‹ Histoire de huit ans, 18401848 faisant suite à l'histoire de dix ansChapitre 37 sur 222 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

changements; elle a fait des progrès immenses depuis 1808. L’université a marché avec la France. M. le ministre entreprend de la rappeler â ce qu’elle fut en 1808 ; il n’a pas l’air de douter qu'il la ramène à son berceau. Depuis, cet enfant de la révolution et de l'empire a grandi, s’est développé, et son berceau ne le pourrait plus contenir. 11 a fallu l’empereur pour fonder l’université impériale, mais l’empereur lui-méme ne pourrait la rétablir. Vainement sa voit puissante refoulerait la société française sur elle-même ; elle déborderait de toutes parts. Rappelez-vous les Cent jours. Un an à peine s'était écoulé entre le premier et le second empire. Dans cette année seule, la charte, la discussion publique, la liberté avaient transformé la France. Arrivé à Paris, maître absolu de tout, Napoléon sentit que tout lui échappait. 11 s’écria, dit-on, avec un étonnement douloureux : « La France est changée! » Et le bras de l’empereur est devenu sans force, parce qu’il s’appliquait à un autre temps et à une autre société. Que serait-ce donc ajourd’hui? Toutes les constitutions impériales ont été modifiées, malgré le respect qu’elles inspiraient, non par caprice, mais par nécessité. L’an dernier, vous avez changé toute l’organisation du conseil d’État de l’empire. Et on viendrait rétablir l’université impériale dans sa pureté ! Je le répète, Napoléon lui-même ne le pourrait; ce qui me permet, sans blesser M. de Salvandy, de lui prophétiser qu’il ne le pourra pas davantage. »

Entrant ensuite dans le détail des ordonnances du 7 décembre, M. Cousin s’attachait à prouver qu’il n’y avait presque aucun article de ces ordonnances qui ne violât le décret de 1808 qu’on prétendait faire revivre. Au fond que voulait-on ? L’arbitraire ministériel. 11 fallait donc l'avouer,

niais avec une franchise qui n’eût pas été sans grandeur. « Demandez l’arbitraire si vous en avez besoin, disait admirablement M. Royer-Collard , demandez l’arbitraire ; mais ne le déguisez pas sous une parure légale. »

M. de Salvandy se défendit avec audace. Le conseil royal avait, selon lui, trop de pouvoir. Immobile, tandis que les ministres passaient, placé entre les ministres et les bureaux, tenant l’administration sous sa dépendance et par suite le ministre lui-même, il agissait sans contrôle, sans responsabilité, et laissait au contraire au chef de l’université la responsabilité d’actes que souvent il n’approuvait pas. Un pareil état de choses ne pouvait durer plus longtemps.

En cela M. Salvandy se trouvait d’accord avec l’opposition radicale, qui, depuis longtemps réclamait contre le despotisme des huit proconsuls qui formaient le conseil royal; mais en même temps l’opposition soutenait avec raison qu’un ministre ne pouvait, dans une aussi grave question, substituer une ordonnance à une loi, et remplacer le despotisme de huit proconsuls par le despotisme du grand maître de l’université ; elle voulait qu’une loi sur l’enseignement secondaire réglât ces questions, loi promise par la charte, en vain attendue si longtemps, présentée par M. Villemain, devenue l’objet d’un rapport de M. Thiers, et toujours ajournée par les efforts du clergé et les complaisances des ministres.

Tel était le véritable état de la question. Mais M. de Salvandy, au lieu d’une loi nouvelle en harmonie avec le nouvel état social, revenait à la loi ancienne ; au lieu d’une loi sortie de la révolution de juillet, ramenait une loi de l’empire. C’était désorganiser au lieu de fortifier l’université, et c’était ce que l’on voulait. Aussi le ministre fut-il secondé par

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