‹ Histoire de huit ans, 18401848 faisant suite à l'histoire de dix ansChapitre 22 sur 222 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Deux questions avaient jeté, disait le discours de la couronne, quelque trouble dans nos rapports avec l’Angleterre, en même temps qu elles avaient en France propagé quelque irritation dans les esprits : la première, celle du droit de visite ; la seconde, celle de Tahiti.

Quel avait été, dit M. Molé, l’ennemi le plus dangereux du droit de visite? M. le ministre des affaires étrangères. La convention de 1841, pour en étendre l’exercice, avait amené la réaction de l’esprit public contre le droit luimême. En lui voyant faire cette concession, depuis si longtemps demandée par l’Angleterre, après le traité du 15 juillet 1840, les chambres, non contentes d’avoir empêché la ratification de la convention, exigèrent l’abolition du droit de visite réciproque, et la chambre élective, à l’unanimité, força le ministre des affaires étrangères à déclarer qu’il entrerait franchement et loyalement dans une négociation dont il avait dit hautement qu’elle ne pourrait aboutir qu’à une faiblesse ou à une folie. Quand et comment sortirait-il de l'impasse où il s’était engagé?

Dans l’affaire de Tahiti, les fautes avaient été plus graves encore. C’est en pleine et entière liberté que M. le ministre des affaires étrangères avait ratifié la prise de possession de cette île de l’Océanie, et qu’il avait voulu y fonder un établissement pour la France, à titre de protectorat. Quoi ! c’est un si chaud partisan de l’alliance anglaise qui, sur ce point du globe si éloigné de nous, sans intérêt pour nous, et d’où le premier coup de canon nous forcerait de sortir, a voulu placer le protectorat de la France en face du protectorat des missionnaires anglais ! Le ministre des affaires étrangères n’avait-il pas agi, en cette occasion, au moins avec légèreté? Devait-il espérer que m. 2

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le cabinet de Londres userait de tolérance envers de pareils projets ? Ne devait-il pas se rappeler qu’en Angleterre le gouvernement est obligé de compter avec les hommes et les sentiments religieux? Si le chef moral du cabinet du 29 octobre l’avait compris plus tôt, il eût épargné à nos bons rapports avec l’Angleterre cette dangereuse épreuve, et à la France le sang de ses braves marins et de ses braves soldats, qui ont payé de leur vie la douteuse occupation d’un rocher, où il semble qu’on ne sache plus ni comment rester ni comment faire pour en sortir.

Le discours de M. Molé fit impression, non-seulement parce qu’il était dans le vrai, mais parce qu’il y avait au fond de la lutte une de ces questions personnelles qui réveillent dans les assemblées au moins le sentiment de la curiosité, sinon celui du devoir. 11 était évident que M. Molé était, autant que M. Guizot, partisan de l’alliance anglaise. La discussion entre eux reposait donc simplement sur des questions de formes plutôt que sur des questions de principes, sur les détails et non sur l’ensemble de la politique. Les attaques de M. Molé étaient en conséquence sans profondeur et sans portée, et son réquisitoire avait plutôt le caractère d’une chicane que d’une accusation sérieuse.

M. Guizot comprit bien que c’était là le côté faible de son adversaire, et il sut en profiter habilement.

On était forcé, disait-il, d’admettre au fond et dans l’ensemble la politique du cabinet. On lui reprochait de n’avoir pas fait, tantôt plus, tantôt moins, ou autrement, ou mieux ; on l'accusait d’erreurs qui pouvaient compromettre dans l’avenir les résultats obtenus. Cela fût-il vrai, y avaitil des motifs suffisants pour décider un homme grave à faire un acte d’opposition éclatante? Cette politique, que

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