‹ Histoire de huit ans, 18401848 faisant suite à l'histoire de dix ansChapitre 47 sur 222 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

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dats ; et encore ne se donnaîent-ils pas la peine de dissimuler leurs desseins. On parlait publiquement de la prochaine insurrection, dans l’hôtel de Cracovie, voisin de la préfecture à Tarnovv, en présence d’employés de la police ; on allait même jusqu’à faire boire des officiers autrichiens à la prospérité future de la Pologne. Le gouvernement laissait parler, voyait circuler librement les agents de la conspiration, et n’attendait que le moment où, se livrant d’eux-mêmes, ils offriraient le prétexte aux plus féroces vengeances.

Déjà les soldats libérés étaient répandus en armes sur plusieurs points du territoire; déjà des paysans armés de haches, de faux et de fléaux attendaient le signal du massacre. Pour en hâter l’accomplissement, Breindl simula l’intention d’arrêter quelques chefs présumés des conjurés; tous se décidèrent aussitôt à quitter Tarnow, et à tenter un soulèvement dans les campagnes.

Un rendez-vous fut donné dans la nuit du 49 au 20 février 1846, à Lysagora, village situé à trois lieues de Tarnow. Les conjurés devaient y être rejoints par Czechowski, ex-major de l’armée polonaise, avec une bande de cent hommes recrutés parmi les jeunes gens des collèges et renforcés de quelques employés des domaines seigneuriaux.

Les conjurés de Tarnow n’étaient pas plus nombreux ; ils s’avançaient par petites bandes qui devaient se réunir en route. Au plus épais de la nuit, par un froid excessif, on aurait pu voir de petits traîneaux glissant au milieu des champs et des forêts sur une neige durcie. Ces traîneaux amenaient les conjurés vêtus et armés, comme s’il s’était agi d’une partie de chasse. Le froid était excessif et les forçait à frapper aux fenêtres des cabarets isolés sur la route pour y réchauffer leurs membres engourdis. C'était une poi-

8î HISTOIRE DE HUIT ANS.

gnée de jeunes gens de conditions diverses; des propriétaires du voisinage avec leurs employés et leurs serviteurs, des étudiants, quelques artisans. Le désordre était cependant si grand malgré leur petit nombre, que l’un d’eux oublia un drapeau dans le coin d’un cabaret ; un autre laissa ses munitions chez lui. Mais sur la route, ils ne recueillirent pas les sympathies qu’ils avaient attendues. Dans un village où ils passèrent, ils convoquèrent les paysans pour les inviter à les suivre ; aucun n’y consentit.

Le détachement parti de Tarnow fut renforcé à Laskowa par une autre petite bande commandée par les frères Wiesiolowski. Quelques autres, au nombre d’une quinzaine, étaient déjà arrivés à Lysagora, et se reposaient chez le curé, en attendant l’arrivée de tous les pelotons.

Mais déjà le gouvernement averti avait pris ses mesures. Une bande nombreuse de paysans et de soldats libérés avait aussi marché toute la nuit, et se présentant à l’improviste chez le curé, ils surprennent la petite troupe de conjurés, les accablent de coups, les garrottent et les jettent dans la cave d’un cabaret. Au point du jour, les frères Wiesiolowski parurent suivis d’une vingtaine d’hommes au plus. Arrivés à la hauteur du cabaret, et voyant un rassemblement considérable, ils en demandèrent la cause aux paysans. Ceux-ci, croyant sans doute qu’on veut les punir de leur première trahison, se dispersent de tous côtés, et vont s’abriter le long des haies, des maisons, dans les prés, sous les arbres, en poussant des hurlements de rage et de terreur. C’était un avertissement pour les conjurés. Mais ils étaient jeunes et généreux, et ne pouvaient croire à un piège. François Wiesiolowski s’avance vers ceux qui, moins effrayés, se tenaient groupés devant le cabaret, et les presse

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