CHAPITRE III
» Désirant donner une preuve toute spéciale pour les marques de fidélité données à notre trône, et récompenser la conduite toute légale que le sieur Jacques Szela a tenue dans les événements de Gallicie de l’année passée ; désirant en outre le défendre contre les atroces calomnies qui se sont déchaînées contre lui, nous lui accordons très-gracieusement la plus grande médaille en or, portant l’inscription de Bene menti, et suspendue sur un grand ruban.
« Signé Ferdinand. »
D’autres égorgeurs furent publiquement récompensés, mais avec moins d’éclat que Szela. La mesure des faveurs impériales était proportionnée à la mesure des crimes. L’infâme politique de l’Autriche se révélait tout entière : ses moyens de compression étaient une sanglante Jacquerie, et son habileté diplomatique un pacte des Césars avec un chef de brigands.
Au récit de cette nouvelle Saint-Barthélemy, on pourrait s’étonner que les hommes politiques en France aient pu croire à une rénovation de la Pologne, et saluer de leurs acclamations le réveil d’un grand peuple. Mais avec les mouvements sanglants de la Gallicie coïncidaient d’autres événéments qui, pendant quelques jours, par une apparence de succès, ranimèrent les espérences des amis de la Pologne.
La ville libre de Cracovie, dernier et faible asile de la nationalité polonaise, était depuis quelque temps le centre des correspondances entretenues par les Polonais réfugiés en divers pays, qui ne renonçaient pas à l’espoir de rendre leur patrie à l’indépendance. Dans ces correspondances, se rencontraient, sans doute, les illusions et les exagé-
rations ordinaires aux émigrés. A l’étranger, on était impatient ; à Cracovie, on était imprudent. On parlait tout haut d’une prochaine délivrance ; des émissaires de l’émigration tenaient des réunions dans la ville et le prochain soulèvement de la Gallicie était annoncé ; on désignait les seigneurs qui devaient présider au mouvement. Les agitations de la ville ne pouvaient échapper aux résidents des trois puissances. Ils demandèrent au sénat s’il pouvait garantir la tranquillité. Le sénat répondit le 16 février, qu’il était en parfaite sécurité à l’égard des habitants, mais qu’il ignorait si quelque danger pouvait venir de l’extérieur : dans ce cas, il s’abandonnait à la prudence des trois résidents.
Pour toute réponse, le général autrichien, Collin, qui commandait un corps d’armée à Podgorcze, s’avança vers la ville ; il y entra le 18. Les conjurés étaient surpris : quelques coups de feu tirés des maisons trahirent seuls la présence des plus déterminés. Dans la journée du 20, une attaque plus sérieuse se fit contre les troupes stationnées sur la place ; mais le petit nombre des conjurés et la terreur des habitants offrit aux Autrichiens une victoire facile. On sut depuis que les insurgés étaient au nombre de quatrevingt-cinq, dirigés par quinze meneurs venus de la Gallicie et de la Prusse.
Mais bientôt le bruit se répandit que plusieurs nobles des environs, ît la tête des paysans, étaient en marche sur la ville. En môme temps, on parlait de l’insurrection générale de la Gallicie ; on ignorait la véritable nature du mouvement. Parmi les seigneurs insurgés on citait le comte Patelsky, s’avançant, disait-on, sur la ville, à la tête de 10,000 hommes. La vérité est qu’il avait avec lui 80 cavaliers. On ajoutait, en outre, que 100,000 Krakus parfaite-