‹ Histoire de huit ans, 18401848 faisant suite à l'histoire de dix ansChapitre 25 sur 222 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

la justice, la nécessité d’une solennelle vengeance. A qui donc avait-on sacrifié l’affaire du Maroc? Pas à l’Angleterre officielle ; pas à l’Angleterre communiquant par ses hommes d'État avec une puissance alliée; mais à des passions jalouses, à des menaces puériles, à un homme infime, à Pritchard !

« Quelle était, dit l’orateur, la situation que vous aviez dans ce moment-là? la complication la plus grave que vous ayez eue depuis longtemps avec l’Angleterre, complication que tout le monde connaît, dans les détails de laquelle j’entrerai tout à l’heure.

« Vous aviez à Londres un jeune diplomate qui vous apprenait d^ns ses dépêches, avec une émotion fort regrettable, qu’il y avait un grand danger, qu’il fallait vous expliquer, qu’il fallait répondre sur les satisfactions demandées par l’Angleterre, et répondre au plus tôt, car il y avait un mois que vous ne vous expliquiez pas, et le danger avait pris une apparence à laquelle malheureusement notre gouvernement ne résiste pas toujours. Alors vous avez fait comme un navire trop chargé, vous avez jeté du bagage à la mer. Je vais citer les dates. Quel est le jour où vous avez répondu à M. de Jarnac que vous consentiez à désavouer M. d’Aubigny et à indemniser M. Pritchard? Le 29 août. Quel est le jour où vous écriviez à M. de Nyon que vous consentiez, même après la victoire, à vous renfermer dans les conditions antérieures ? Le 30 août. Ainsi c'est dans l’espace de vingt-quatre heures que vous faisiez ces deux concessions ! J’étais à Paris à cette époque. Le cabinet était ému ; quand on est ému, on est peu discret. Tout le monde savait que les deux questions était résolues dans le même moment, sous la même influence. C’est à l’affaire de Tahiti

que vous avez sacrifié nos intérêts du Maroc. Je citerai les paroles de M. Nyon : « Nous nous attendons bien qu’après le « résultat de la guerre, un résultat si heureux, vous ne pou- « vez vous renfermer dans les conditions que vous faisiez « auparavant. M. de Gluksberg l’a reconnu avec sa sagacité « et sa loyauté accoutumées. »

« Et M. Guizot, répondant à M. Nyon lui disait : « Abder- « Rhaman sera sans doute étonné (il y avait de quoi), sera « sans doute étonné de ce qu’on ne lui demande pas, après le « succès plus qu’auparavant. »

« J’ai lu ces documents avec une grande attention. En me reportant aux souvenirs récents de cet été, il est évident pour moi que l’affaire du Maroc a été livrée uniquement pour résoudre la difficulté qu’on s’était créée à Londres.

« Vous établissez le compte de Pritchard : eh bien ! il faut y ajouter tous les sacrifices que vous avez faits dans le Maroc ; il faut y porter non-seulement le désaveu de M. Dupetit- Thouars, celui deM. d’Aubigny, l’indemnité payée par nous à M. Pritchard, mais encore l’indemnité que nous n’avons pas demandée au Maroc. »

L’examen spécial de l’affaire de Tahiti fut pour M. Thiers l’occasion de critiques amères, qui remontaient à l’origine même de la prise de possession. On avait pris les Marquises, dit-il, pour se donner un air de conquérant. On croyait, par une stérile victoire sur des peuples sauvages, racheter les faiblesses commises ailleurs ; et l’on n’y avait rencontré que l’occasion de faiblesses nouvelles. On s’était heurté à la dévotion et à l’ambition anglaises, pour reculer honteusement. Et pour expliquer sa faiblesse, on avait exagéré le danger, et l’on se vantait d’avoir sauvé la paix du monde.

Arrivant à la question du droit de visite, M. Thiers se dé-

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