CHAPITRE U
sioD par arrâts des parlements ; leur condamnation par la cour de Rome, leur retour furtif sous l’empire, leur résurrection officielle en 1814, leur affaiblissement en 1826 et 1828, enfin leurs immenses envahissements depuis 1830, l’orateur sommait le gouvernement d’agir ; le moment était venu de se servir des lois, car une collision existait, et il y avait un danger véritable à fermer les yeux. Cette collision, ce danger, venaient d’une fausse interprétation de la liberté, que quelques-uns voulaient confondre avec le pouvoir de tout faire. Protéger la religion du pays, c’est un devoir; mais faire respecter la règle aux ministres de cette religion, c’est un droit. Était-ce pour avoir exécuté avec trop de rigueur les lois sur le clergé qu'une collision avait eu lieu?. Nou; car voici ce qui était arrivé. Un mouvement religieux, qui eût pu être heureusement fécond, si on ne l’avait interrompu par des imprudences, commençait à s’accomplir. Quelques esprits exagérés y avaient vu l’aurore d’une puissance nouvelle, et avaient conçu la pensée d’obtenir pour le clergé l’éducation de la jeunesse. Si ce n’avait été là qu’un vœu, il n’y aurait eu rien à dire. La charte n’avait pas donné à tous la liberté complète d’action, mais elle laissait à tous la liberté complète d’opinion. Mais que fit-on? On outragea une des grandes institutions de l’État, l’université. Qui faisait cela? Des écrivains obscurs et sans mission? Non; des pasteurs, des évêques, c'est-à-dire des hommes à qui leur qualité, par cela même qu’elle est plus auguste, impose des règles plus sévères. Les ministres de la religion qui s’étaient ainsi rendus coupables, furent appelés devant le conseil d’État qui déclara l’abus. Ce tribunal fut-il respecté? Non. Par des actes collectifs qu’interdisent les lois, par des déclarations signées par tous les évêques d’une province, l’abus fut re-
nouvelé. Dans ces actes déplorables, l’oubli des lois était devenu manifeste ; la collision était flagrante. 11 fallait mettre ordre à un pareil état de choses, et il n’y avait de remède que dans l’application immédiate et sévère des lois.
M. Thiers terminait par ces paroles remarquables :
« Si, en cherchant à appliquer des lois incontestables, vous trouvez des difficultés, vous aurez dans les chambres, je n’en doute pas, une adhésion forte et unanime. Nous ne sommes pas des ennemis perfides, venant vous dire: « Jetez-vous dans les difficultés, pour que nous ayons le plaisir de vous y voir. » Non, qui que vous soyez sur ce banc, le jour où, pour faire triompher les lois du pays, vous rencontrerez des difficultés graves, nous vous apporterons des moyens de les vaincre.
« L’acte que je fais aujourd’hui vous prouve que si c’est une difficulté grave dont on vous charge, je consens avec mes amis à en prendre notre part ; car si l’on vous qualifie d’une certaine manière, si l’on cherche à vous rendre odieux, nous serons de moitié avec vous. Il n’a pas manqué de conseillers qui nous ont dit que les opinions que nous représentions devaient, en songeant à un avenir peutêtre prochain, ménager de grandes influences. J’ai répondu, et mes amis ont répondu avec moi, que le désir fle faire triompher les lois du pays est le premier de nos devoirs; que notre cause, dût-elle souffrir à quelque degré, dans quelque occasion, de l’énergie que nous apporterons dans notre conduite, nous nous y résignerons; car, avant tout, nous voulons que les lois du pays s’exécutent, et que l’esprit sage et modéré de la révolution française triomphe de ses ennemis.
« Je le déclare en mon nom et au nom de mes amis, ce