‹ Histoire de huit ans, 18401848 faisant suite à l'histoire de dix ansChapitre 24 sur 222 · CHAPITRE t. Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE t. Î

Ces aménités que se renvoyaient les conservateurs profitaient aux républicains, qui voyaient avec satisfaction leurs adversaires se déconsidérer mutuellement et faire retomber sur le trône les contre-coups de leurs discordes. L’opposition extrême n’avait rien à gaper, il est vrai, au triomphe de M. Molé ; son intérêt au contraire était de voir continuer ces luttes, de voir M. Guizot épuiser tour à tour toutes les patiences, fatiguer tous les dévouements, et créer autour de la couronne un isolement qui la rendrait sans force dans un moment de crise. La politique à outrance ne lui déplaisait . pas, parce qu’elle conduisait à l’abîme; et mieux valait pour elle un rude joûteur comme M. Guizot qui compromettait et brouillait tout, qu’un adversaire comme M. Molé qui avait des apparences de conciliation et des fantaisies de prudence. Mais à la chambre des pairs, l’opposition républicaine n’avait pas un seul organe. Ce fut un légitimiste, M. le vicomte Dubouchage, qui se chargea de répéter les arguments de la presse radicale. * Le souvenir des fautes commises, disait-il, par les compétiteurs actuels du ministère, me fait préférer le présent à l'avenir. Mauvais pour mauvais, mieux vaut encore un ministère établi. »

M. Molé avait été vaincu dans la discussion. Au scrutin, son échec fut complet. Cent quatorze boules blanches contre trente-huit boules noires assurèrent le triomphe de M. Guizot.

Mais c’était à la chambre des députés que se passaient les luttes sérieuses et décisives. La discussion générale de l’adresse commença le 20 janvier.

Dans cette enceinte, il nes’agissait pas seulement d’une rivalité de personnes. Plus rapprochée des sentiments du pays,

mieux imbue de ses volontés, peut-être de ses passions, la chambre élective renfermait en elle plus d’énergie, plus d’aspirations populaires. Une formidable minorité représentait les ressentiments soulevés par une politique humiliante. La misérable issue de l’affaire Pritchard avait éveillé dans le public un sentiment général d’indignation, et quelles que fussent les décisions de la majorité, le ministère portait au front une tache ineffaçable qui devait communiquer à la royauté ses profondes souillures.

Le double traité de Tahiti et du Maroc fut le texte principal des accusations portées à la tribune.

On était curieux surtout d’entendre M. Tliiers, auquel on attribuait comme à M. Molé le rôle d’aspirant à la succession ministérielle. Mais il commença tout d’abord par désavouer sa candidature, quoique bien peu parmi ses auditeurs fussent disposés à le croire sur parole.

Trois faits principaux, disait-il, signalaient la politique du ministère ; et c’étaient trois fautes : le Maroc, Tahiti, le droit de visite.

Et d’abord le Maroc. Une guerre brillante, un traité sans garanties. Une bataille glorieuse comme celle d’Isly, mais un fait d’armes sans résultats. Un bombardement comme celui de Tanger et de Mogador ; mais un acte semblable n’atteint que des Maures qui n’inspirent aucun intérêt aux populations de l’intérieur; que des juifs et des chrétiens qu’elles détestent. Détruire les villes du littoral marocain, c’est atteindre si peu les Marocains, qu’ils viennent les piller eux-mêmes. Il fallait donc que le traité entraînât une punition pour le Maroc. Il fallait détruire dans le Maroc cette idée, que la France, ne peut rien contre lui. On ne l'avait pas osé. Et cependant l’Angleterre elle-même avait reconnu

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