espagnols seraient sacrifiés 4 la prépondérance de la France.

On ne peut, certes, concevoir comment l'Angleterre aurait entretenn cette appréhension relativement à la monarchie espagnole, alors que, dans le document même auquel j’ai l’iionneur de répondre, on recon* naît qne ce pays possède un territoire aussi étendn que fertile, une population nombreuse en voie d’accroissement et douée de nobles qualités, enfin de puissantes ressources maritimes et militaires dans les deux hémisphères.

Une nation ainsi constituée ne peut jamais manquer de peser dans la balance de l’Europe, et ne peut être-soumise 4 un autre pays, quelque poissant qu’il soit, ni subir une influence étrangère qui blesserait sa fierté traditionnelle.

Permeltez-moi de dire que le dépôt sacré de l'indépendance espagnole n’est confié 4 la vigilance d’aucune nation étrangère : ce dépôt est gardé par la loyauté espagnole qui s’est montrée inébranlable, même au milieu des plus grandes calamités.

Je ne prétends point par 14 que l’Espagne ne soit pas sincèrement reconnaissante envers l’Angleterre du désir que cette puissance témoigne de voir l’Espagne heureuse et propère et en même temps indépendante, afin qu’elle ne soit pas entraînée dans des lattes où des intérêts étrangers seraient seuls en jeu ; sur ce point, je puis vous assurer que le vœu de l’ADgleterre sera complètement rempli ; car l’histoire du dernier siècle et du commencement de celui-ci présente des leçons qu’il n'est pas facile d’oublier.

La perte de ses immenses possessions extérieures, celle de Gibraltar sur son propre territoire, la destruction récente de ses flottes pendant la guerre, enfin la perte de la majeure partie de ses colonies au sein de la paix, ont laissé 4 l'Espagne des souvenirs qui ne sont ni oubliés ni superflus, et qui lui apprennent 4 ne compter que sur sa propre force et sur sa propre équité.

L’esprit des temps actuels est, d’ailleurs, contraire aux engagements dn passé, et ces engagements sont rendus impossibles par les institutions politiques dont la nation jouit aujourd'hui. L’Espagne instruite paT l’expérience, ne peut dévier de ces principes ; le peuple espagnol a appris qu'il est important pour lui de rester l'ami des autres peuples, et cela dans son propre intérêt ; aussi ne déclarera-t-il jamais la guerre et ne conclura-t-il jamais la paix pour des motifs qui n’affecteraient pas

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exclusivement son honneur ou ses intérêts. D'après toutes ces considérations, je me flatte de l’espoir que le gouvernement de S. M. Britannique, avec la haute pénétration qui le distingue, comprendra que les craintes auxquelles il est fait allusion dans votre note, comme produites par le mariage de Son Altesse Royale avec le duc de Montpensier, sont mal fondées, et que cet événement n’altérera en rien la politique intérieure de ce pays, ni ses relations avec les puissances amies.

Envisageant la question à ce point de vue, aussi simple que réel, le gouvernement de Sa Majesté a la confiance que le gouvernement de S. M. Britannique déposera des appréhensions puisées surtout dans des souvenirs qui, ainsi que je l'ai fait remarquer, n'appartiennent pas à ce siècle et ne peuvent se concilier avec les institutions représentatives qui régissent actuellement cette monarchie : le gouvernement de Sa Ma jesté entretient done l'espoir que le temps et les événements seuls se chargeront de répondre à la protestation formulée à la fin de votre note, et que, dans l’intervalle, on verra s'effacer insensiblement tous les motifs qui ont pu apporter quelque froideur dans les relations amicales des deux gouvernements, relations que le gouvernement de la reine, ma souveraine, éprouve le désir cordial de maintenir.

Le marquis de Normanby à lord Palmerston.

(Reçue le 7 février. — Extrait) .

Paris, le 6 février.

Je joins ci-inclus le discours de M. Guizot, que je viens de lire dans le Moniteur de ce matin. 11 y a dans ce discours plusieurs parties qui exigeraient un commentaire. Mais en m’adressant à cette occasion & Votre Seigneurie, il s’agit pour moi d’un sujet qui m’est personnel.

Je vois que M. Guizot, en parlant de mon entrevue avec lui le 25 septembre, se sert de ces mots : Mais j’ose dire qui si M. l'ambassadeur d’Angleterre m'avait fait l'honneur de me communiquer sa dépêche du 25 septembre comme il m’avait communiqué celle du t" septembre, j’aurais parlé autrement et peut-être mieux qu’il ne m’a fait parler. »

Si M. Guizot veut dire par là que si j’étais retourné auprès de lui et si je lui avais lu la dépêche, le récit en eût été plus exact, je répète une fois pour toutes, et dans les termes les plus forts dont le langage soit

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susceptible, que le récit donné par moi, dans la dépêche adressée à Votre Seignenrie, est la traduction fidèle et littérale de chaque phrase et de chaque explication dont M. Guizot s’est servi dans la conversation que nous avons eue ensemble.

Votre Seigneurie remarquera que M. Guizot ne donne pas la pins légère indication de quelle nature aurait été le changement qu’il aurait pu faire à ce récit.

Si M. Guizot veut seulement dire que si j’étais retourné chez Ini le lendemain, la phraséologie de ses réponses aurait pu être corrigée à sa demande, je crois que c'était possible; si je Ini avais de nouveau donné la rare occasion que je lui avais déjà fournie par courtoisie le 9 septembre, je ne doute pas qu'il n'eût alors, comme il l'avait fait précédemment, chaugé la phrase dont il s'est servi, et rempli l’omission qu’il y a remarquée. Mais après ce qui a clé dit hier, il est important que Votre Seigneurie se rappelle en quoi consistait l'inexactitude de la dépêche du 1er septembre. Le 9 septembre, M. Guizot lui-même avait trouvé que mon compte-rendu était littéralement exact, quant à chaque expression dont il s'était servi ; seulement je n'avais pas clairement expliqué la nature du mémorandum du 97 février. Désirant offrir à M. Guizot toutes les facilités propres à faire connaître sa cause à Votre Seigneurie, j’accueillis sa proposition, et j'insérai les mots qu’il désirait, quoique je sois obligé dans l’intérêt de ma propre défense, de dire que M. Guizot ne m'avait pas aussi clairement expliqué la nature de celte communication le premier jour qu'il l'a fait le lendemain.

J'aurais été fort content que l’affaire pût rester comme elle était; mais je crois devoir à mon honneur, qu'aucune considération ne saurait me décider à compromettre pour un seul moment, de prier Votre Seigneurie de donner à cette dépêche la même publicité qu’a reçue tout le reste de la correspondance.

Lord Pahnerslon au marquis de Normanby.

Foreign-Office, le il février.

Milord, votre dépêche du 6 de ce mois a été reçue ici, et je dois, en réponse, assurer Votre Seigneurie que le gouvernement de S. M. ajoute la foi la plus parfaite à l’exactitude de vos rapports, et que rien de ce qui s’est passé à la Chambre des députés le 6 ne saurait en aucune manière ébranler la conviction du gouvernement de Sa Majesté que le récit

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contenu dans votre dépêche du 23 septembre de ce qui s’est passé dans l’entretien de ce jour entre vous et M. Guiiol était entièrement et strictement exact.

Je suis, etc.

Palmerston.

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